Faux médicaments au Bénin : quand le mal renaît de ses cendres à Lokossa et à Comé

15 Oct, 2017 | Par | Rubrique : Chronique, Santé
Le phénomène des faux médicaments renaît de ses cendres dans les villes de Lokossa et de Comé. Quelques mois seulement après le démantèlement du célèbre marché noir de ‘’Adjégounlè’’ les étagères et rayons de faux médicaments refont surface sous le couvert de vente des produits d’alimentation générale et divers.
Opération Pangéa 9 et après ? Cette interrogation trotte sur les lèvres des observateurs avertis de la question des faux médicaments. Et pour cause, la situation n’est pas reluisante au regard des actions musclées entreprises pour éradiquer la vente et la distribution de faux médicaments. Dans le département du Mono, notamment dans les communes de Lokossa et de Comé. Des unités de commercialisations opèrent toujours aux yeux et à la barbe des autorités compétentes dans la lutte contre le fléau.
Dans la ville de Lokossa , il est aisé de voir des plaquettes de faux médicaments, exposés en plein soleil, sur les étagères des bonnes dames du marché Nesto d’Almeida. Ici, les produits pharmaceutiques sont vendus à qui mieux-mieux. On y retrouve du paracétamol, du tramole, de l’efféralgan et bien d’autres médicaments. Comme dans un commerce ordinaire, les vendeurs de ces produits bénéficient d’une surface de vente dans le marché. Ils sont regroupés dans l’aile gauche du marché Nesto d’Almeida à quelques encablures du parc automobile du nouveau marché . Ils payent une taxe sur occupation de l’espace à l’autorité communale et jouissent d’un grand soin de ses derniers qui entend mieux organiser cet espace à travers son projet de zonage dudit marché.
A côté de ces vendeurs de marché, il se développe dans la ville de Lokossa une activité de vente et de distribution de faux médicament à grande échelle. Elle s’opère sous la façade de vente de produits d’alimentation générale.
En effet, dans les galeries marchandes du marché Nesto d’Almeida, certaines personnes ont délocalisé ‘’Adjégounlè’’. Sous prétexte qu’elles vendent des produits cométiques, elles stockent et vendent des produits pharmaceutiques dans l’antichambre de leurs boutiques. Ici tout le monde connait la méthode d’achat. Le produit est écris sur papier et servi automatiquement par les pseudos agents de pharmacies sans commentaire. Le prix n’est pas discuté et le produit est très bien recouvert dans un sachet plastique noir. Un peu plus loin du marché Nesto d’Almeida, le marché bat son plein bon gré mal gré.
Au carrefour de la mosquée centrale de la ville on y voit à découvert une pharmacie de rue qui dessert les riverains, de jour comme de nuit. Au quartier Agnivêdji plus précisément dans la cité, selon certaines sources anonymes, la commercialisation et la distribution illicite des produits pharmaceutiques constituent un gagne pain. Dans la ruelle des ‘’ Yayikpome’’ au quartier Agnivêdji dans la cité, des boutiques de vente de divers et de friperie s’invitent dans cette activité proscrite. Mais n’y ni fit depuis Pangéa 9 pour faire le ménage de fond en comble dans les localités afin de démanteler et décourager la pratique.
Au marché de Comé, la vente de faux médicament est presque légalisée. Portés sur la tête des filles et jeunes filles vacancières, les faux médicaments sont vendus aux sons du tintement de la cloche que manient avec dextérité ces dernières. Aux abords du marché de Comé, sur la voie pavé qui donne sur l’Eglise catholique Saint Michel de la ville, les vendeuses de faix médicaments installent des plateaux larges sur des tabourets quadrupèdes. Ni cris de vente, ni de pancarte et pourtant des clients se bousculent pour se servir à moindre coût. On peut acheter de médicament à deux (2) pour 75 F francs. Dans la rue on raconte même que des offices publics et privées continuent de s’approvisionner auprès de ces revendeurs de marché en raison du coût accessible des produits.
« Les foyers de commercialisations de faux médicaments sabotent le système de santé public »
« Des faux médicaments, il y en a encore sur le marché » se désole Dr Dossou Ernest, pharmacien et titulaire de la pharmacie ‘’Le Bon Samaritain ’’ à Lokossa. Pour le Dr Ernest, en dépit de l’opération Pangéa 9 certaines personnes, en complicité avec les populations, continuent d’approvisionner le marché de demande de produits pharmaceutiques avec des faux médicaments.
« C’est une lutte de longue haleine car ceux qui sont dans ce secteur sont des gens habitués qui ne veulent pas du tout abandonner l’activité » a fait remarquer Dr Ernest.
En tout état de cause, cette résistance face à l’éradication de faux médicament sabote lentement et dangereusement le système de santé public a-t-il fait savoir. Car selon ses dires, ses produits falsifiés intoxiquent les populations.
En effet, d’après les explications du Dr Ernest, le faux médicament est un médicament, un médicament qui ne contient pas les substances requises par le laboratoire. Soit, il contient en faible dose le produit actif.
Il apparaît donc dangereux pour l’homme une accumulation de ces produits toxiques dans l’organisme. Mais les raisons qui poussent les populations vers les médicaments de la rue sont multiples :
Le prix et la proximité des produits pharmaceutiques, un casse tête pour les populations.
Si le Dr Ernest Dossou, titulaire de la pharmacie ‘’Le Bon Samaritain’’ à Lokossa reconnaît que les populations sont réticentes à la consommation des produits pharmaceutiques, il n’a pas manqué de préciser que cette attitude est liée à la mauvaise appréciation des coûts des médicaments dans les officines de pharmacie. Généralement, c’est le prix des médicaments qui font que les populations fuient les rayons de pharmacie ; une fuite due a à l’ignorance car pour Dr Ernest « il y a des médicaments très moins chères dans les rayons de pharmacies ». « Nous avons des médicaments à 75F francs » a indiqué Dossou. « Les populations doivent demander à leurs pharmaciens des médicaments de substitution car il existe toujours des médicaments génériques dans nos rayons » fait savoir le pharmacien.
Au sein de la population, le fait s’explique par deux raisons fondamentales : la proximité du produit et le coût accessible. Dame Angèle, enseignante à Lokossa avoue qu’elle choisit parfois la rue contre la pharmacie pour raison de proximité du médicament. « La boutique de vente est à côté de a maison alors que ton enfant souffre ; mon premier réflexe c’est d’aller acheter quelque chose là pour calmer le mal d’abord » a t-elle avoué. Même argument chez Nouboukpo Éloi , rencontré à Lokossa, qui affirme que dans certaines localités, les officines de pharmacie sont éloignées des habitants alors que les vendeurs de médicaments de rue sont dans tous les quartiers. Il donne l’exemple des localités comme Déssa, Sévotissa, Dédékpoè où pour s’approvisionner en médicaments de pharmacie, il faille venir dans le centre ville d’abord. « Quand un parent est en souffrance le premier réflexe n’est pas la qualité du médicament mais plutôt où l’avoir vite »a indiqué Nouboukpo. Toute chose qui confirme que la vente de faux médicaments existe toujours dans les localités.
A cette allure, l’Etat est et reste le dernier rempart dans cette lutte contre les faux médicaments qui peine à connaître son épilogue.
Bénin24TV

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