Bénin-Mafia mortuaire : commerce du jus des morts dans les morgues

15 Oct, 2017 | Par | Rubrique : Actualité nationale, Afrique, Dossier, Santé, Société
Après avoir révélé à Banouto.info l’empoisonnement dont sont victimes les Béninois du fait des morgues, Médard Koudebi, pionnier du combat pour l’assainissement du milieu des pompes funèbres au Bénin évoque un fait troublant de commerce de jus de mort.
De votre recensement, il existe combien de morgues au Bénin ?
J’avais recensé 43 morgues privées, 8 morgues publiques. Mais malheureusement, je peux vous dire que le lundi (24 juillet 2017) passé, une morgue a ouvert frauduleusement ses portes plus précisément après Missrété dans l’arrondissement. On se prépare à faire la descente. Cette morgue, on a appris que le promoteur l’a achetée, il y a longtemps et est décédé. Mais avant son décès, il a construit une maison à louer et dans la cour qui devrait abriter la morgue, il y a des locataires. Subitement, l’un de ses héritiers dénommé KIKI Michel, l’administrateur du bien, a décidé de mettre la morgue en activité sans aucun document administratif.
Quelles sont les formalités pour avoir une morgue au Bénin ?
Pour avoir une morgue au Bénin, il faut identifier le domaine loin des habitations. Le maire de la localité doit délivrer une attestation d’accord pour l’installation d’une morgue sur son territoire. C’est le premier point. Second point, il faut une étude d’impact environnemental qui prendra en compte tous les dangers pouvant découler d’une telle activité et proposera des solutions pour protéger les populations. Jusque là, l’activité ne peut encore démarrer, le terrain doit être nu. Troisième point, se rendre à l’ABE (Agence béninoise de l’environnement) pour l’obtention d’un certificat de conformité environnementale. Pour cela, l’ABE va convoquer, le maire, les élus locaux, la direction de la santé publique. A cette table, le maire doit défendre les intérêts de sa communauté. Ce qui fait qu’aujourd’hui, toutes les communes où les morgues sont en train d’empoisonner, c’est la faute de leurs élus. On accuse l’Etat, mais c’est plutôt la corruption au niveau des autorités locales. Cette étape passée, on passe à la construction du bâtiment puis on commande le laboratoire post-mortuaire. C’est un laboratoire de conservation individuelle qui empêche les corps de s’infecter entre eux. Chaque corps reste dans son tiroir. Après un départ, on désinfecte le plateau avant d’installer un autre. Ça limite les contaminations défunts-vivants qui sont aujourd’hui responsables de 120.000 infections chaque année. Ça réduit aussi le taux de mortalité du Bénin qui a aujourd’hui 50.000 de morts en trop qu’on pourrait éviter si les morgues étaient en norme.
Dans quel état se trouvent ces morgues ?
Dans notre enquête, nous avons trouvé que dans les huit (8) morgues publiques, l’Etat a acheté le laboratoire post-mortem pour cinq (5) d’entre elles. L’Etat lui-même, a trois morgues qui ne sont pas conformes, qui sont des chambres froides de poissonneries, de grands entrepôts de poissonneries. Exemple, celle du CHDO de Parakou, c’est une chambre froide de poissonnerie. L’Etat dit qu’il l’a installée parce que les musulmans ne gardent pas les corps pendant longtemps, c’est juste un dépôt transitoire. Mais aujourd’hui, je vous apprends qu’il y a des corps qui sont là depuis 7 ans. Malheureusement, la morgue du CNHU construite en 1962 pour 55 places est aujourd’hui hors d’usage. Jusqu’au 10 mai 2017, nous y avons dénombré 973 corps dont 238 ont été enterrés dans une fosse commune, la nuit du 18 au 19 mai à Somè. Le surplus est entreposé, toujours dans une chambre froide de poissonnerie au CNHU, jusqu’à 1m50 de hauteur.
Et dans une journée, naturellement, ces corps produisent plus de 10 L de jus. Ce sont ces liquides que les employés de morgues sont obligés de vendre à dix mille (10.000) F Cfa le litre pour compléter leur 35.000 F Cfa de salaire, le mois. C’est avec ça que les gens qui font des parfums et des savons de chance, vont faire le mélange. D’où l’incantation  »cyo non ton bo non ba ahwan kpo a ? Ayi é hon é gbé lo o, axi o ni jè’‘ ! (Un mort sorti ne manque jamais de foule. Qu’en ce jour le marché s’anime ! Ndlr). Les femmes au marché en achète pour asperger avec à la bouche, l’incantation ‘’Ayi é hon é gbé lo o, axi o ni jè ! cyo non ton bo non ba ahwan kpo a ? Cyo o jèhonto, axi ni jè’’. Voilà comment on empoisonne les Béninois au jour le jour, naturellement. On va au marché pour acheter de la tomate, on y revient avec des germes de la méningite. Parce qu’entre temps, on a aspergé d’eau de méningite, le vent soulevant de la poussière, celui qui respire rentre avec des germes. Ce qui fait que depuis un certain temps, je recommande à tout le monde de faire tous les vaccins qui existent au monde pour être sûr de ne pas effleurer la mort à chaque fois qu’on est en déplacement.
Dans la construction, malheureusement, jusqu’en 2015, la totalité des morgues privées du Bénin ont fait des faux puisards sans fond. Elles ont déversé des produits hautement toxiques et cancérigènes dans le sol nu et ont empoisonné les Béninois. Je rappelle que la première morgue privée a été autorisée provisoirement en 1990. De 1990 en 2015 où j’ai commencé à donner l’alerte, il y a eu 25 ans. Pendant 25 ans, les Béninois ont été empoisonnés à tous les niveaux, dans toutes les communes où il y a des morgues privées. Tout le monde a été empoisonné. Ça, on ne vous le dit pas, mais moi, je prends le risque de le dire.
Banouto.info

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