Un an du pouvoir « néo-émergent » au Bénin : La gestion des faiseurs de roi

15 Avr, 2017 | Par | Rubrique : Chronique, Politique

 

Lorsqu’on pose un regard panoramique sur la situation du Bénin après un an de pouvoir, de gestion de ce régime que certains ont tôt fait de qualifier de « néo-émergent », il se dégage une constatation, une impression essentielle qui se dégage de l’opinion de la masse : le faiseur de roi n’est pas le roi parfait dont les uns et les autres ont pendant si longtemps rêvé.

Produire le roi, faire triompher le roi, conduire le roi, enrichir le roi, découle d’un charisme ; un charisme qui ne suppose pourtant pas systématiquement une prédisposition, une qualification à être roi et en être un de meilleur par rapport à celui évincé, mais peut-être un charisme qui entraîne, et de la touche suit le match. Imaginez donc lecteurs ce qui arrive quand l’entraîneur ou le manager monte sur le terrain ?

Dans notre pays, le Bénin, la vie politique, le positionnement politique, la conquête du pouvoir, le financement de l’activité politique sont animés et assumés, à bien des égards, par les faiseurs de roi selon leurs envergures et atouts intellectuels ou matériels. Il existe de ce fait des faiseurs de roi au plan idéologique et stratégique, puis du point de vue de la mobilisation des réseaux humains et de l’investissement financier. Mais les faiseurs de roi se distinguent des grands électeurs qui eux, dynamisent les sérails politiques.

Dans un contexte stratégique, il y a une décennie, il advint donc que les faiseurs de roi allèrent à la recherche du personnage providentiel et le firent roi. Les faiseurs de roi n’ont donc pas à la vérité, tous, une expérience directe de l’exercice du pouvoir, et ils n’ont pour la plupart point fait de preuves à de hautes fonctions politiques pouvant les élever à la crête de la pyramide politique. L’argent ayant rang de Zeus dans notre sphère politique, l’analphabétisme et le manque de hauteur d’esprit d’une grande partie du peuple en général aidant, les Béninois convolèrent en juste noces avec le nouveau prétendant qui, ils l’ont cru, leur apporterait à la manière du Dieu d’Israël qui fait tomber la manne, le pain et la paix.

Mais nous sommes effectivement passés par l’épreuve du pouvoir du roi sans une réponse lustrale à nos divers maux. Et nous voilà aujourd’hui sous le règne des faiseurs de roi. Cette première année, nous donne, tout bien pesé, de nous demander s’ils ne sont pas venus se ressourcer matériellement et se garantir la protection de Mammon ? Mais ont-ils encore conscience de la finitude de toutes les choses qui existent et subsistent sous ce ciel, de la finitude humaine ? Ce n’est pas en s’appuyant sur des mécanismes religieux sectaires, ésotériques ou endogènes qu’on pourrait se soustraire à la finitude humaine. C’est impossible !

Est-il besoin de le répéter encore, du point de vue de la rationalité, notre Constitution est un Bien Commun et ne saurait être recadrée à la taille d’une personne, d’un clan, d’un groupuscule. Il y a des choses, des considérations qui décapent et défient le pouvoir de l’argent. La liberté chèrement acquise et l’ordre advenu au prix du sang et non de l’argent, sont à sauvegarder avant tout, par le premier des Béninois. Le contraire conduirait au précipice.

L’autorité du faiseur de roi a grand besoin de consistance politique et éthique. Nous assistons à une perte de valeurs et une déliquescence vertigineuse de l’éthique accrue. Les complexes et métamorphoses que génèrent les perspectives matérielles, la possession de l’argent ont inhibé les intelligences et les consciences qui devraient éclairer le nouveau roi. L’argent et l’ego, l’emportant en prééminence sur la lucidité, affectent le jugement du personnel politique, des habitués aux arcanes du pouvoir et qui constituent généralement un conseil et une plate-forme d’échange pour la haute autorité.

Ce déséquilibre, dans une approche cartésienne de cause à effet a créé des cassures politiques obvies et des crises sociales entretenues par une prétendue communication sobre. La carence communicationnelle aggrave le manque de charisme des faiseurs de roi. Le résultat est sans appel : un grave malaise social et une grippe sévère au sommet de l’Etat. La dernière trouvaille médiatique n’a pas atténué les douleurs.

A l’étape actuelle, il faudrait à notre sens ouvrir les fenêtres de l’humilité, les portes du dialogue politique inclusif et consensuel, et fermer les vannes de l’argent-maître instigateur du fossé social et de l’injustice. L’autorité suprême devra pour le bien de tous, travailler à être toujours portée par un solide appareil politique, soutenue par des valeurs puis accompagnée par de vrais spécialistes et non par des thuriféraires.

Par ailleurs, l’essentiel pour l’heure, pour le peuple, est l’application effective du programme d’action du gouvernement en vue de la réduction de la pauvreté et de l’amélioration du pouvoir d’achat du Béninois moyen. Il est paradoxal et malséant que dans un pays pauvre comme le nôtre, une certaine classe sociale, sans nom, assoiffée de pouvoir comprime toutes les richesses au mépris de la plus grande partie du peuple.

Que les diversions entretenues et orchestrées par plusieurs mains ne distraient pas les vrais veilleurs quant à leur devoir d’éveilleurs des consciences citoyennes. Caveant consules ne quid detrimenti Resplublica capiat ; que veillent les consules afin que la République ne subisse aucun dommage.

Par Père Eric Aguénounon (contribution)

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