L’EGLISE DE GBANAME OU L’ECHEC DES RELIGIONS ENDOGENES ET REVELEES

15 Avr, 2017 | Par | Rubrique : A la une, Afrique, Culture, Dossier, Manchette, Société, Spiritualité

Au Bénin, l’Eglise de Gbanamè constitue une force religieuse avec  laquelle il faut compter. Cette Eglise compte de milliers de  fidèles. L’INSAE doit revoir donc ses statistiques en matière de croyance  religieuse  au Bénin. Mais qu’est-ce qui fait que cette Eglise draine beaucoup de monde ?

La première raison : Cette Eglise a déclaré une guerre ouverte contre les sorciers et les forces du mal. Il n’est de secret pour personne que  le Béninois trouve le mal partout. Tout ce qui lui arrive a une origine mystique et occulte. Le bouc émissaire, c’est le géniteur ou la génitrice, c’est la tante du village ou l’oncle du village, c’est le beau-père ou la belle-mère, c’est le voisin ou la voisine de la maison, c’est l’homme ou la femme qui le fréquente, c’est le collègue ou la collègue du service, c’est le patron ou la patronne du service, c’est le proche collaborateur ou la proche collaboratrice, c’est le voisin ou la voisine du marché ou de la maison… Donc cette ruée vers Gbanamè est justifiée par la psychologie du Béninois. Une psychologie qui voit le mal partout. Pour peu que quelque chose lui arrive, il n’hésite par à dire qu’il est victime de la sorcellerie ou du gris-gris. Azé wè, Bo wè.

La deuxième raison est que DAAGBO proclame sa divinité et se dit être au-dessus de toutes les forces, « DAAGBO est la force ». De ce fait DAAGBO n’hésite pas à dénoncer toutes les mauvaises pratiques des autres religions. DAAGBO fait le procès de toutes les autres religions dans un langage de vérité empreint d’ironie. Le discours de DAABGO parait parfois iconoclaste parce que son discours remet en cause les valeurs de presque toutes les autres religions et du pouvoir traditionnel. Ironisant sur le pouvoir traditionnel, DAAGBO a déclaré que le pouvoir de la royauté s’est mué dans les couteaux et coupe- coupe. Mais il faut avouer que DAAGBO a toujours  prôné le retour à une vie de sainteté. Son discours n’a jamais versé dans l’immoralité.

La troisième raison est liée aux comportements de certains responsables des Eglises endogènes et révélées. La plupart de ceux–ci sont incapables de combler les attentes de leurs fidèles. Beaucoup de fidèles chrétiens, musulmans et animistes sont tombés dans l’escarcelle de Gbanamè parce qu’ils ont été déçus par le comportement de leurs prêtes, de leurs pasteurs, de leurs imams ou de leurs Hounons.  Cette insatisfaction et déception sur le plan  religieux poussent les  ouailles à aller vers Gbanamè ou le discours est rassurant.  Le discours de DAAGBO anéantit chez certains Daagbovi la peur et leur donne un courage à nul autre pareil. Ils n’ont plus peur des sorciers, ni d’aucune force.

L’on pouvait lire derrière la moto d’un  Daagbovi devenu prêtre aujourd’hui ces mots « AZE DOU WIGNAN » qui veut dire littéralement « la sorcellerie a été honnie ». Quel courage ! Oui c’est ce courage qui caractérise les Daagbovi. Par ailleurs, dans certaines églises et temples traditionnels, l’on constate  un manque de vitalité, ce qui n’est pas le cas dans l’église de Gbanamè. En somme, DAAGBO opère chez ses adeptes une salubrité psychologique.

La quatrième raison est que  l’homme en général, préfère le sensationnel, le miracle, à la foi véritable oubliant  que la religion rime avec  la croix. Plusieurs personnages bibliques nous édifient à cet effet. Interrogeons la vie de Job ! Interrogeons la vie de Tobi !

La cinquième raison est liée à la conception classique que l’on a de la religion. La religion est un pont construit par l’homme, un être mortel pour atteindre Dieu, l’immortel. Mais dans le cas de Gbanamè, la religion est un pont qui nous permet de voir Dieu physiquement en chair et en os. Les Ouailles de Gbanamè sont en connexion directement avec Dieu, le réseau n’est jamais encombré, il est direct. Du moins, c’est le constat qui se fait.

Le Bénin est un pays laïc, aucune religion ne saurait être diabolisée. Le temps départagera les uns et les autres. Wait and see. Seul Dieu est le grand juge. Le chrétien, le musulman, l’animiste, le Daagbovi …  doivent s’accepter. A chacun sa religion mais Dieu est unique.

Jean-Florentin EDJEKPOTO, professeur certifié de lettres

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