Bénin : Verbatim des propos de Talon, devant les dignitaires musulmans

10 Fév, 2017 | Par | Rubrique : A la une, Afrique, Manchette, Société

La séance de travail, entre le président de la république et les hauts dignitaires de la religion musulmane au Bénin, demeure l’un des principaux faits d’actualité, depuis sa tenue samedi 04 février dernier au palais présidentiel. Elle visait à aplanir les divergences entre le chef de l’Etat et ses hôtes, à propos de l’interdiction  des manifestations religieuses, dont les prières musulmanes du vendredi sur les voies publiques.  Mais la séance a suscité davantage de polémique, tant l’interprétation des conclusions varient d’un camp à l’autre. Dans un souci de clarifications, La Nouvelle Tribune a retranscrit pour vous la vidéo de la séance, postée sur la page Facebook officielle de la présidence. Si la rencontre a duré 1 h 25mn (8h00- 9h25), selon le compte rendu de la délégation musulmane, la vidéo retranscrite est de 45 minutes. Elle contient les propos liminaires du président Talon, l’intervention du porte-parole de la délégation, et la réponse du chef de l’Etat.

Le verbatim de Patrice Talon devant les dignitaires de la communauté musulmane

J’ai été attristé par l’amalgame qui a été volontairement instauré et a servi d’intoxications pour remettre en cause l’esprit de l’embellissement de la ville de Cotonou, de Porto-Novo, de Parakou et d’autres villes.  La volonté d’embellissement, la volonté d’investissement, la volonté de marquer notre pays nous aussi, notre génération pour changer nos habitudes nos comportements parce que le Bénin est appelé à grandir aussi comme les grands pays du monde.

Chaque génération construit un tout petit peu, apporte sa petite pierre à l’édification à la construction, au développement   à l’embellissement, au changement ayant des méthodes, des mentalités, des comportements. Ce qu’étaient les grands pays il y a deux cents ans, quatre cents ans,  n’est pas du tout ce qu’on nous observons aujourd’hui avec plaisir  et que nous voyons dans ces pays qui sont développés. Mais malheureusement cela ne s’est pas fait en un seul jour. Les grands changements ne sont jamais  le fait  de l’action collective et consensuelle, jamais !

Il n’y a aucun pays au monde où les grands changements ont été l’effet d’un mouvement collectif spontané. Moi je mesure  la responsabilité qui est la mienne, je mesure la responsabilité du mandat que vous m’avez confié. Je mesure la portée des décisions qui peuvent impacter nos vies parfois difficilement aujourd’hui mais qui peuvent impacter nos pays dans le temps. Je n’ai jamais été animé de mauvaise intention pour prendre une décision contre le pays.

On ne peut pas délibérément, volontairement, choisir de faire mal à ses concitoyens.  A la limite on peut décider de faire mal à quelqu’un, à une personne humaine, la nature humaine est capable de faire cela. Nous ne sommes pas des saints, nous sommes des hommes parfois nous avons des colères, nous avons des vengeances, nous avons de l’envie, nous pouvons jalouser, ce sont des sentiments humains. C’est pour ça que d’ailleurs, nous demandons pardon à Dieu.

Donc nous sommes des pécheurs. Mais en général, on ne pèche pas contre l’inconnu, on ne pèche pas contre le peuple. On peut pécher contre des individus. Je ne peux pas décider de faire à mon pays, à mes concitoyens. Je pense même que Satan n’agit pas comme cela. Je serai pire que Satan si je décide de faire mal à mes concitoyens, à mon pays. Il y a des pays au monde qui sont très ordonnés. Quand vous allez dans les pays d’Europe du nord. Les pays d’Europe du Nord sont très ordonnés. Ils l’ont bâti avec le temps parce qu’ils sont eux-mêmes de tempérament discipliné et ordonné.

Mais moi je ne pense pas que Dieu ait créé certains ordonnés disciplinés et d’autres pagailleurs. Je ne pense pas. C’est l’histoire des peuples qui instaure l’ordre, la discipline. Et on voit beaucoup d’Africains dans ces pays qui respectent l’ordre. Il  a d’autres pays qui sont moins ordonnés. Quand on descend vers la méditerranée, les pays d’Europe du sud, on sent qu’ils sont moins ordonnés. Quand on va en Amérique on constate les mêmes choses.

Quand on va vers les régions tropicales on constate la même chose, moins ordonnés, moins disciplinés. E plus on s’éloigne des tropiques, je ne sais pas mais c’est l’histoire peut être de l’humanité qui fait que la façon de vivre impacte les cultures,  l’habitude. Mais dans les tropiques aussi, il y a des pays très ordonnés qui n’étaient pas  il y a 20 ans, 30 ans mais qui sont devenus ordonnés aujourd’hui. Moi  je vois le Rwanda avec admiration. Tout le monde en parle. Je vois le Botswana et le Malawi avec beaucoup d’admiration malgré leur ordre leur discipline, leur avancée, leur discipline. Il y a autour d’eux des pays qui sombrent dans la pagaille.

Mais si la génération actuelle a un fils, à des fils qui ont à un moment donné la volonté de forcer un peu les choses, ça peut être difficile mais on peut accompagner cela malgré les difficultés. Le Bénin est un pays de pagaille, nous sommes un pays de pagaille. Parfois nous sommes fiers de ça, mais si nous sommes conscients de cela, nous pouvons tout doucement  commencer à changer les choses pour que nos enfants, nos petits enfants, après notre vie sur terre, quand nos serons dans l’au-delà, nous aurons la fierté d’avoir contribué à changer ce que nous avons été nous-mêmes. On a été pagailleuses et pagailleurs mais nous avons mis en place les choses, et puis les choses ont changé.

Voilà un pays dans lequel les rues sont encombrées d’étalages. Parfois on s’assoit  sur les trottoirs, on joue aux cartes, on fait le ‘’Aji’’. On fait le commerce, c’est vrai pour vivre. Les week-ends, les samedis, on fait les veillées de prière dans les rues, les vendredis, on occupe les rues, les trottoirs pour prier sans gêne. Quand on veut faire des cérémonies, des fêtes même, on barre des rues, et on fait des fêtes. Quand les cérémonies des vodoun devront avoir lieu, on ne se gêne pas, on barre des rues.

Parfois le chef de quartier autorise, le maire autorise, même parfois sans autorisation. Je ne vais pas donner d’exemple mais il y a environ 4 mois dans Cotonou, les gens ont érigé une bâche dans une rue, ça a fait 3 jours pour une messe. Ils ont barré la rue pendant trois jours. Nous avons décidé de transformer au moins un peu nos grandes villes. Nous sommes engagés à mettre en place un programme d’investissement important pour agir et bitumer la plupart de nos voies dans nos grandes villes, paver les voies, mettre des lampadaires partout dans toutes nos grandes rues, mettre des feux partout.

Ce programme sera mis en œuvre avec vos impôts. « Quand moi, j’étais enfant, il y avait plein d’arbres à Cotonou. Il n’y en a plus aujourd’hui ». Au Bénin on coupe les arbres, n’importe qui coupe les arbres, on en coupe à la maison, on en coupe dans les rues. Dans un pays ordonné, l’arbre concourt à la vie. Bientôt, on va prendre une loi pour interdire, pour couper un arbre dans sa propre maison, il faut demander l’autorisation du maire. On va instaurer ça, même si c’est difficile.

Si quelqu’un a planté son arbre, l’arbre a poussé et qu’il veut le couper, il n’en a plus le droit. Parce que ça devient un patrimoine commun. Est-ce que quand on met un enfant au monde on peut le frapper, le tuer comme on veut ? Non. Parce que l’enfant devient la propriété de l’humanité. Et nous avons collectivement l’obligation de protéger les arbres. C’est comme cela pour les arbres aussi parce que les arbres sont indispensables à notre vie.  Il n’y a plus d’arbres à Cotonou, il n’y a pas de poubelles, il n’y a pas de bancs, il n’y a plus d’espace où on peut se retrouver. C’est un ensemble tout ça.

On ne peut pas  faire l’un sans l’autre. C’est vrai que parfois on peut manquer de méthode. Au lieu de faire les choses lentement, doucement, on est pressé et puis on veut faire les choses vite et on peut pécher parce qu’on a trop de volonté, on a la passion, on veut aller vite. Il faut nous reprocher, nous critiquer peut-être parce qu’on veut aller trop vite. Ça je suis d’accord. Mais pas nous critiquer en disant que nous n’aimons pas nos pays, nous n’aimons pas les musulmans, nous n’aimons pas les chrétiens, on veut interdire les chemins de croix, on veut interdire les prières dans les rues. Ce n’est pas pour cela. C’est parce que c’est dans un ensemble global que nous voulons commencer à construire, que nous voulons instaurer.

Quand vous allez en Algérie, on ne prie pas sur les trottoirs. Il est interdit même de prier sur les espaces qui jouxtent les mosquées. Pourtant c’est un pays musulman. L’Algérie est 99 % musulmane. Un pays du golfe où l’islam est né. En dehors des jours exceptionnels des jours particuliers, c’est vrai, ils ont beaucoup d’argent, ils ont construit des mosquées partout, c’est vrai il fait très chaud et on ne s’étale pas dans les rues vous aurez le plaisir de constater que les activités de cultes se passent dans le confort et dans la sécurité.

A Rabbat au Maroc, on voit que c’est une petite ville. Mais ce qui se passe à Barbes ne se passe pas à Rabbat. Pourtant le Maroc  est un pays musulman. Même s’il n’y a pas  d’interdiction, le comportement humain est plus ordonné. Nous avons entrepris, ce n’est pas déguerpissement, d’abord le mot déguerpissement, ça sonne mal. Je n’emploie jamais ce mot-là. Nous avons entrepris de mieux ranger la ville de Cotonou. Et nous avons dit que les bâches qu’on érige les vendredis ,ce n’est pas beaucoup de gens.

Le nombre de musulmans qui prient dehors au pays, ce n’est pas important du tout. Nous nous sommes dit qu’autant on interdit les prières, les veillées dans les  rues  n’importe comment les jeudis, vendredis, les samedis, les dimanches , autant on va interdire de ne plus faire des bâches pour prier dehors. On va même faire l’effort de ne plus  prier dehors. Mais malheureusement, il n’y a pas de mosquées partout. Et parfois les mosquées n’ont pas la taille suffisante  pour accueillir tout le monde. C’est une réalité. Mais si on ne force pas un  peu, nous allons voir  les moyens de construire les mosquées mais nous n’allons pas le faire parce que la nature humaine se laisse aller à la facilité. La communauté musulmane est riche. Elle a des moyens de construire des mosquées partout.

Quand je vois la mosquée de Cadjèhoun, j’ai mal au cœur. On a cassé la mosquée. Ça  fait combien d’années si on décide de construire la mosquée de Cadjèhoun, une année suffit. Mais comme c’est devenu confortable,  c’est devenu un spectacle même  c’est devenu bien de prier dans les rues. Ca fait même bien pour certains. Ce n’est pas confortable, ce n’est pas sécurisant. Mais dans 10 ans, 15 ans, 20 ans, si on ne fait rien ça va continuer comme ça. Dans trois ou quatre ans maximum en 2020, 2021 nous aurons le plaisir de voir des arbres plantés partout, des feux partout pour embellir nos rues et de donner une autre image à nos grandes villes. On peut y arriver doucement.

Moi je ne suis pas quelqu’un  qui n’est pas sensible à la  douleur des gens, non je suis très sensible à cela mais je sais aussi que tout ce qui est religieux, tout ce qui prend une interprétation religieuse, on ne peut pas dire on s’en fout ? Parce qu’il y a des gens qui le savent et qui le manipule. Tout ce qui touche à la foi, parler  avec calme. C’est pour ça j’ai décidé de vous rencontrer. Je vais finir mon propos en vous rappelant que ce  qui est ordinaire,  ce qui relève de l’occupation de l’espace commun, ce sont les activités quotidiennes qui ne sont pas des activités privées.

Tous les jours on va au boulot, on travaille on fait le commerce, ces choses-là s’expriment dans les espaces qui appartiennent à tout le monde mais tout ce qui relève de notre vie privée à chacun les communautés ethniques de tous les jours, ça s’exprime dans des espaces privés. Maintenant ce que la nation reconnaît comme étant communautaire mais néanmoins à caractère national comme les fêtes religieuses, la Tabaski, Noël, Pâques, Ramadan. Ce sont des fêtes de communautés religieuses mais à caractère national.

Ces choses-là il est admis que ça se passe dans l’espace public et que l’Etat encadre, ordonne, accompagne. Les carnavals, on peut convenir que les carnavals qui ont caractère festif qui peuvent avoir lieu une fois, deux fois par an se passent dans l’espace public et l’Etat accompagne ordonne parce que c’est bien pour tout le monde. Une fois en passant exceptionnellement. Les activités de protestation quand on veut manifester contre le pouvoir, contre le maire pour dire qu’on n’est pas d’accord parce que ça compromet la vie dans le pays.

C’est autorisé qu’on manifeste dans les voies publiques. C’est des choses qui arrivent de manière exceptionnelle. Ça ne relève pas de la vie quotidienne, de notre comportement quotidien. C’est autorisé et l’Etat encadre et accompagne. Le sport parfois, le sport de tous les jours ne doit pas se faire dans les rues, impossible !  Mais si un jour on dit de faire un marathon de Porto-Novo de Cotonou. S’il y a un événement important un jour dans l’Atlantique qui va rassembler deux milles trois milles personnes. On le fait dans les rues. On va autoriser et on va encadrer parce que c’est un événement à caractère national ou régional qui nous plaît à nous tous. Et qui n’est pas un événement quotidien. C’est autorisé ça.

Ceux qui sont à Cotonou, dans la zone de la Marina ont dû constater que les militaires ne font plus le sport. Il n’y a pas longtemps encore les militaires faisaient leur sport tous les matins et ils empêchent la circulation et gênent ceux qui vont au boulot à 7 heures et demi 8 heures. J’ai interdit ça. Pourtant, les militaires ils ont les armes hein et chaque gouvernement essaie de les protéger pour avoir leur faveur. J’ai interdit. On ne peut pas faire le sport de tous les jours dans les rues. Allez au stade ou sur la plage. Mais si un militaire essaie de faire une fois en passant une grande manifestation sportive ça peut se faire. C’est ça l’esprit des choses.

La prière elle est quotidienne c nous les croyants même le vendredi toute notre vie, tous les vendredis il y aura les grandes prières dans les grandes mosquées comme chez les chrétiens tous les dimanches. Prier les vendredis dans les mosquées n’est pas une activité exceptionnelle. Ca relève de la partie de la foi quotidienne. Nous allons construit les mosquées autant qu’il faut dans le pays. Et c’est comme ça que nous allons montrer à Dieu que nous participons à l’épanouissement de la parole Divine. Que nous participons par nos efforts à la propagation de la bonne nouvelle pour un bon comportement religieux.

On peut construire des mosquées partout. Mais si nous nous engageons à le faire on ne peut plus prier dans les rues dans dix ou quinze ans il y aura des mosquées partout parce que l’homme a besoin de ça les musulmans ont besoin de ça. Il y aura des mosquées partout. Si les chrétiens ont besoin de prier dans les Eglises et qu’il n’y a pas d’Eglise ils achètent parfois des terrains vides et ils font des baraques dessus.

Combien d’églises évangéliques, la nouvelle religion qui se propage, combien ils ne prient pas sous des baraques, des apatams. Dans dix ans maximum,  vous allez constater qu’il y aura des mosquées partout. Là où les gens ont  besoin de prier et qu’il n’y a pas d’espace on va cotiser pour agrandir. L’Etat peut accompagner la restauration de l’application. L’Etat a accompagné les travaux de la grotte mariale. L’Etat peut décider d’accompagner les œuvres qui concourent au confort des communautés religieuses.

Chers parents chers autorités je parle de cette affaire avec tellement de passion que parfois le ton peut être un peu fort. Mais c’est parce que je suis un homme passionné. Je crois fondamentalement que ce que nous faisons est bien. Je voudrais vous prier d’excuser les dérapages, je voudrais vous prier parfois d’excuser la précipitation parce qu’on va démarrer les travaux bientôt. Je voudrais vous prier d’être le relai de la communication nécessaire. Mais quels sont les aménagements les approches qu’il faut avoir pour que cela se passe sans trop de douleur et de difficultés.

C’est à cela que je vous invite aujourd’hui à me conseiller sur la manière dont nous allons opérer. Je n’ai pas de doute que vous serez capables d’être le relais de l’Etat que vous serrez capable de nous  conseiller et d’être nos complices. Dans quelques années nos serons fiers d’avoir fait ça. Et vous qui êtes là vous allez l’inscrire dans l’histoire du Bénin parce que c’est pendant que vous étiez des personnes, les autorités de la communauté musulmane que les choses se sont passées. Personne dans dix ou vingt ans ne va vous critiquer mais au contraire.

Mais si aujourd’hui certains vous critiquent, dans 10, 20, 30 ans dans l’histoire du Bénin  c’est vous qui aurez les mérites d’avoir permis cela. Je vous remercie pour votre écoute. Je voudrais prier le ciel de nous accorder la mesure, la patience, la clairvoyance et surtout qu’il nous accorde la convivialité que nous puissions chaque fois c’est nécessaire échanger parler en ami, en frère en parents en père et fils pour que ce qui est bien puisse se faire sans beaucoup de mal❒

 

Représentant de la communauté musulmane

… La communauté musulmane du Bénin est tout à fait disposée à trouver avec les administrations concernées, la mise en pratique de l’utilisation temporaire de l’espace public à côté de nos mosquées les vendredis. La communauté musulmane du Bénin vous fait confiance en votre qualité de garant de la constitution et de l’harmonie sociale pour lui permettre de jouir de ce droit et d’apaiser la colère des musulmans.

Monsieur le président de la République, connaissant votre esprit d’ouverture, les musulmans du Bénin sont certains de bénéficier de votre compréhension afin que désormais, la communauté musulmane du Bénin bénéficie des mêmes privilèges que ceux accordés aux autres confessions religieuses de notre pays. Nous envisageons de vous écrire plus précisément sur ce sujet dans les jours à venir.

Pour finir, la communauté musulmane du Bénin à travers son comité d’apaisement vous souhaite, à l’occasion de cette nouvelle année du calendrier grégorien, une robuste santé, un éclairage divin dans la conduite des affaires de notre pays. Que la paix et la justice règne sur le  Bénin. Je vous remercie monsieur le président❒

 

Président Talon

Je suis animé de la volonté la plus farouche de trouver une voie de sortie. Mais au même moment chers parents, chers amis, au même moment, je ne peux dans la phase de réformes dans laquelle nous sommes engagés je ne peux consacrer, et je prie Dieu de m’accorder cette clairvoyance et ce courage de le faire, je ne peux consacrer l’occupation de l’espace public même jusqu’à, la mosquée pour les prières de vendredi.

Si ensemble nous le consacrons, disons qu’à partir d’aujourd’hui il y a une crise et à cause de la crise, on s’est entendu que désormais au Bénin, prier dans les centres publics jusqu’à la mosquée est une chose acquise effectivement, nous aurons péché contre le Bénin. Nous n’allons pas faire du bien à l’Islam. Ce que Dieu attend de nous est de nous rassembler pour prier, pour l’honorer, nous rassembler dans la sécurité et dans le confort.

Ce que nous devons faire, c’est nous atteler à trouver les espaces qu’il faut pour prier Dieu en sécurité et en confort. Toutes les fois qu’exceptionnellement nous n’avons pas l’occasion, nous pouvons déborder. Mais nous ne pouvons pas consacrer que nous pouvons à tout moment, même les vendredis qui est un jour particulier pour l’Islam, dire que prier dans l’espace sous le soleil auprès des mosquées est un droit acquis. Ça peut être une contrainte pour nous par moments.

Imaginons qu’il y ait un grand événement à Parakou, que Parakou rassemble des dizaines de millions de personnes à l’occasion d’une fête religieuse, d’une fête nationale un vendredi dans la période, bonne occasion à de grands rassemblements, de grandes prières. Ça se fera dans le rues et l’Etat va l’encadrer, va la protéger pour qu’il n’y ait pas de chauffards qui débordent les rues et qui viennent créer des ennuis à ceux qui prient.

On va le faire et n’importe quel maire, préfet et autorité le ferait. Donc retenons que ce qui relève de votre vie et qui n’est pas du quotidien qu’on peut prévoir, planifier puisse se faire avec dérogation. Retenons ça. Mais ce que nous savons que nous devons faire tous les jours, planifions ça. Ce que nous devons faire, c’est dire que nous devons ensemble trouver les moyens de donner à nos concitoyens les espaces d’expressions religieuses en sécurité dans le confort. C’est comme ça que nous allons montrer notre volonté de construire.

Mais ceci étant s’il arrive exceptionnellement qu’il faut occuper l’espace jusqu’à côté de la mosquée, ça va se faire. S’il arrive que pendant la construction, on ne peut pas prier à l’intérieur, on peut même pendant des semaines, des mois, des années accompagner. Parce que nous sommes dans une dynamique positive de construction mais malheureusement cela induit l’occupation momentanée de l’espace public.

Quand on construit des immeubles, parfois on occupe l’espace public. Le chantier déborde sur la voie et on autorise qu’on occupe même la moitié des voies ou parfois on ferme des voies pour permettre à un privé de faire ses échafaudages sans mettre en danger ceux qui vont circuler. L’Etat autorise et on ferme des voies pour un privé juste parce qu’il veut construire sa maison, pendant un temps. Parce que celui qui veut construire une maison, celui qui veut construire un immeuble est dans une dynamique positive . pour la nation. Donc, on lui concède ça.

C’est cela que je voudrais que nous comprenions et qu’on adopte comme exemple de vie dans la communauté collective. Avec tout le respect que j’ai pour vous, on ne peut pas consacrer cela. Et c’est pour ça que je veux réitérer ma demande d’être les porte-paroles de l’Etat, du gouvernement pour que même si, comme ça s’est passé hier (vendredi 3 février 2017, Ndlr), on peut continuer d’occuper momentanément, parfois et exceptionnellement l’espace public, que ce ne soit pas interprété comme un droit. Que ça soit interprété comme quelque chose qui s’impose à nous mais qu’on ne va pas continuer de faire tout le temps et qu’on va s’attelé, chacun de nous individuellement et collectivement, à trouver les solutions les plus indiquées à ce qui relève de votre vie quotidienne et notamment notre vie religieuse, spirituelle.

 L’Algérie et le Bénin ne pratiquent pas de l’Islam différent. Nous pratiquons la même religion musulmane, c’est la même. Le Coran est le même pour l’Algérie et le Bénin. Là-bas, c’est interdit mais ils ont des moyens. Ils sont riches donc ils ont pu construire des mosquées partout pour que tout le monde prie. Nous on n’est pas riche, on n’a pas les moyens. Mais, nous allons espérer et prier Dieu et travailler pour ça. Et c’est cela que je vous demande. Ce n’est pas plus que ça.

Vous imaginez quand même qu’on ne va pas amener des militaires pour enlever des gens qui prient. Vous savez que des gens ne vont venir pour prier Dieu et on va les arroser, les taper  et les déloger. Le Bénin n’arrivera pas là. C’est cela d’ailleurs la beauté de notre pays. Mais au même moment nous devons nous engager sur cette voie que tout doucement on va forcer. Parce que si on ne force pas ça, ça va nous caractériser éternellement. Ensemble avec vous, on va forcer. 

De temps en temps, on va empêcher un peu. Et vous quand vous allez voir ça, vous allez sourire et dire ah, c’est ce qu’on a dit ça : il force un peu. C’est ça aussi la technique pour diriger un pays. On va y arriver mais pendant ce temps, l’Etat va le faire, l’Etat va aider, va contribuer. Parce que pour les musulmans, prier dans l’espace juste à côté de la mosquée est devenu un acquis. Donc l’Etat peut aider. Ce n’est pas parce que l’Etat peut aider à construire des mosquées que les chrétiens, les vodouïsans vont dire, ah nous aussi il faut nous donner de l’argent.

Non, eux on peut se défendre parce qu’il y a des habitudes acquises pour les musulmans et on veut leur enlever. Ce qui n’est pas bon mais qui n’est pas acquis pour les autres, on ne va pas leur donner. Mais ce qui n’est pas bon et qui est acquis pour quelqu’un, on peut essayer de lui enlever en accompagnant. C’est ça on appelle mesure d’accompagnement. Ce sont ces choses -là que nous allons intelligemment mettre en place et on va assumer leurs responsabilités. Une fois qu’on fait ces choses-là, on peut forcer.

Quand on aura aidé Cadjèhoun à avoir l’espace qu’il faut, nous allons forcer davantage. Donc je voudrais vous prier d’accepter, parfois avec beaucoup de difficultés et de douleurs. Amis, observez nous et vous verrez qu’on fait faire intelligemment. Acceptez qu’on force un peu. Au même moment, on va accompagner. Et si ça se passe parfois un peu mal, il faut sortir pour apaiser. Il faut nous interpeler pour nous dire non, non là vous avez mal fait, là vous avez trop forcé, là ce n’est pas allé vite, il faut donner un peu plus de moyens.

Donc, nous allons trouver, en bonne complicité, comment évoluer pour que nous réussissions à transformer notre environnement à notre fierté aujourd’hui et demain. Dieu nous accorde sa grâce. Monsieur le ministre de l’Intérieur, je me suis substitué à vous parce que c’est vous votre mission. Il n’est pas convenable qu’on aille plus loin, sans que vous n’interveniez. Avant de vous laisser la parole, considérez chers amis, chers parents qu’aujourd’hui, ça sera un pacte entre vous et nous, non écrit. C’est un pacte.

Nous allons agir avec intelligence et vous allez nous accompagner, vous allez nous interpeler chaque fois pour dire non. Et au même moment nous allons installer un dispositif dans les endroits où c’est sérieux, où notre action peut être visible pour qu’on voie que l’Etat accompagne.

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