Vote du Mali contre Bathily : Non à la falsification de l’Histoire !

8 Fév, 2017 | Par | Rubrique : A la une, Afrique, International, Manchette, Politique

Des  diplomates, politologues, politiciens et autres politistes de tous les horizons ont commenté à satiété, dans les médias, avec une «certitude déconcertante», les supposées raisons du vote du Président malien contre le Sénégal, en faveur du Tchad. Ils n’ont pas hésité à l’expliquer par le refus du Président Macky Sall d’envoyer les troupes sénégalaises aider le Mali à lutter contre l’invasion djihadiste.
Alors que cette affaire est encore relativement récente, comment un tel unanimisme a-t-il pu se produire entre ceux qui se présentent en «grands théoriciens de la  diplomatie et de la  géostratégie ?» Il me semble donc nécessaire de rappeler brièvement les faits pour aider à rétablir la vérité, sans laquelle nous ferons fausse route dans l’appréciation de l’échec de la candidature de Bathily et dans nos rapports avec nos voisins.

En effet, lorsque Macky accédait au pouvoir en avril 2012, il a hérité de Wade un engagement auprès de Sarkozy et de Ouattara d’effectuer une intervention militaire de la Cedeao pour chasser du pouvoir la «junte militaire» qui avait renversé le régime du Président A. T. Touré  qui était, avec les grands partis politiques maliens, préoccupé à dérouler les préparatifs de l’élection présidentielle selon le calendrier républicain, plutôt que de mobiliser le Peuple malien derrière son Armée «humiliée» et pourchassée du Nord par les  djihadistes.

La Cedeao, sous la direction du Président du Nigeria Goodluck Jonathan, avec l’appui de Wade, de Ouattara et de Compaoré, fortement encouragés par le Président Yayi Boni du Bénin, qui était le Président en exercice de l’Ua, avait rencontré des fortes réticences du Ghana et de la République de Guinée pour trouver un accord sous-régional permettant d’envoyer des troupes au Mali pour chasser les «putschistes», rétablir l’ordre républicain, organiser l’élection présidentielle pour mettre en place un gouvernement légal devant créer les conditions d’une négociation de la paix avec le Mnla qui était chassé du Nord Mali par ses alliés djihadistes et était établi à Ouaga sous les auspices de la France.

A l’époque, des voix comme la mienne étaient montées au créneau pour demander publiquement au Président Wade de ne pas envoyer l’Armée sénégalaise combattre l’Armée malienne, mais qu’elle devrait au contraire aider celle-ci à libérer le nord du pays occupé par les djihadistes et qui menaçaient de descendre sur Bamako. C’est dans ce contexte que, arrivé au pouvoir, le Président Macky Sall avait refusé d’envoyer les troupes sénégalaises combattre l’Armée malienne.

Pourtant, le Tchad n’y était pas non plus allé pour chasser les «putschistes» et nos doctes commentateurs ne le lui ont jamais reproché. Donc, tenter d’accréditer la thèse selon laquelle le Mali a sanctionné par son vote négatif le refus de Macky de lui porter assistance ne peut tenir nullement la route.

Sinon, pourquoi avoir fait payer le Sénégal et non le Tchad ?

Ce n’est qu’avec l’arrivée de Hollande, qui a vite changé de stratégie dans la crise malienne en changeant de cible à la faveur de «l’Opération Serval» pour chasser les djihadistes, et non plus les «putschistes» que le Tchad est intervenu, et que Macky ait décidé d’envoyer nos soldats auprès de leurs frères d’armes maliens.

Ce que les détracteurs de Macky ont aussi essayé d’occulter, c’est que le Tchad a été envoyé par la France au casse-pipe dans les fiefs les plus sécurisés des djihadistes, en se contentant de couverture aérienne de soldats tchadiens envoyés au front, pendant que les troupes françaises au sol, s’occupaient à empêcher l’Armée malienne de libérer Kidal, afin d’y organiser l’installation de la rébellion touareg du Mnla, armée jusqu’aux dents.

Le Président tchadien, après avoir payé un lourd tribut dans l’affrontement de son Armée avec les djihadistes, a dû se résigner, le cœur gros et plein d’amertume, à diminuer son contingent, tandis que l’Armée malienne subissait une seconde «humiliation» infligée par la France qui l’empêche de parachever la libération de son territoire national.

Aucune autre Armée, y compris la nôtre, n’a été autorisée par la France d’apporter son soutien au front à l’Armée malienne pour la libération du Nord Mali. Toutes ces Armées africaines furent cantonnées, par l’intermédiaire de l’Onu,  au rôle de maintien de la paix dans le reste du Mali, hors de la région de Kidal.
C’est cela la triste réalité dans la crise au Mali, et qui prévaut toujours, au corps défendant des patriotes maliens, sénégalais, et africains qui n’ont eu de cesse de dénoncer le projet de partition du Mali  par les  stratèges politiques et militaires français  pour assurer la protection de leurs intérêts dans la zone, dont le Niger qui fournit par son uranium 40% de l’électricité de France.

D’ailleurs, c’est la France, en accord avec les Usa sous Obama, qui a écarté le Sénégal, à son corps défendant, du G5 qui regroupe le Mali, le Burkina, le Niger, la Mauritanie et le Tchad pour lutter contre le terrorisme dans le Sahel. Ils ont ainsi exclu le Sénégal de la défense du Sahel contre le terrorisme pour l’embarquer dans la défense du Golfe de Guinée sous le contrôle des Usa, avec comme lot de consolation, la présidence du  «Groupement intergouvernemental pour la sécurité et la sûreté du Golfe de Guinée».

Pourtant, la Mauritanie n’a pas envoyé de troupes au Mali. Et pis encore, elle abrite sur son sol des dirigeants les plus intransigeants du Mnla. Ce qui n’a pas empêché les deux chefs à se solidariser pour voter contre le candidat du Sénégal. Qui peut donc continuer à justifier en toute honnêteté le vote négatif malien par des considérations de manque «d’implication du Sénégal» dans la défense du Mali contre les djihadistes ?

Ce vote malien ne peut pas non plus s’expliquer par la proximité du Sénégal et du Maroc, puisque le Mali a aussi porté la candidature du royaume pour son retour au sein de l’Ua. Ce qui est encore plus curieux dans ce manque de solidarité envers Bathily, c’est qu’il est connu comme étant un «très grand ami» des Présidents actuels du Mali, du Niger et du Burkina, alors qu’ils ont voté contre lui.

Il est donc clair que ces pays ont des intérêts propres qu’ils ont privilégiés par rapport à leur «amitié» avec Bathily, et par rapport à l’appartenance ancienne commune avec le Sénégal  de leurs Etats au sein de l’Uemoa. Si le Niger a des raisons politiques d’en vouloir au Sénégal à cause de la présidence de la Commission de l’Uemoa, il faudrait reconnaître que ces raisons sont pour son Président plus importantes que son «amitié» pour Bathily.

Ainsi, avec le G5, le Sénégal n’a plus d’intérêts géostratégiques communs avec le Mali, le Niger et le Burkina, et au sein de l’Uemoa, il est en compétition avec le Niger pour la présidence de la Commission, ce qui entretient un climat malsain. Cette situation semble dessiner la fin politique de l’Uemoa, dont l’intérêt économique est en voie de disparition avec l’avènement du Tarif extérieur commun (Tec) de la Cedeao, et sa prochaine monnaie commune.

La Cedeao semble être le groupement sous-régional dans lequel les intérêts spécifiques du Sénégal ne semblent pas être en contradiction majeure avec ceux des autres membres.

En effet, que ce soit le portage de sa candidature à l’Onu, de son élection à la présidence de la Commission de la Cedeao ou de la crise gambienne, la solidarité sous-régionale a joué en sa faveur.
Le Sénégal a donc tout intérêt à privilégier tout ce qui peut aller dans le sens de la préservation de la Cedeao, et les Sénégalais devraient savoir que leur «amitié personnelle» avec des chefs d’Etat étrangers ne prendra jamais le dessus sur les intérêts de leur pays, si ce ne sont pas leurs intérêts propres qu’ils confondent volontiers avec ceux de leurs peuples.

Cultivons donc la solidarité et l’amitié entre Sénégalais pour mieux défendre les intérêts de notre Peuple, et évitons d’envenimer pour des raisons inavouées, souvent de politique politicienne, ou de pur affairisme, les contradictions immanquables entre nos Etats dans la gestion quotidienne de nos gouvernements, des affaires de nos peuples.

Par Ibrahima SENE
Pit/Sénégal

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