DIVERSION : Par Olympe BHÊLY-QUENUM

30 Août, 2016 | Par | Rubrique : A la une, Culture, Economie, International, Manchette

Quand le gouvernement du CHANGEMENT aggrava plutôt la situation du Bénin jusqu’à s’en prendre à la culture en saccageant HOMME DEBOUT, la Fondation ZINSOU émit un communiqué de presse encore en ligne à : www.obhelyquenum.com où ma riposte est intitulée Assassinat d’un objet d’art nègre ; je demandais à Monsieur Thomas Boni Yayi de payer la restauration de ce qu’il a fait détruire ; en me suggérant de prendre l’initiative d’une pétition, Roger Gbégnonvi ajoutait « nous ferons le reste », ou quelque chose de ce genre ; j’ai préféré sourire, convaincu que nul ne bougerait.

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(Olympe BHÊLY-QUENUM)

Le CHANGEMENT n’avait cure de la Culture ; il le justifia en faisant zigouiller un objet d’art, même sur la Route de l’Esclave, à Ouidah, célèbre port négrier de l’Histoire d’Afrique. Soucieux de prouver son attachement à la culture, le gouvernement de la RUPTURE requiert la restitution des objets rituels, royaux et artisanaux etc., considérés comme des œuvres d’art pillés par le système colonial français. La requête du président Patrice Talon ressemble autant à un coup d’épée dans l’eau qu’à celui de la chaussure de Nikita Kroutchev – président de l’ex-URSS – sur la table de l’Assemblée générale de l’ONU.

La première réponse à cette requête qu’on ne saurait considérée comme celle de l’Elysée est l’insolence et l’arrogance gauloises de Mme Hélène Le Gal ; deux journaux parisiens s’en sont fait l’écho :

1° (cf. Le Monde, in Le Monde Afrique) : « Je vous informe que les objets auxquels vous faites référence, écrit-elle le 26 juillet 2015, notamment ceux que conserve le Musée du quai Branly, sont entrés dans les collections nationales de manière régulière. Désormais devenus inaliénables, la plupart d’entre eux ont été acquis il y a longtemps et en conformité avec le droit international en vigueur », écrit-elle à à Serge Ghézo, prince d'Abomey.

2° (cf. L’Humanité 12-13/08/16 rapporte la réponse dans laquelle elle asséna : Béhanzin « a offert son trône, son sceptre et les statues de son père et de son grand-père de façon volontaire en vertu du droit international.» Madame Le Gal semble confirmer ainsi ce que le système colonial appelait « Reddition de Béhanzin. »1

Inouï, inadmissible, mépris et néocolonialisme à visage découvert ! Faudrait-il lui apprendre que chez nous, même fou ou dénaturé, aucun enfant ne lègue les biens de ses parents ? À l’ère coloniale au Dahomey, des domestiques se rebellaient contre les diktats de certaines épouses de Commandants de Cercle ; par-delà ses allégations mensongères, les propos de Madame Le Gal sont des outrages aux sépultures des rois Glélé et Ghézo, père et grand-père du roi Béhanzin ; les lâches et les renégats sont libres d’observer le profil bas afin de plaire au néo-colonialisme, voire aux racistes. En 1949, mon premier vote en France était pour Pierre Mendes France dont un article sur l’Afrique m’avait ému ; militant socialiste pas tout à fait inconnu, les déclarations innommables de Madame Le Gal m’obligent à riposter sans ambages en déclarant : si Patrice Talon, Présidant du Bénin n’ose pas réagir, les descendants des rois Béhanzin, Glélé et Ghézo devraient donner de la voix ; quant à moi, j’en appelle au peuple béninois : Madame Hélène Le Gal doit présenter formellement ses excuses publiques à la Nation béninoise. C’est incroyable qu’une personne si peu au fait de l’Histoire d’Afrique soit Conseillère Afrique de l’Elysée et je me demande : quelle serait la réaction des Français bon teint – droit du sol, droit du sang – si un étranger, quidam africain, américain ou européen écrivait que les 20 et 21 juin 1791, avant de fuir à Varennes, le roi Louis XVI avait légué ses bijoux, ses vêtements d’apparat, ceux de Louis XIV et autres biens de ses ancêtres aux émeutiers de la Révolution française ? Quel Français bon teint faudrait-il être pour ne pas faire ostentation de ses âneries et saloperies quand il s’agit d’Afrique ?

Nous ne devons pas nous résigner face aux arrogances, insolences et outrances de ceux qui croient avoir encore tous les droits au pré carré français qu’était l’Afrique francophone ; la zone d’influence exclusive se fissure ; il n’y a guère (cf. BFMTV) Monsieur Sarkozy, le seul chef d’Etat français, voire européen à qui une belle brochette d’intellectuels africains a dû consacrer un ouvrage de plus de 375 pages intitulé L’Afrique répond à Sarkozy 2 , déclarait : «Pas question de laisser les colonies françaises d’Afrique avoir leurs propres monnaies.» Il précisa même : « le meilleur moyen de préserver la bonne sante de l’économie française est le maintien du franc CFA comme la seule monnaie utilisable dans nos anciennes colonies en Afrique. »

En 2007, piétinant l’Afrique à Bamako lors de sa campagne électorale, le même homme pérora : « La France, économiquement, n’a pas besoin de l’Afrique. Les flux entre la France et l’Afrique représentent 2% de notre économie. »

En somme, le système d’autrefois comme celui en cours doit continuer de siphonner, pressurer, hongrer l’Afrique ; quand l’Afrique s’insurge, le système ment, engage des procédures tortueuses qui entravent la négraille ; le poète martelait déjà : « En vain pour s’en distraire le capitaine pend à sa grand’vergue le nègre le plus braillard ou le jette à la mer, ou le livre à l’appétit de ses molosses. La négraille aux senteurs d’oignon frit retrouve dans son sang répandu le goût amer de la liberté. Et elle est debout la négraille » Aimé Césaire.

Il faut oser le dire aussi : tous les bijoux, tous les objets d’art du royaume de Dahomey n’ont pas été pillés par le général Dodds et consort ; des personnalités africaines ainsi que des renégats collaborent à la déterritorialisation des objets d’art, rituels et cultuels de leur pays en les vendant aux étrangers qui, d’ailleurs, n’en comprennent pas l’importance : à Paris, rue du Bac ou rue de Buci, j’ai vu chez un marchand d’Art africain un local de 16m2 environ rempli d’aséén 3 sur lesquels il y avait des duvets dans du sang de volailles séché ; à l’évidence, ils provenaient de maisons mortuaires ou de couvents vodún !

En 1954, j’ai acheté, à Abomey, un bocio-xwéli 4 très lourd supposé de la cour du roi Agadja. Comment a-t- il pu quitter ce lieu ? Hampâté Bâ, après l’avoir admiré et commenté me conseilla de ne pas m’en séparer ; lors d’une visite chez nous, à Poissy, Michel Leiris découvrit la sculpture et voulait l’acquérir pour le Musée de l’Homme ; devenu Le veilleur de nuit (une nouvelle dédiée à Aimé Césaire), l’historien d’art Joseph Adandé le décortiqua dans un texte d’une perspicacité rare. 5 Illustré par la sculpture de Bocio-Xwéli, The Night Watchman -traduction en anglais de la nouvelle- est célèbre dans une anthologie anglaise de plus de 1200 pages. 6 Cet objet d’art nègre est définitivement sauvé.

*

Asséner que la bonne gestion de la culture et des musées d’Art génère le tourisme qui participe au développement économique de tout pays est une lapalissade; si le gouvernement de la RUPTURE veut vraiment se rendre à cette évidence, il ne devrait pas, il ne doit pas privilégier le coton auquel tant de séances de conseils des ministres ont été consacrées. Le DOSSIER perdu du port négrier de Ouidah pour le patrimoine mondial de l’Unesco est un cas assez préoccupant pour que le régime de la RUPTURE ne l’enterre pas, en emboitant le pas à son prédécesseur qui a mis sous des dalles de béton armé le détournement des millions de dollars destinés à fournir de l’eau potable etc. au peuple béninois.

Marie-Cécile Zinsou a approuvé le retour des trésors pillés par le système colonial ; il faut la soutenir  fermement : sans la Fondation ZINSOU, Dieu seul sait où serait aujourd’hui le trône que le roi Béhanzin n’avait pas concédé au général Dodds ; je pose à nouveau la question que voici : au Bénin, qui, parmi les hommes d’affaires milliardaires en francs cfa, en dollars USA, €uros ou francs suisse en sécurité chez les Blancs aura déjà mis un franc dans l’achat d’un objet d’art du Bénin et en aurait fait don à un musée de ce pays ?

L’extrait du reportage de Serge Michel (cf. Le Monde Afrique) mérite d’être lu et relu : « … au Bénin, c’est un autre musée qui se vide, celui d’Abomey, au centre d’un site pourtant classé en 1985 par l’Unesco. Quarante-sept hectares et des palais, construits par 12 rois successifs, autrefois protégés par un large fossé que peuplaient crocodiles, serpents venimeux et plantes maléfiques. Salles sombres et mal entretenues, vitrines poussiéreuses. La veille de notre visite, une famille de souris a été délogée de la vitrine contenant la tunique d’une amazone, les fameuses guerrières de Béhanzin, dont elle se régalait. Le directeur, Urbain Hadonou, en fonctions depuis 2004, est assis à l’extérieur, sur un muret. Des écoliers passent, jettent des emballages plastiques par terre. »

Ce que j’en déduis ? D’abord, la restauration et l’entretien des Quarante-sept hectares et des palais, construits par 12 rois successifs .Ancien président du Bénin, Nicéphore Dieudonné Soglo disait entre autres qu’« au musée du Quai Branly se trouvent les récades royales, le trône de Glélé, les portes sacrées du palais et plusieurs autres objets de grande valeur issus du pillage de 1894. Tous ces biens mal acquis doivent retourner dans leur pays d’origine, où se trouve leur place véritable… La politique du dialogue interculturel ne saurait s’accommoder du pillage interculturel » 7

Je soutiens sans détour cette déclaration ainsi que la prise de position du CRAN et la décision du conseil des ministres du 27 juillet 2016 afférente au patrimoine culturel du Dahomey pillé par Dodds ; mais je souligne qu’il s’agit d’un processus qui prendra du temps ; puisqu’au Bénin la corruption est un rhizome que le pouvoir politique entretient, les primordiaux doivent être les besoins du peuple, hic et nunc : eau, lumière, chômage, scolarisation des jeunes, la bonne gestion du CHU et l’efficacité des soins aux malades. A propos de scolarisation au Bénin, c’est grainesdesperancebenin@gmail.com, une Association française qui fournit un repas par jour à des enfants qui vont à l’école ! Il y a aussi des salles de classe pléthoriques sans livres de lecture, ni craie exhibées par une chaîne de télévision française ; malgré tout cela, plusieurs conseils des ministres ont été dévolus au coton, comme si l’élection démocratique du candidat Patrice Talon devait lui permettre de régler d’abord un cas personnel ; il appert donc que le problème des trésors patrimoniaux dont le Dahomey a été dépouillé par le système colonial est une DIVERSION pour ne pas faire face aux cas urgents.

 Olympe BHÊLY-QUENUM

1111 Il faudrait lire Les Ancêtres de la Famille QUENUM, de Maximilien Quenum, un livre très documenté où l’on découvre des précisions qu’ignorent nombre des prétendus spécialistes des problèmes du Dahomey. Béhanzin ne s’était jamais « rendu »au général Dodds : Maximilien Quenum était mon oncle ; comme lui je sais de quoi je parle en affirmant : un grave conflit interne, familial contribua efficacement à la chute du roi Béhanzin; l’illustre devin Guèdègbé (cf. Bernard Maupoil, La Géomancie à l’ancienne Côte des Esclaves, Paris 1961) l’en avait d’ailleurs prévenu  et l’avait avertit ; quand j’ai eu révélé ce pan de l’histoire du Dahomey à Jean Pliya dont KONDO Le Requin est consacré au roi Béhanzin, il déclara : « Merci, sincèrement merci, l’histoire de

notre pays dissimule des choses que nous devrons connaître et écrire. »

Blancs ou Noirs, les historiens continueront de ressasser des mensonges et des sornettes tant qu’ils n’auront pas lu l’ouvrage de Maximilien Quenum, un des petits-fils du prince Agboglofa, Anikokou, Azanmado HOUENOU et lauréat de l’Académie française ; notre ancêtre fut cabécère et ministre du commerce du roi GHEZO, grand- père du roi Béhanzin ; à son entrée en fonction à Gléxwé (Ouidah) un des plus puissants couvents vodún lui rendit hommage par un hymne rare dont Ghézo est le noyau ; on ne se débarrasse pas du « trône, du sceptre et des statues » d’une telle personnalité. Madame Hélène Le Gal devra être solidement recyclée avant de continuer de parler d’Afrique. Grande Prêtresse et coryphée, ma mère m’avait chanté, en présence de ma femme (Normande) cet hymne que j’ ai enregistré sur bande magnétique avant de le faire graver sur CD, en conservant ainsi un fait de tradition orale.

2 – cf. éditions Philippe Rey. Paris 2008.

3 – Objet en métal qui matérialise la présence d’un défunt dans sa maison ou celle de son ascendance..

4 – Effigie destinée à tromper la Mort et à protéger la maison où elle est érigée.

5 – Cf. L’Afrique des profondeurs.40è anniversaire de Un piège sans fin. Mélanges offerts à Olympe BHÊLY-QUENUM

6 – Cf. The WEIRD 2011, edited by Ann &amp ; Feff Vandermeer. UK.

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