Présidentielle 2016 : ZINSOU source de déstabilisation pour le Nigeria ?

29 déc, 2015 | Par | Rubrique : A la une, Afrique, Economie, International, Manchette, Politique

Banalisée par l’actuelle mouvance présidentielle appelée FCBE, l’histoire de la famille ZINSOU avec le grand voisin nigérian demeure une véritable source de réflexions. Hors des critiques politiciennes faisant de Lionel ZINSOU un candidat imposé par YAYI Boni, il convient inéluctablement de replacer le cas ZINSOU dans son contexte historique jusqu’à ce jour.

Si les Béninois d’aujourd’hui, Dahoméens d’hier, semblent avoir oublié le problème, il est indispensable de rappeler que les relations diplomatiques entre le Bénin et la République Fédérale du Nigéria ont toujours connu des difficultés d’origines diverses. La première crise de confiance entre les deux Etats remonte à l’année 1968 et cela rappelle fatalement la guerre du Biafra.

Depuis le vendredi 18 décembre 2015, les FCBE (Forces Cauris pour un Bénin Emergent) ont jeté leur dévolu, au forceps, sur le neuve de l’ancien et éphémère chef de l’Etat de l’ex Dahomey aujourd’hui Bénin. Le Dr Emile Derlin ZINSOU, dans des circonstances presque similaires fut « nommé » Président de la République par l’armée dahoméenne un 17 juillet 1968 avant d’en être déchu par cette même armée en décembre 1969. Ce qu’il faut, entre autres, retenir de ce pouvoir et qui laisse à ce jour des traces dans les relations diplomatiques entre le Bénin et son géant voisin de l’est est la violence. Violence de par son implication dans la guerre de sécession au Nigéria au profit de la France, violence fiscale sur les citoyens dahoméens et enfin l’agression du 16 janvier 1977 dans laquelle la France a pu jouer un rôle indéniable. Dans son ouvrage (Corsaire de la République), Bob DENARD n’a pu faire mystère autour du personnage de notre ancien président. Emile Derlin ZINSOU est actuellement le doyen des chefs d’Etat encore en vie au Bénin.

Il faut que la France déstabilise le Nigéria …

Selon plusieurs chercheurs, la France n’a jamais voulu avoir un Nigéria aussi vaste mais aussi riche grâce à : sa population (à lui seul la moitié de celle de l’Afrique de l’ouest) et surtout ses énormes richesses du sous-sol en particulier le pétrole. C’est ainsi que lors de la guerre dite du Biafra, la France a entrepris de fournir armes, munitions et mercenaires aux sécessionnistes afin de légitimer la partition du Nigéria. Ce soutien de la France aux rebelles nigérians était sous le couvert de la Croix Rouge Internationale qui agissait ouvertement ainsi à partir de l’aéroport international de Cotonou.

Prétextant d’un acheminement de « vivres et de médicaments », le gouvernement français avec la bénédiction des autorités au sommet de l’Etat dahoméen appuyait cette guerre qui devrait diviser le Nigéria en deux entités distinctes. Malgré les soupçons du gouvernement nigérian, la France a toujours rejeté les accusations du gouvernement Gowon (chef de l’Etat fédéral au moment des faits) jusqu’à ce qu’un pilote impliqué dans ce trafic d’armes illégal avoua en Suisse avoir livré des armes aux sécessionnistes. Le commandant Bachman, le pilote, a décrit dans une dépêche de l’AFP en date du 21 novembre comment sous le pavillon de la Croix-Rouge le ravitaillement s’opérait en faveur des troupes rebelles commandées par Ojukwu.

L’implication de ZINSOU conduisait à la fermeture de nos frontières

Ainsi établie définitivement, la complicité du Dr Emile Derlin ZINSOU dans ce qu’on pouvait appeler la désintégration de l’Etat voisin du Nigéria qui partage pourtant des ethnies sœurs avec le Dahomey engendrera la première crise diplomatique entre les deux Etats voisins. Le rôle du Général De GAULLE n’est plus à démontrer non plus, car il lui fallait détruire cette jeune fédération afin de réaliser deux objectifs vitaux au profit de la France. Premièrement, il faut atomiser le Nigéria en de petits Etats très peu viables comme ce fut le cas pour toutes les anciennes colonies françaises. Ensuite, il fallait assurer à la douce France sa nécessaire indépendance énergétique à cause de ses ressources fort limitées or l’Algérie était devenue indépendante tandis que le Gabon seul ne suffira pas pour plusieurs siècles. Et il faut ajouter à tout ceci l’hostilité de Félix HOUPHOUËT-BOIGNY qui redoutait l’existence en Afrique de l’Ouest d’un Etat plus puissant que la Côte d’Ivoire.

Cette implication malheureuse du Dahomey avait valu la fermeture des frontières entre le Nigéria et le Dahomey. Dès fin février 1969 le Dahomey avant commencé sa toute première conjoncture économique à cause de la fermeture des frontières entre lui et son puissant voisin. Aujourd’hui comme hier, les Nigérians n’ont pas encore oublié cette brève mais très sérieuse affaire politique. Aussi le Nigéria a-t-il maintenu une base militaire ouverte depuis lors à quelques encablures deux frontières entre les deux Etats pour parer désormais à tout.

Que pense le Nigéria face à un autre ZINSOU ?

D’où de légitimes craintes du côté nigérian à revoir un autre ZINSOU installé dans les conditions que nous connaissons actuellement à l’exécutif béninois. La France étant toujours à la recherche de sources énergétiques suffisantes pour mettre ses citoyens à l’abri, le risque est permanent pour que les provocations reprennent éventuellement. Certes, la France n’a rien à voir dans les élections au Bénin. Mais tout le monde sait comment cela se passe. On sait par exemple comment SASSOU N’GUESSO a pu modifier sa constitution. On sait pourquoi la République de la Centrafrique est sans Etat viable depuis des décennies. On sait également à quel prix certaines dictatures ont résisté dans le temps et dans l’espace francophone. L’élection de Lionel ZINSOU est devenue un enjeu géostratégique pour la survie de la France.

Membre de la Commission Hubert VEDRINE en 2013, celui qui se déclare être « un tout petit peu Béninois » n’a rien à chercher au Bénin qui puisse être au détriment de sa mère patrie : la France. Il est fort à parier que tout sera mis en jeu par cette même France pour faire élire par tous les moyens (licites comme illicites) l’ex de Rothschild. Surtout que le 6 février 2015, la France a lancé l’initiative AfricaFrance. Une forme de fondation dirigée par Lionel ZINSOU soutenue par le Quai d’Orsay (ministère français des affaires étrangères)  et le MEDEF International (le patronat français) pour relancer les relations économiques entre la France et l’Afrique. Dans ces conditions, il est fort à parier que les relations entre le Bénin et la France risquent de connaître quelques poussées de fièvre. Le mercure est à surveiller car depuis plusieurs mois, les réseaux sociaux sont envahis par des informations variées sur le rôle supposé attribué à l’hexagone pour son éventuel soutien logistique et militaire à une secte intégriste.

Vivement que l’arrivée d’un homme qui se déclare « un tout petit peu Béninois » ne soit pas la goutte d’eau qui fera déborder le vase car sans le Nigéria, le Bénin existera très difficilement tandis que Lionel ZINSOU est « beaucoup plus «  Français. Il est à rappeler surtout que Lionel ZINSOU est banquier mais reste et demeure un banquier d’affaires. Nuance …

Par Arthur SETONDJI (www.lautrefraternite.com)ZINLI INVESTITURE a

4 commentaires
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  1. Très intéressant article; j’espère qu’il n’y aura pas de problèmes à le publier sur notre site. Je profite de l’occasion pour vous souhaiter une Bonne et Heureuse Année 2016, et mon désir de pouvoir collaborer dans le futur

  2. Vous n’avez aucun problème à le publier. Meilleurs Vœux à vous. Pour la future collaboration, nous sommes ouverts.

  3. Bonjour, nous aimerions que vous nous envoyiez vos coordonnées téléphoniques.

  4. Je salu le president nigerian par rapport a ses declaration.

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