Lionel Zinsou ou Jésus des jours mauvais

27 déc, 2015 | Par | Rubrique : A la une, Manchette, Politique
Tombé dans un univers humain qui n’est pas le sien, dont il ne parle aucune des langues, dont il ignore le mode interne de fonctionnement, Lionel Zinsou se laisse prendre par la main pour être montré à Natitingou, Adja-Ouêrê, Kpomassê, etc., accompagné parfois de quelque ministre et toujours porté par les moyens de l’Etat puisque, quoique candidat proclamé des Forces Cauris à la présidentielle, le Premier Ministre hors constitution n’a pas démissionné pour honorer la décence qui sied à la République et à la Démocratie.
            Mais il est vrai que s’il renonçait à ce titre creux et ronflant, il ne lui resterait rien. Muni de cette baudruche offerte par son mentor béninois, Lionel Zinsou donne le tournis à tous. Certains caciques des Forces Cauris n’acceptent pas son imposition comme candidat de leur coalition et entendent ester en justice ou/et en appeler à la Cour Constitutionnelle pour faire respecter les règles de désignation de leur héraut. Nombre de Béninois, sachant lire et écrire, et qui ont été ulcérés par la Françafrique, disent, en tremblant, que Lionel Zinsou en est un agent patenté acheté pour la besogne. Les Béninois, lettrés et illettrés, qui n’ont jamais eu de grief contre leurs albinos ni contre leurs métis, disent, apercevant Lionel Zinsou, qu’ils refusent qu’un Français gouverne le Bénin comme au temps de la colonisation. Et quand vous voulez ramener à la raison de notre souveraineté nationale ces supposés médisants, TF1 vous rabroue et les approuve : ‘‘Lionel Zinsou est une exception parmi les dirigeants de ce monde : c’est le seul Français à la tête d’un pays d’Afrique’’ (Le 20h du 12-12-2015). Entendu et noté. Mais outre que Lionel Zinsou ne dirige rien parce qu’au Bénin c’est le Chef de l’Etat qui est le Chef du Gouvernement, ceux qui s’aviseront de bourrer les urnes pour Lionel Zinsou s’exposeront à un soulèvement populaire, manière Burkina-Faso.
Confusion, zizanie, panique et risque de conflits violents, voilà ce à quoi Lionel Zinsou renvoie ses compatriotes béninois en cette fin d’année 2015. Au point où les chrétiens d’entre eux l’identifieraient volontiers au Jésus des jours mauvais : ‘‘Je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa famille’’ (Math., 10/35-36). Terrible ! Et c’est en vain que ses mentors hexagonaux s’efforcent de gommer l’image effrayante que répand Lionel Zinsou qui se fait paillasse au pied de son mentor béninois dans ce Bénin ruiné par l’un et qui est à lui, Lionel Zinsou, plus touristique que familier. D’ailleurs, pour l’ensemble des Béninois, ce grand touriste de la Fondation-Zinsou a été démarché pour prendre le Bénin et le remettre aux firmes françaises, Bolloré, Lafarge et consorts. Colonialiste mission que des Béninois, ironiques ou stoïques, ou amoureux féroces de l’auto-flagellation, traduisent en ‘‘Zinli va nous apporter l’argent’’.
 ZINLI CRASH d
         Si l’on avait l’oreille de Lionel Zinsou, on lui suggèrerait d’orienter les deux siennes vers le Général de Gaulle se confiant à son ministre et ami André Malraux : ‘‘Tout peut un jour arriver, même qu’un acte conforme à l’honneur et à l’honnêteté apparaisse, en fin de compte, comme un bon placement politique.’’ Au sein du Parti Socialiste français, dont Lionel Zinsou est un membre respecté, l’aura et le crédit de l’Homme-du-18-Juin sont restés intacts. Mais le concitoyen béninois de l’illustre Général peut-il être gaullien, capable d’un ‘‘acte conforme à l’honneur et à l’honnêteté’’ ? Il faut répondre oui, parce qu’il serait funeste pour tous que notre bon et brillant compatriote, Lionel Zinsou, reste cagoulé, notre humiliation promise, dans la barque du Jésus des jours mauvais. Qu’il en sorte, pour entamer, de façon personnelle, responsable et digne, la longue et difficile marche vers ‘‘un bon placement politique’’. En 2021, imprégné du pays et lavé du fâcheux relent françafricain, il  pourrait être porté et, mieux que l’argent, il pourrait nous apporter le développement.
(Par Roger Gbégnonvi)

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