27 jan, 2012 | Par | Rubrique : Chronique

La colère du président

L’application des réformes au Port de Cotonou a fait monter le mercure les quatre derniers jours. Piqué au vif par le dilettantisme qui s’était emparé de cet important maillon de l’économie nationale, le Chef de l’Etat n’est pas allé du dos de la cuillère pour montrer sa détermination à faire aboutir les réformes. D’abord dans le ton. Boni Yayi a confondu tout le monde : du ministre de tutelle au directeur général en passant par le représentant de Bénin Control, tout le monde a eu sa dose. Dans la forme, l’expression martiale « nous allons croiser le fer avec tous » et d’autre part « vous ne m’avez rien dit » à l’endroit du ministre Jean-Michel Abimbola constituent l’expression d’une colère justifiée contre l’incurie, l’aboulie qui caractérisent la mise en application d’une réforme pourtant jugée salutaire pour alimenter les finances publiques exsangues devant de nombreuses sollicitations. Boni Yayi, plus que quiconque, est bien conscient de la dangerosité du bazar qui prévalait au Port de Cotonou jusqu’au mardi dernier : des transporteurs, forts des relations politiques qui sont les leurs, se passaient outre les instructions de l’autorité portuaire, Benin Control, compte tenu de son statut de structure en charge de conduire les réformes, fait montre d’une gestion aux petits trots. Bref, la coupe de l’inefficacité et de la contre performance menace dangereusement la survie du PVI Nouvelle Génération. Et Boni Yayi a eu la réaction juste : dégager le port de ses « oripeaux » de camions qui compromettent le déchargement d’autres navires encore en rade.

Passé le temps de cette montée d’adrénaline, Boni Yayi doit poursuivre l’œuvre pour permettre au Port de Cotonou de tourner en plein régime et lui donner les coudées franches afin qu’il continue toujours d’être le poumon de l’économie nationale.

Seulement, la méthode peut être peaufinée, mieux réfléchie pour éviter des sorties du genre qui frisent quelque peu les réactions impulsives. Le président de la République n’avait pas besoin de descendre au Port si ses collaborateurs avaient fait de l’affirmation de leur autorité, leur boussole. S’ils ne s’étaient pas compromis avec les acteurs de la chaîne portuaire qui les narguent en foulant aux pieds les instructions visant à assainir l’enceinte portuaire. Le président de la République, à mon avis, disposent des canaux de renseignements dignes du nom pour lui permettre de connaître des situations quelles qu’elles soient et prendre des décisions susceptibles de lui permettre d’atteindre les résultats. Même si la méthode Boni Yayi tranche à plusieurs égards, sur les pratiques présidentielles auxquelles le Bénin est habitué sous Soglo et Kérékou, compte tenu des urgences et le souci d’efficacité qui sont les nôtres aujourd’hui, il convient de trouver la bonne manière qui sécurise et renforce l’autorité de l’Etat.

De toutes les façons, Boni Yayi, mardi dernier, a montré le chemin au directeur général du Port en dégageant l’enceinte portuaire des 300 camions qui bloquaient la bonne circulation. Il revient à Joseph Ahanhanzo et  ses collaborateurs d’emprunter le chemin des réformes et combler les attentes de Yayi. Sinon, ils connaissent l’autre chemin : celui qui conduit hors des bureaux douillets de l’administration portuaire et éloigne des primes et autres avantages. La colère du président n’a d’égard pour personne. Jean- Michel Abimbola l’a appris à ses dépens.

Valère D. MEDEGNONWA

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