Dossier Ali Kharroubi : TOUT SUR LES MAGOUILLES QUI IMPLIQUENT L’ENTOURAGE DE YAYI
24 jan, 2012 | Par Rochereau | Rubrique : Dossier, Economie, Manchette
Loin de donner son dernier verdict, l’affaire Ali Kharroubi, du nom de cet homme d’affaires d’origine libanaise interdit de séjour au Bénin, promet d’autres révélations. Au-delà de l’expulsion, ce dossier a des dessous scabreux que le chef de l’Etat béninois Boni Yayi doit élucider si tant est qu’il tient à lutter contre la corruption.
Le Pdg de la société Ellissa Group Sa, Ali Kharroubi est dans le collimateur des autorités américaines depuis des années et les Béninois se souviennent qu’au début de l’année 2011, des publications faisant état des activités mafieuses de ce dernier et de quelques Béninois avaient fait la Une des tabloïds béninois. Mais très vite, à coup d’espèces sonnantes et trébuchantes, cette affaire avait été étouffée dans l’œuf. Les révélations à l’époque, même si elles étaient plus ou moins confirmées, devraient mettre la puce à l’oreille des autorités béninoises et les inciter à mener des investigations. Ce qui n’avait pas été le cas. Là-dessus, le chef de l’Etat doit demander des comptes à la structure en charge des renseignements.
En dehors des articles de presse, le département d’état américain a mis à la disposition du Bénin des informations qui devraient les conduire à mener des actions énergiques à l’encontre de ce groupe de libanais. Ce ne fut pas le cas. En dépit de cela, Ali Kharroubi, le cerveau du groupe a été laissé libre de ses mouvements et vaquait à ses occupations mafieuses comme sur un territoire conquis au point où il a eu le temps de vendre sa maison à Cotonou à un million de dollars soit 500 millions FCFA. Le fait que ce monsieur soit dans le collimateur des Américains qui mettaient à la disposition des autorités béninoises des informations fiables sur ses activités n’a pas empêché les Béninois de le laisser libre de ses mouvements au Bénin. A ce niveau les autorités compétentes doivent aussi rendre compte.
Pire, cet homme d’affaires doit plus de 9 milliards de nos francs à une banque de la place et sans qu’il n’ait pu honorer ses engagements, il est expulsé du Bénin. Ladite banque s’est retrouvée dans l’obligation de saisir l’immeuble qui abrite la société ELLISSA MEGASTORE sise au quartier Scoa Gbeto à Cotonou. On apprend qu’une partie de l’immeuble est mise en location par cette banque. C’est dire que les autorités béninoises ne peuvent pas affirmer aujourd’hui qu’elles ignorent une telle situation dans la mesure où la procédure qui a abouti à la saisie de l’immeuble d’un homme d’affaires aussi puissant que Ali Kharroubi, doit être, nous l’imaginons, laborieuse.
Dans la foulée, il a fait changer de dénominations à toutes ses entreprisses au Bénin, dans le but de semer les Américains qui étaient sur sa trace. Pourquoi devant tant d’indices, des mesures n’avaient pas été prises pour démanteler le réseau à temps et limiter les dégats? Des préoccupations qui laissent les Béninois sur leur faim.
Le passeport diplomatique béninois galvaudé
Le comble est que Ali Kharroubi et ses collaborateurs jouissaient de la nationalité béninoise. S’il est vrai que tout étranger résidant au Bénin peut demander à avoir la nationalité béninoise, il n’en demeure pas moins que des conditions précises doivent être remplies avant son obtention. Là-dessus, il est clair que le Pdg de ELLISSA GROUP SA ne les a pas remplies. La preuve, c’est qu’à l’époque, le garde des sceaux, ministre de la justice n’avait pas signé ce document qui lui était soumis. La raison évoquée à l’époque était liée au non respect de la procédure. En effet, quand on s’en tient aux conditions d’obtention de la nationalité, il faut au minimum cinq (05) ans de résidence continue sur le territoire national et beaucoup d’autres pièces à fournir sans oublier l’enquête de moralité. Mieux, quand il s’agit d’un commerçant, l’enquête de moralité est encore plus poussée. Ali Kharroubi au moment du dépôt de son dossier pour l’obtention de la nationalité béninoise ne semble pas résider d’une manière continue au Bénin. Le nombre d’années nécessaire étant de 5 ans pour bénéficier de ce précieux sésame. Cependant, dès que ce ministre a quitté le gouvernement, son successeur a signé le document qui attribue à ce libanais la nationalité béninoise. Sur quelle base ce document lui a-t-il été octroyé ? Seul celui qui l’a signé peut le dire. Toutefois, il se pose un problème de bonne gouvernance dans le pays. Boni Yayi doit exiger des explications à ce ministre qui a passé outre les dispositions pour attribuer la nationalité à un individu qui ne le méritait. Il doit même être traduit devant la Haute cour de justice dans la mesure où même s’il n’est plus ministre, au moment des faits, il l’était. Le cas de Ali Kharroubi n’est pas isolé.

Ils sont nombreux, ces libanais qui bénéficient de la nationalité béninoise et ne parlons pas du passeport diplomatique.
La plupart des Libanais qui résident au Bénin circulent avec le passeport diplomatique béninois. Idem pour des personnes de moralité douteuse qui se font passer pour des pasteurs. La conséquence première de cette situation est que le passeport diplomatique de notre pays qui doit donner une certaine immunité à son porteur n’a plus la valeur requise sur le plan international. Le passeport diplomatique béninois est distribué comme de petits pains au point où des marchands d’illusions, des gourous de sectes, des marabouts et autres ‘’Bokonon’’ sans oublier les chefs traditionnels l’exhibent fièrement dans les ambassades et aéroports. C’est le lieu d’interpeller le ministère des affaires étrangères sur le sujet. Le président de la République qui est le premier diplomate du Bénin doit être également plus regardant du moment où c’est la crédibilité des documents officiels qui est en jeu sur le plan international.
Dans les documents officiels du département d’Etat américain, il est clairement écrit noir sur blanc que Ali Kharroubi et Co qui flirtent avec le Hezbollah se livre au trafic de drogue et de blanchiment d’argent. Le deal est simple, la drogue est vendue dans les pays occidentaux et pour recycler l’argent issu de la vente de la drogue, Ali Kharroubi, qui a des navires, achète dans ces pays des véhicules qu’il importe principalement au Bénin et au Togo. Pour blanchir cet argent et le rendre propre, les fonds de la vente des véhicules sont ensuite transportés via l’aéroport de Cotonou. C’est dire que l’argent ne transite pas par les banques comme l’exigent les règles qui régissent les transactions financières. Par ailleurs, des sources bien informées avancent que la panne du scanner de l’aéroport international Cardinal Bernardin Gantin depuis des semaines ne serait pas étrangère à cette situation. On apprend également qu’avant l’éclatement de l’affaire Kharoubi, un plan savamment orchestré avait été peaufiné pour éliminer les chiens renifleurs que le chef de l’Etat a fait venir de l’Afrique du Sud et qui procèdent actuellement à l’inspection des bagages. L’autre stratégie qui permet de blanchir l’argent est la création de sociétés d’échange. Sous de faux prétextes liés à l’échange de devises, le groupe ELLISSA HOLDING à travers sa société ELLISSA EXHANGE COMPANY créée à cette fin, procède au blanchiment d’argent sale. L’argent échangé ne provenant que des activités du groupe.
Qui a donné le marché de route à Yamen Bénin ?
Comme si tout ce qui a été évoqué supra ne suffisait pas, des marchés de construction d’infrastructures routières ont été confiés à cet homme de moralité douteuse à travers sa société YAMEN BENIN créée de toute pièce avec l’appui d’un ministre du gouvernement Yayi. Comment peut-on faire gagner un marché de centaines de millions voire de milliards à une entreprise nouvellement créée, qui n’a aucune expérience dans le domaine. C’est alors qu’on apprend que Ali Kharoubi, Pdg de YAMEN BENIN, a gagné ce marché dans des conditions scabreuses. La preuve est que cette entreprise n’a pas été capable d’exécuter les travaux dans les délais contractuels. En dépit des relances du chef de l’Etat, docteur Boni Yayi qui s’est déplacé plusieurs fois sur les chantiers, rien n’y fit. Avec l’interdiction de séjour d’Ali Kharroubi, on se demande le sort qui sera réservé à ces chantiers. Vu la gravité de la situation, le ministre des TP au moment de l’attribution de ce marché, l’ancien directeur national des marchés publics, les cadres du ministère des TP doivent être interpellés même si certains se sont refugiés au Parlement. Ce n’est qu’une question de bonne gouvernance et l’obligation de compte rendu prôné par Boni Yayi s’en porterait mieux.
Comme on le voit, les faits évoqués plus haut et qui accablent Kharoubi n’ont pas été rendus sans la complicité des autorités béninoises au plus haut niveau. Si c’est indéniable que le chef de l’Etat, Boni Yayi a à cœur la lutte contre la Corruption et l’impunité, ses collaborateurs n’ont pas la même vision que lui. Son entourage est pourri et c’est à lui de veiller au grain afin de sévir.
Eros NOUWOKPO

Voilà qui est bien dit. La lutte contre la corruption doit commencer par là pour rassurer le peuple que cette lois n’est votée pour cibler une catégorie de personnes donnée.