Gestion de la crise à la CCIB : « LE GOUVERNEMENT A PRIS LA MEILLEURE OPTION » DIXIT PATRICK AKANNI

24 Déc, 2011 | Par | Rubrique : A la une, Manchette, Politique, Société

Depuis plusieurs mois la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin (CCIB) traverse une crise qui, selon les acteurs même de l’institution consulaire, a pour ferment, ses textes. La situation est tellement préoccupante que le gouvernement a décidé de suspendre jusqu’à nouvel ordre le processus électoral qui devait permettre de connaître le successeur du président sortant Ataou Soufiano de la chambre. Dans cette parution et via cet entretien, l’opérateur économique Patrick AKANNI qui maîtrise bien le dossier nous éclaire.

Monsieur AKANNI, vous êtes un opérateur économique béninois et donc vous avez votre mot à dire par rapport au dossier relatif à la crise issue du renouvellement du bureau de la CCIB. Dîtes-nous, quel est le ferment de cette crise ?

Merci pour cet honneur que vous me faites en m’offrant l’occasion de me prononcer sur la question. Vous savez, cette crise ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte à l’an 2001 quand, l’honorable Lazare Sèhouéto était encore ministre de Commerce sous le régime du général Mathieu Kérékou. Mais de quoi s’agit-il ? Dans une correspondance en date du 14 août 2001, le ministre Sèhouéto avait demandé au Bureau exécutif de l’Assemblée consulaires, selon les instructions du chef de l’Etat d’alors, de procéder à l’actualisation du décret portant approbation des statuts de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin (CCIB). C’était juste pour tenir compte du nouveau découpage territorial aux fins de permettre aux opérateurs économiques de toutes les régions de notre pays de participer réellement et activement à l’animation de l’institution consulaire. Mais suite à l’assemblée extraordinaire du 2 novembre 2001, les responsables qui dirigeaient l’institution ont déclaré que l’actualisation de l’acte du gouvernement impliquerait d’autres tâches importantes qu’il leur serait très difficile à réaliser avant le 23 décembre 2001, date à laquelle le mandat du président Wassi Mouftao de la CCIB prend fin. C’est ainsi qu’ils ont décidé de proroger de 18 mois le mandat de l’Assemblée consulaire et de ses organes.

Face à cette résolution prise par les responsables de la CCIB de ce temps, le ministre a décidé de consulter l’avis juridique de la Cour suprême. Mais il a été indiqué par les sages de cette dernière que dès lors que le gouvernement a pris l’option de concéder aux organismes professionnels le pouvoir de proposer un projet de statut, il peut, s’il le souhaite, s’inspirer de ces mêmes résolutions pour proroger la durée du mandat de la CCIB. Après cette décision le ministre Sèhouéto a déclaré illégal le bureau du président de l’institution consulaire via une autre correspondance signée le 15 avril de la même année. Malheureusement, à l’époque, les membres de l’institution consulaire ne s’étaient pas pliés à la décision de l’autorité. C’est ainsi que, pour empêcher le président Mouftaou et les autres membres du bureau qu’il dirigeait, le ministre du Commerce avait pris un autre acte pour interdire l’accès aux locaux de la CCIB et de poser quelque acte administratif et/ou financier que ce soit. Le secrétaire général de l’organe était la seule personne autorisée à y mettre pied. C’est donc depuis ce temps que les problèmes ont commencé jusqu’à l’élection du président sortant, Ataou Soufiano à la tête de la CCIB. Durant les deux mandats faits par ce dernier, il y a eu un peu d’accalmie. Malheureusement, c’est à la fin de son dernier mandat et plus précisément au moment d’élire son successeur qu’une autre crise commence. C’est bien dommage pour notre institution consulaire.

Justement parlant de cette crise, qu’est-ce qui peut être selon vous la vraie source du report sine die de l’élection de la CCIB ?

D’abord, lorsqu’on fait référence aux textes de la République, on constate aisément que le décret n°2003-347 du 1er septembre 2003 portant approbation des statuts de la Chambre du commerce et d’industrie du Bénin n’est pas conforme à la loi n°92-22 du 06 août 1992 portant institutions d’une chambre de commerce et d’industrie du Bénin en République du bénin. En effet, partant de ces textes, il ressort que la Chambre du commerce et d’industrie du Bénin a pour base les associations et groupements professionnels tandis-que le décret dispose notamment du dernier alinéa de l’article 78 T les candidatures sont présentés dans les différents secteurs et catégories aussi bien dans les groupements professionnels de l’ensemble des entreprises publiques et semi-publiques et par les opérateurs économiques à titre individuel. Plus loin, l’article 84 du même décret stipule qu’une élection a lieu au scrutin uninominal par secteurs et catégories. Cela pose donc un véritable problème du fait que tous les secteurs d’activités ne sont pas pris en compte dans ce décret. Ce qui veut dire que les personnes qui sont élues au niveau de l’Assemblée consulaire peuvent ne pas être représentatives des groupements professionnels. Ce qui pourrait du coup rejaillir sur les réalisations et obligations vis-à-vis des opérateurs économiques que nous sommes. Donc, c’est un véritable problème qui a duré dans le temps et qu’il est temps de résorber. Et c’est d’ailleurs l’option que le gouvernement du docteur Boni Yayi vient de prendre.

Et comment ça ?

Le gouvernement a pris la meilleure option pour résoudre une fois pour toute, ce problème dans la mesure où le Conseil des ministres en sa séance du 05 octobre 2011 a approuvé une communication du ministre de l’industrie du commerce des petites et moyennes entreprises relatif aux difficultés de l’organisation des élections de l’assemblée consulaire liée aux textes de base de la Chambre du commerce et d’industrie du Bénin. Au cours de la même séance, le Conseil des ministres a instruit le ministre de l’Industrie du commerce des petites et moyennes entreprises pour suspendre le processus électoral en cours pour mieux l’organiser conformément à la loi n° 92-22 du 06 août 1992 portant institutions d’une Chambre de commerce et d’industrie du Bénin en République du Bénin ; laisser se dérouler le mandat du bureau actuel de la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin qui arrive à terme le 15 décembre 2011 ; organiser si nécessaire une très courte transition à la tête du mandat du bureau actuel de la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin. Enfin, qu’est-ce que nous voulons ? Que les textes du pays soient respectés et que les conditions de vie et de travail des filles et des fils du ce pays soient bonnes. Et c’est ce pourquoi le gouvernement a posé cet acte historique que nous saluons à sa juste valeur.

Les gens croyaient que le Président ne suivait rien. Mais il laisse les dirigeants faire preuve de mauvaise foi avant de taper du point sur la table. Tout le monde doit participer au développement du Bénin. Et c’est pourquoi, nous soutenons cette décision prise par le gouvernement. Pas parce que nous soutenons les actions du régime de la refondation, mais parce que c’est une décision objective, bien réfléchie et qui permettra de redresser les choses à la CCIB et par surcroît, d’impacter l’économie nationale. C’est aussi ça la refondation !

Monsieur AKANNI, en dehors de la CCIB, il nous plaît de vous demander ce que vous pensez de la réaction du chef de l’Etat quant au bras de fer entre les magistrats et le Garde des sceaux.

C’est bien que les magistrats aient réagi face aux déclarations du Garde des sceaux. Ils sont bien dans leur droit. Mais suite à leurs menaces, le chef de l’Etat, comme bon père de famille a amené les deux parties à fumer le calumet de la paix. Nous ne souhaitons que ça pour que le Bénin avance. C’est bien que le chef de l’Etat ait vite désamorcé la bombe pour ne pas laisser la crise perdurée. Et c’est ce que nous souhaitons pour le Bénin de la refondation, le Bénin de notre rêve.

Merci monsieur AKANNI pour avoir accepté répondre à nos préoccupations.

C’est moi qui vous remercie et que Dieu bénisse le Bénin !

Propos recueillis par Hubert DJOGUE

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