Prolifération des faux médicaments : L’HOPITAL DE OUESSE PRESCRIT DES MEDICAMENTS DE LA RUE

20 Déc, 2011 | Par | Rubrique : A la une, Santé

Les organismes nationaux et internationaux ont lancé une lutte acharnée contre les faux médicaments. Le Bénin a même servi de cadre  à une rencontre internationale sur la question. Aujourd’hui, on se demanderait ce à quoi à servir le forum sur les faux médicaments organisé par la ‘’Fondation Jacques Chirac’’ à Cotonou en 2010.

La lutte contre les faux médicaments en Afrique a été perçue comme une nécessité absolue afin de permettre aux pays africains de mettre à la disposition des populations, des soins adéquats. Cet objectif qui figure en bonne place dans les Objectifs de Développement du Millénaire donnait une justification probante de la lutte. Cependant, pourquoi ne se demanderait-on pas que les acteurs de la lutte contre les faux médicaments en question n’étaient  vraiment pas encore prêts ?

Ce qui est vrai, c’est que sur le terrain, au cœur des communautés censées être les points focaux de ladite lutte, rien ne montre que les pouvoirs publics luttent efficacement contre les faux médicaments. Sinon comment expliquer le fait que plus de 400 arrondissements au Bénin ne sont pas encore dotés de pharmacie de qualité requise ? Autre que les arrondissements, il y a même des communes toute entière qui attendront encore des années avant d’abriter une première fois une  officine.

Dans le département des Collines, elles sont encore deux grandes communes qui restent sans pharmacie. La commune de Bantè (90.000 habitants) et la Commune de Ouessè (96.000 habitants) sont restées dans ce registre.  En effet, il est plus courant de constater qu’au Bénin les pharmacies d’Etat, c’est-à-dire, celles qui se trouvent dans les centres de santé sont les moins fournis à même de satisfaire les besoins des populations de nos villes et campagnes.

Il est clair que 90% des pharmacies qui fonctionnent au Bénin sont sous la tutelle des promoteurs privés. La situation montre que l’Etat n’a aucune politique de promotion des officines publiques. C’est cette situation qui prévaut actuellement dans la commune de Ouessè, une commune qui abrite plus de 96.000 âmes et qui ne dispose pas de pharmacie. Il est vrai que le centre hospitalier est censé avoir une pharmacie. Mais malheureusement, ce qui se passe est suicidaire.

A des moments donnés, l’hôpital est incapable de servir aux populations les médicaments les  plus courants comme le paracétamol par exemple.  Ainsi, les agents de santé n’ont plus le choix.  Ils  indiquent eux-mêmes les étalages des bonnes dames nigérianes qui n’ont que cette spécialité.  Communément appelées les (Adjatchè) ce qui signifie Porto- Novien, elles sont les revendeuses officielles de médicaments à Ouessè. Sans aucune licence officielle elles opèrent à la barbe des autorités qui restent non seulement impuissantes, mais sont obligées pour la plupart de  recourir à cette forme de médication. A Ouessè, non seulement la pharmacie de l’hôpital est incapable de satisfaire les besoins en médicament des populations mais les agents de santé n’arrivent qu’à recourir aux ‘’pharmacies trottoirs’’, comme on les appelle pour traiter les malades. On se demande alors s’il existe un ministère de la santé au Bénin.

Y-a-il dans ce ministère une direction nationale des pharmacies et médicaments essentiels ? que fait-elle depuis ces décennies qu’elle fonctionne ? A quoi ont servi  tous les séminaires, ateliers, symposiums, toutes les rencontres internationales où le phénomène des faux médicaments a été brandi comme la peste ou le pire cataclysme de notre millénaire ? De toute façon, les populations ont déjà compris et savent si facilement l’affirmer, comme quoi il ne faut plus se fier aux politiques qui ne font que scander  des théories que lorsqu’ils n’y ont que quelques intérêts. Cependant, n’est-ce pas  une honte pour le Bénin avec son séminaire international sur les faux médicaments co-organisé par la Fondation Chirac ?

Etienne Mémévenyi (Cor./Z-C)

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