Lettre Ouverte : DE L’HONORABLE RACHIDI GBADAMASSI

9 août, 2010 | Par | Rubrique : Dossier

Cher collègue,
En ces heures où je vous écris, je suis absent du territoire national. Compte tenu de l’ampleur des événements, j’ai décidé de recourir à mon stylo à nouveau. La distance ne constituera nullement une entrave à la défense de la patrie.
Si vous avez bonne mémoire, en vous adressant une lettre ouverte le 26 Juillet dernier, j’ai dit : « Je ne voudrais surtout pas vous parler en catimini, car le peuple ne serait pas témoin de notre entretien qui serait donc secret. C’est pourquoi j’ai choisi cette voie-ci ».
A travers une conférence de presse organisée par l’union dont vous êtes le candidat unique, vous m’avez répondu. A toute action, correspond une réaction. Vous devez vous en douter, je ne resterai pas les bras croisés. Je crois que nous sommes partis pour échanger plusieurs lettres.
Cette fois-ci, je m’intéresserai à votre dernière déclaration et à votre famille politique qui ne manque aucune occasion pour m’égratigner.
Maître, ne pensez-vous pas qu’il vaut mieux être un repris de justice innocent et patriote plutôt que d’être un évadé apatride hors-la-loi ? N’y a-t-il pas de repris de justice dans vos rangs ? Si oui, que faites-vous en leur compagnie et que font-ils à vos côtés ? Le proverbe n’a pas menti : « Qui s’assemble se ressemble ». Le ridicule ne tue pas, dit-on. Si la cour du mouton est sale, il ne revient pas au cochon de le dire. De même, un impuissant sexuel ne peut guère se moquer de quelqu’un qui souffre de gonococcie.
Un homme sensé, qui ne se reproche rien ne fuit ni ne recule devant aucun danger. C’est mon cas. J’aurais pu, comme un ancien Procureur de la République, m’évader de prison si j’étais rongé pas le remords et la culpabilité. En tant que Maire d’une commune à statut particulier, président de l’Association Nationale des Communes du Bénin (ANCB) et de surcroît très proche du régime au pouvoir ; je disposais donc de tous les moyens politiques pour m’éviter la prison.
Mais je n’ai pas choisi cette option. Au contraire, j’ai assumé car j’étais fier de mon innocence. J’ai assumé et je suis resté à la disposition de la justice, car je ne me reprochais rien. J’avais confiance en la justice de mon pays, je savais que quel que soit le temps que dureront le mensonge et les commérages, la vérité finira par triompher.
C’est le lieu, pour moi, de remercier à nouveau la justice de mon pays et de lui tirer un grand coup de chapeau pour tout ce qu’elle fait pour l’édification d’un Etat de droit dans notre pays.
Si vous l’ignorez, Maître, je vous informe que j’ai bénéficié d’une main levée d’office et vous êtes mieux placé que quiconque pour appréhender le sens que cela revêt. Je ne suis pas demandeur de la main levée mais elle s’est imposée à moi, car je n’ai rien fait. Je ne suis donc pas demandeur de ma libération.
La main levée d’office est en droit, le plus haut privilège dont un innocent prisonnier peut bénéficier de la part d’un juge d’instruction, dont les décisions s’imposent aussi bien au législatif, à l’exécutif qu’aux tiers. Dans mon cas, elle a été confirmée et appuyée par les décisions de la Chambre d’Accusation autrement composée par trois juges de second degré et la Cour Constitutionnelle.
Je vous rappelle, Maître, que moi je n’ai pas bénéficié d’une amnistie politique pour me faire blanchir. Pourquoi vous vous étiez évadé de la prison ? La culpabilité vous rongeait-elle ? Pensez-vous parfois aux sieurs, Alassane KASSIMOU, Paulin TOTO, N. ABIODOUN, Yessoufou LASSISSI et consort ?
Maître, vous m’avez traité de repris de justice parce que vous ignorez les Saintes Ecritures. La petitesse de votre foi ne vous permet pas d’accéder à certaines connaissances, notamment celles spirituelles. Je comprends pourquoi vous n’avez jamais su et compris que tous les innocents, injustement jetés en prison, sont conçus sous la même étoile que le prophète Joseph que l’Islam appelle Yesuf. Après leur libération, ces derniers connaissent une ascension fulgurante et la grâce du Tout Puissant les accompagne toute leur vie.
En tant que chrétien (Saint Adrien), vous êtes sensé savoir que Joseph victime d’une fausse accusation par ses frères, a été vendu, déporté et emprisonné en Egypte. Une gloire immense l’a couvert par la suite et aux côtés du Pharaon, il a, lui aussi, rayonné sur toute l’Egypte et le Nil. C’est lui qui a sauvé ses frères qui l’ont vendu comme un vile esclave et a contribué implicitement à la descente du peuple d’Israël vers la terre promise.
Le jour où vous serez suffisamment éclairé pour comprendre pourquoi Saül est devenu Paul, vous comprendrez alors mes prises de positions politiques. Pour l’heure, je vous informe que Saül était le persécuteur en chef des disciples de Dieu jusqu’au jour où la lumière divine l’éblouit et le transforma en un apôtre de classe exceptionnelle. Saül est devenu Paul, l’apôtre de renommée internationale, l’intellectuel au regard prospectif qui instruit les chrétiens et affermit leurs pas dans le Seigneur depuis la nuit des temps jusqu’à ce jour.
Avec toute l’humilité qui me caractérise, je dis que ma mission spirituelle et politique pour mon pays est semblable à celle de Paul. L’actualité se situe au-dessus des balivernes et il faut disposer d’un œil spirituel pour pouvoir comprendre ce que je dis à travers ces lignes.

Maître, croyez-vous sincèrement qu’un repris de justice et un citoyen ayant vraiment assassiné un magistrat de siège puisse réussir à se faire brillamment élire député à l’Assemblée Nationale juste quelques mois après sa libération ? Je vous prie d’être sérieux !
Souvenez-vous que durant mon séjour carcéral injustement prolongé, vous étiez convaincu de mon innocence au point où vous vous étiez personnellement impliqué dans ma défense en vue de ma libération ? Même si aujourd’hui, nous n’appartenons plus à la même obédience politique et que pour cette raison je suis devenu la bête à abattre, moi je vous suis reconnaissant et je le témoigne publiquement.
J’avais le devoir de choisir entre mes électeurs et mes amis politiques. J’ai entendu et suivi la voix de ma base. Je sais que vous ne l’avez jamais compris et digéré dans la mesure où vous avez perdu un vaillant combattant dont la lutte devrait servir votre cause personnelle et non la cause républicaine.
Maître, vous êtes mieux placé que quiconque pour savoir que le jour où l’on entre en politique, il faut prévoir aller en prison. Pour le politique, la prison se présente comme un centre de formation ou comme une étape initiatique dans son parcours. La belle preuve est que vous-même avez connu les réalités du bagne durant votre carrière politique. Dites-moi en toute honnêteté ce qui a rendu célèbres et vénérables des figures politiques telles que Nelson MANDELA et compagnie, Martin Luther KING, Patrice LUMUMBA, Abdoulaye WADE, Emile Derlin ZINSOU, Laurent GBAGBO, Yacer ARAFAT, Maroine BAGOUTI, Mushud ABIOLA, Jean-Pierre RAFFARIN, Ingrid BETANCOURT ? Pouvez-vous asserter que toutes ces personnalités ont connu la prison parce qu’elles ont commis des crimes ? Tous ceux dont je viens de citer le nom et dont la liste n’est pas exhaustive ne sont que des détenus d’opinion opposés au régime politique de leur pays en son temps. Ils ne sont pas des détenus de droit commun ; vous le savez très bien.
Maître, il y a quelque chose que vous ne savez pas et je dois vous dire aujourd’hui. Mon courage politique émane de ma nature intrinsèque. Figurez-vous, Maître, nous avons fait l’opposition ensemble et vous avez vu comment je n’avais crainte de rien lorsqu’il s’agissait d’aller au front. Le régime en place n’a pas pu me venir à bout, cela va de soi qu’une opposition moribonde dont vous, Adrien HOUNGBEDJI, êtes le principal animateur ne saurait donc m’ébranler en refusant de répondre à mes questions et en tentant vainement de me couvrir d’opprobre. Ce n’est pas l’auteur d’une question qui oriente la réponse à cette question mais il faut surtout tenir compte de la pertinence des problèmes soulevés.
Pourriez-vous dire au peuple béninois la relation qui vous lie à Emile TEGBENOU et d’ailleurs pourquoi avez-vous totalement nié le fait que ce dernier provienne du même village que vous ? La réalité est que l’origine communautaire et identitaire de ce dernier tristement célèbre importe peu. Il paraitrait qu’Emile TEGBENOU devrait financer votre campagne en 2011 et que dans ce cadre vous l’avez reçu à votre domicile juste une semaine avant son arrestation. Est-ce vrai ? Le peuple veut savoir ce qui en est réellement. Dites-nous, Maître, le contenu de votre entretien avec Emile TEGBENOU ; entretien ayant duré plus de trois heures d’horloge. Seriez-vous celui qui lui a offert le plus cher présent lors de la cérémonie de dote à sa femme ?
Pendant que le peuple béninois ployait sous le poids de la misère, vous autre étiez préoccupé par l’achat d’un appartement à Paris qui coûte plus du milliard FCFA, alors que vous ne disposez même pas d’une fabrique de jus de fruits dans votre pays. Depuis plus de 35 ans que vous êtes en politique, vous n’avez pas offert le moindre emploi au moins qualifié de vos militants qui n’ont jamais cessé de s’échiner pour votre cause personnelle.
Il paraitrait que vous êtes un mauvais payeur d’impôts, de factures, des obligations et engagements financiers. Le jour où je l’ai appris je ne m’en revenais pas. Maître répondez au moins à cette seule question, je vous en prie ! Je ne crois pas que ce soit vrai qu’un homme de votre rang, un avocat de renommée internationale qui prétend âprement à la magistrature suprême depuis vingt ans , n’arrive pas à s’acquitter des obligations sociales et fiscales les plus fondamentales dans son pays.
Pour en venir à votre union, je tiens à dire deux mots sur son état et celui de ceux qui la constituent. Hormis tous les faits que nous avons considérés jusqu’ici, il y a un aspect important qu’il importe d’exhumer. Qui sont ceux qui parlent de lutte contre la corruption aujourd’hui ? Les vautours de l’opposition informelle, tous autant qu’ils sont, ont eu à gérer ce pays et nous savons de quoi ils ont été capables. Ces derniers sont-ils immaculés comme la Sainte Vierge ? Je ne crois pas ! On peut évoquer quelques dossiers à cet effet.
La Centrale d’Achat des Intrants de la SONAPRA a été privatisée en 1999. Ladite centrale marchait très bien et comme preuve, sa rentabilité était estimée à près de 40.000.000.000 de francs CFA par an. Malgré cette belle performance, la centrale a été bradée dans le dos du Général Mathieu KEREKOU pendant que ce dernier était en voyage. Le décret n° 99-537 du 17 novembre 1999 portant transfert au secteur privé de la responsabilité de l’organisation des consultations pour l’approvisionnement en intrants agricoles a été signé et contresigné par un ancien Ministre d’Etat, Chef de l’Etat par intérim qui se refugie aujourd’hui au parlement et fait partie de l’Union fait la Nation. A également signé et contresigné, un ancien Ministre des Finances qui, aujourd’hui, aspire à la Magistrature Suprême.
La commission ad’ hoc créée par le décret n°2005-081 du 1er Mars 2005 chargée de vérifier les conditions d’acquisition et d’utilisation du crédit relai de 20.000.000.000 FCFA a produit son rapport attestant de l’inopportunité de recourir à un crédit garanti par l’Etat, puisque la société disposait dans ses magasins de stocks suffisants dont la vente permettrait de dénouer la crise en anticipation d’une avance sur ses stocks. Par conséquent, ledit rapport a d’emblée, épinglé nos présumés gendarmes justiciers de lutte contre la corruption qui sont aujourd’hui tous à l’Assemblée Nationale et membres de l’opposition informelle.
Par ailleurs, la convention de gestion de crédit de la SONAPRA fixée par le décret n° 0897-04 du 20 Mai 2005 atteste clairement que certains députés, qui aujourd’hui, se réfugient au parlement et portant l’amure de l’immunité parlementaire doivent d’énormes milliards à la SONAPRA. Nous les connaissons bien et en temps opportun, ils seront cités nommément. On connaît très bien les leaders actuels de l’opposition informelle et des députés qui, en son temps, se partageaient hebdomadairement 100.000.000 FCFA issus des fonds de l’escorte.
Pourriez-vous mettre la main au feu et affirmer ouvertement que certains membres de l’Union fait la Nation ne sont nullement impliqués dans le dossier BCB ? En tout cas, l’histoire est têtue et finit par nous rattraper tôt ou tard. Nul ne peut effacer la moindre ligne de l’histoire de tout un peuple !
Si mes allégations vous paraissent mensongères, il vous est alors aisé de me démentir ouvertement. Toutes les preuves me permettant de vous confondre sont en ma possession. Vous ne savez qu’opprimer les plus faibles et les sans défense. Je vous défie publiquement et j’attends de vous une réaction prompte.
Je sollicite un débat contradictoire public télévisé et radiodiffusé entre vous et moi. Ce sera pour chacun de nous l’opportunité rêvée de se justifier devant le peuple pour qu’il juge en toute impartialité.
Je profite également de cette occasion pour vous dire que je suis au courant de tout ce que vous tramez contre ma personne. Je vous informe qu’en rien, vous ne constituez un souci pour moi.
Par ailleurs, je vous informe que le Président Boni YAYI sait depuis longtemps que par le biais d’un espion, vous avez infiltré sa base. Il joue au jeu parce qu’il a l’assurance que c’est à vous qu’il parait dangereux et que lui ne peut que s’en sortir victorieux. Ma base à moi est une citadelle, une forteresse imprenable. Je vous ai à l’œil croyez-moi !
Notre pays vient de célébrer le cinquantenaire de son accession à la souveraineté internationale. Cela a été pour nous le moment propice d’évaluer la pratique que nous avons faite des concepts clé tels que l’Unité Nationale, la Démocratie, la Fraternité, la Justice, le Travail, le Patriotisme, l’Education Nationale, le Développement, etc… Personnellement, où en êtes-vous par rapport à ces concepts qui pour moi, sont de véritables valeurs républicaines ?
Cette interrogation fondamentale suffit pour faire objet de réflexion profonde en attendant votre réplique qui suscitera à coup sûr ma prochaine lettre ouverte.
Courageusement et patriotiquement, votre
Rachidi GBADAMASSI

Laissez une réponse