COUP D’ÉTAT

10 mar, 2010 | Par | Rubrique : Dossier

Un coup d’État désigne un renversement du pouvoir par une personne investie d’une autorité, de façon illégale et souvent brutale. On le distingue d’une révolution en ce que celle-ci est populaire. Le putsch, souvent traité comme synonyme du coup d’État, désigne plus précisément une tentative de prise de pouvoir par la force

Vocabulaire

Le terme français de « coup d’État », en référence au coup d’État du 18 brumaire, a été repris tel quel en anglais. Le mot putsch d’origine suisse allemande est équivalent et est communément utilisé en français, plus rarement en anglais qui utilise la formule française ou sa version abrégée, coup. Le terme putsch a été popularisé par les coups d’État manqués de 1920 et 1923 en Allemagne (putsch de Kapp et putsch de Munich). À partir de l’anglais, l’expression « coup d’État » est passé notamment en indonésien (kudeta) et en japonais (クーデター, kūdetā). Quant au terme espagnol pronunciamiento, il désigne des soulèvements militaires qui ne prennent pas nécessairement la forme de coups d’État. Le golpe de Estado, quant à lui, traduit littéralement « coup d’État ».

Techniques

Prise des organes centraux du pouvoir

Le secret, non seulement vis-à-vis de l’extérieur mais aussi vis-à-vis des autres comploteurs, constitue la première arme des putschistes, celle sans laquelle les meilleures préparations risquent de s’effondrer.

Ainsi, l’une des raisons de l’échec du putsch de Kapp à Berlin en 1920, fut-elle le manque de discrétion du général von Luttwitz, chef militaire de l’opération, qui alla présenter le soir du 10 mars un ultimatum aux gouvernants socialistes, et leur laissa 48 heures pour se retourner, avant de déclencher le putsch militaire annoncé, dans la nuit du 12 au 13 mars 1920.

C’est ainsi que, lors de la préparation du putsch du 8 novembre 1942 à Alger (destiné à permettre le succès de l’Opération Torch), le jeune chef des groupes d’action d’Alger, José Aboulker, refusa, bien qu’il lui fît confiance, de donner à Henri d’Astier de la Vigerie, responsable de la conjuration pour l’Afrique du Nord, les noms de ses chefs de groupes avant les deux derniers jours précédant l’action. Ainsi, lorsque les patriotes passèrent à l’action, la surprise fut-elle si totale que ces 400 civils mal armés, commandés par leurs officiers de réserve, réussirent à neutraliser, à eux seuls, le corps d’armée vichyste d’Alger. En effet, les autorités vichystes, libérées au bout de quelques heures, s’efforcèrent, sans même y parvenir, de reconquérir complètement la ville au lieu d’attaquer les forces alliées sur les plages. Si bien que ces dernières purent débarquer sans résistance, encercler Alger et capturer ce grand port intact le soir même du débarquement.

La technique de base du coup d’État consiste à s’emparer des organes centraux de l’État ou à les neutraliser, en occupant leurs lieux de fonctionnement qui sont aussi les lieux symboliques du pouvoir.

C’est ainsi que procéda Napoléon Bonaparte, lors de son coup d’État du 18 brumaire. Disposant de l’appui de l’armée, il lui fallait contrôler le pouvoir civil. Or, sous le Directoire, la France disposait d’un exécutif tournant formé de 5 directeurs qui se succédaient, à tour de rôle, pendant des périodes limitées à quelques semaines. Si bien qu’il ne suffisait pas de contrôler cet exécutif tournant, car la réalité du pouvoir civil résidait dans un parlement affaibli lui-même par sa division en deux chambres. C’est pourquoi Bonaparte, en accord avec deux directeurs, Emmanuel-Joseph Sieyès et Roger Ducos, se préoccupa surtout de disperser ce parlement, dont l’une des chambres, le Conseil des Cinq-Cents, était présidée par son frère Lucien Bonaparte. Mais au lieu d’annoncer brièvement sa prise de pouvoir aux parlementaires, Bonaparte trouva le moyen de s’égarer dans un discours ampoulé, et se fit assaillir par plusieurs élus. Si bien que le coup d’État ne fut sauvé que par son frère, qui ordonna aux grenadiers de rétablir l’ordre en dispersant les élus récalcitrants. Bonaparte constitua alors un Conseil exécutif de 3 membres composé de lui-même, de Siéyès et de Ducos, que le Conseil des Anciens transforma le lendemain en Commission consulaire exécutive.

Mais il ne suffit pas de s’emparer des organes centraux de l’État. Il faut aussi arrêter les gouvernants, faute de quoi il sera loisible à ceux-ci d’organiser une riposte.

C’est ce qui advint à Berlin, en 1920, où les ministres socialistes, avertis à l’avance, par l’ultimatum du chef militaire des putschistes, prirent le large avant l’arrivée du Corps franc Ehrhardt. Après quoi, une fois réfugiés en province, ils appelèrent avec succès la population à une grève générale dont le succès leur permit de reprendre le pouvoir.

Régularisation des prises de pouvoir

À l’occasion d’un coup d’État, un « vide » constitutionnel et institutionnel apparaît. Il est donc nécessaire, généralement, de régulariser ce vide en créant une nouvelle Constitution, permettant ainsi l’exercice d’un nouveau pouvoir constituant originaire.

C’est ainsi que la Commission consulaire exécutive présidée par Bonaparte présenta, le 22 frimaire, son projet de constitution consulaire aux deux Conseils des Anciens et des Cinq-Cents qui l’entérinèrent, faisant ainsi rentrer le nouveau régime dans la légalité. La prise de pouvoir de De Gaulle en 1958, qui s’apparente sous certains aspects à un coup d’État, a conclu à la création de la Constitution de 1958, en vigueur en France.

Une autre solution de régularisation d’un coup d’État peut être trouvée par un plébiscite, comme ceux de Napoléon III, ou par des élections. Ainsi, leur action politique se retrouve légitimée a posteriori. Toutefois, cette solution se déroule souvent après l’établissement d’une nouvelle Constitution, de manière autoritaire, sans recours au suffrage universel et au principe démocratique.

Nouvelles cibles des coups d’État modernes

À la prise des bâtiments publics, sièges des organes du pouvoir, s’est ajouté la prise de la radio, dont la détention peut permettre de donner à la population des informations propres à décourager toute tentative de riposte au coup d’État.

En outre dans la période moderne, les auteurs de coups d’État ont pris l’habitude de couper ou d’accaparer les moyens de communication (téléphone, télégraphe), les arsenaux, les gares, etc. * Mais le contrôle des communications téléphoniques joua surtout un rôle essentiel, lors du putsch du 8 novembre 1942 à Alger, par lequel 400 résistants civils mal armés réussirent à arrêter les détenteurs du pouvoir vichyste en Afrique du Nord (Alphonse Juin et François Darlan) et à neutraliser leur XIXe corps d’armée, permettant ainsi la réussite de l’opération Torch. C’est alors qu’ayant coupé le réseau téléphonique normal d’Alger, l’état-major rebelle, qui s’était installé au Commissariat central, prit le contrôle du réseau officiel, seul maintenu en service. Ainsi put-il suivre de là l’occupation des points stratégiques par les résistants entre 0 h 30 et 1 heure du matin, et garda-t-il ensuite le contact avec leurs chefs de groupe pendant toute l’opération. Mais surtout, c’est par ce réseau officiel, rendu seul utilisable, que les chefs de la résistance reçurent les appels alarmés des personnalités vichystes, réveillées par le duel d’artillerie du port survenu vers 3 heures du matin. Les résistants les convoquèrent alors au Commissariat central en leur faisant croire qu’on les y attendait pour organiser la résistance aux alliés. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire, les personnalités hostiles à un coup d’État vinrent-elles d’elles-mêmes se faire arrêter par les putschistes : Il en fut ainsi, notamment, de l’adjoint du gouverneur-général de l’Algérie Ettori, qui, la veille partisan arrogant et acharné de la collaboration, se répandit soudain en supplications et en sanglots.

Auteurs de coups d’État

Les coups d’État sont habituellement effectués par des militaires contre des gouvernants civils, par exemple Augusto Pinochet au Chili.

Les putschs effectués par des civils ont généralement échoué, comme le coup tenté par Adolf Hitler à Munich en 1923. Il y a au moins une exception, celle du Putsch du 8 novembre 1942 à Alger où 400 civils algérois, commandés par un étudiant de 22 ans, José Aboulker, et par leurs officiers de réserve, dont le plus notable fut le lieutenant Henri d’Astier de La Vigerie qui réussirent. Ensemble et avec l’aide de quelques rares officiers d’active, comme les colonels Jousse et Baril, ils parvinrent à neutraliser pendant 15 heures le corps d’armée vichyste d’Alger jusqu’à son encerclement par les Alliés et à sa reddition le jour même.

Les auteurs des coups d’État appartiennent le plus souvent, eux-mêmes, à l’appareil d’État, comme ce fut le cas de Siéyès, Paul Barras et Bonaparte.

Certains coups d’État ont été organisés en Afrique par des individus soupçonnés de travailler pour les services secrets d’anciennes puissances coloniales, comme Bob Denard, afin de mettre en place un gouvernement qui leur soit plus favorable.

Accueil réservé aux coups d’État [modifier]

Pour que les résultats du coup d’État soient acquis, il est préférable qu’ils correspondent aux vœux de la majorité de l’opinion publique et qu’ils soient compatibles avec le contexte international.

Accueil de l’opinion publique

Le coup d’État de Bonaparte le 18 brumaire répondait à la volonté de la majorité des Français, qui, lassés des agitations révolutionnaires en tous genres, souhaitaient un rétablissement durable de l’ordre, et auprès desquels Bonaparte jouissait d’une forte popularité.

Le putsch des Généraux d’avril 1961, perpétré par quatre généraux connus, bénéficiait lui aussi de l’appui d’une partie de l’opinion mais de l’opinion locale uniquement, car les Français, consultés précédemment par Charles de Gaulle sur l’autodétermination de l’Algérie, s’étaient prononcés massivement en faveur de sa politique. En outre, dans les forces d’Afrique du Nord elles-mêmes, les soldats du contingent métropolitain qui disposaient de nombreuses radios portatives, reçurent directement l’appel prononcé par de Gaulle contre les généraux et refusèrent de suivre leurs supérieurs dans la rébellion.

En sens inverse, le putsch de 1942, à Alger également, a été accompli certes en accord avec la majorité des Français de métropole restés non collaborationnistes, mais aussi en partie contre l’opinion locale, en majorité pétainiste sinon collaborationniste. Le coup n’en a pas moins réussi grâce au contexte international, comme on l’exposera ci-après.

Contexte international

Le succès du coup d’État dépend aussi du contexte international : les pays voisins peuvent être favorables ou non à leur entreprise et y réagir ou non militairement.

C’est pourquoi l’un des premiers actes des auteurs modernes de coup d’État est d’affirmer que tous les accords internationaux seront respectés.

Dans le cas du putsch du 8 novembre 1942, déclenché contre les aspirations du milieu local n’a réussi que grâce au contexte international, c’est-à-dire celui de l’opération Torch, sur le point de se produire, ce dont les comploteurs étaient informés depuis quelques jours. Par contre le contexte international était résolument méconnu par les dirigeants vichystes, comme l’ont démontré les réactions de Darlan, qui, désinformé par son propre service de renseignements de la marine, estimait impossible que les États-Unis d’Amérique disposent, avant un an, des vaisseaux nécessaires à une telle intervention. De même, à Rabat, le général Charles Noguès, lorsqu’il fut encerclé par le général Émile Béthouart, dans la nuit du 8 novembre 1942, téléphona à l’amiral Frix Michelier pour l’interroger sur la menace d’un débarquement allié : ce dernier, connu pour son caractère borné et par ailleurs réputé pour ses sympathies pour l’Axe, lui certifia que Béthouard était un menteur et qu’aucun débarquement n’était en cours, ni possible, car si cela était, le service de renseignements de la marine, qui aurait selon lui été informé de la moindre sortie d’un bateau de pêche du port de New York, le lui aurait appris. De même, à Alger, le colonel Jacquin, ancien attaché militaire à Washington avait-il certifié à l’état-major de Juin que les forces des États-Unis étaient inaptes à intervenir pour longtemps hors du continent américain.

Le coup d’État communiste de Prague en 1948 n’a pu intervenir que parce que la Tchécoslovaquie était située dans la zone d’influence soviétique, où les armées occidentales s’interdisaient d’intervenir.

Liste de quelques coups d’État sur le continent

1952 : Égypte, Mohammed Naguib renverse Farouk Ier

1958 : Soudan, Ibrahim Abboud renverse Abdullah Khalil

1963 : Togo, Emmanuel Bodjollé renverse Sylvanus Olympio

1965 : Algérie, Houari Boumédiène renverse Ahmed Ben Bella

1965 : Zaïre, Mobutu Sese Seko renverse Joseph Kasa-Vubu

1966 : Burundi, Michel Micombero renverse Ntare V

1966 : Centrafrique, Jean Bédel Bokassa renverse David Dacko

1966 : Nigeria, Johnson Aguiyi-Ironsi renverse Nnamdi Azikiwe

1966 : Ouganda, Milton Obote renverse Edward Mutesa

1968 : Mali, Moussa Traoré renverse Modibo Keïta

1969 : Libye, Mouammar Kadhafi renverse Idris Ier

1969 : Soudan, Gaafar Nimeiry renverse Ismail al-Azhari

1971 : Ouganda, Idi Amin Dada renverse Milton Obote

1973 : Rwanda, Juvénal Habyarimana renverse Grégoire Kayibanda

1974 : Éthiopie, Aman Andom renverse Hailé Sélassié Ier

1974 : Éthiopie, Mengistu Haile Mariam renverse Aman Andom

1974 : Niger, Seyni Kountché renverse Hamani Diori

1975 : République fédérale islamique des Comores, Saïd Mohamed Jaffar renverse Ahmed Abdallah

1975 : Nigeria, Yakubu Gowon renverse Johnson Aguiyi-Ironsi

1975 : Tchad, Noël Milarew Odingar renverse François Tombalbaye

1976 : Burundi, Jean-Baptiste Bagaza renverse Michel Micombero

1976 : République fédérale islamique des Comores, Ali Soilih renverse Saïd Mohamed Jaffar

1977 : Congo, Joachim Yhombi-Opango renverse Marien Ngouabi

1977 : Éthiopie, Mengistu Haile Mariam renverse Tafari Benti

1978 : République fédérale islamique des Comores, Said Atthoumani renverse Ali Soilih

1978 : Mauritanie, Mustafa Ould Salek renverse Moktar Ould Daddah

1979 : Centrafrique, David Dacko renverse Bokassa Ier

1979 : Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo renverse Francisco Macías Nguema

1979 : Tchad, Goukouni Oueddei renverse Félix Malloum

1979 : Ouganda, Yusufu Lule renverse Idi Amin Dada

1980 : Burkina Faso, Saye Zerbo renverse Sangoulé Lamizana

1980 : Guinée-Bissau, João Bernardo Vieira renverse Luis de Almeida Cabral

1980 : Au Libéria, Samuel Doe renverse William Richard Tolbert

1981 : Centrafrique, André Kolingba renverse David Dacko

1982 : Burkina Faso, Jean-Baptiste Ouédraogo renverse Saye Zerbo

1982 : Tchad, Hissène Habré renverse Goukouni Oueddei

1983 : Burkina Faso, Thomas Sankara renverse Jean-Baptiste Ouédraogo

1983 : Nigeria, Muhammadu Buhari renverse Shehu Shagari

1984 : Guinée, Lansana Conté renverse Louis Lansana Beavogui

1984 : Mauritanie, Maaouiya Ould Taya renverse Mohamed Khouna Ould Haidalla

1985 : Ouganda, Basilio Olara Okello renverse Milton Obote

1985 : Soudan, Swar al-Dahab renverse Gaafar Nimeiry

1986 : Soudan, Ahmed al-Mirghani renverse Swar al-Dahab

1987 : Burkina Faso, Blaise Compaoré renverse Thomas Sankara

1987 : Burundi, Pierre Buyoya renverse Jean-Baptiste Bagaza

1987 : Tunisie, Zine el-Abidine Ben Ali renverse Habib Bourguiba

1989 : Soudan, Omar el-Béchir renverse Ahmad al-Mirghani.

1990 : Libéria, Prince Johnson renverse Samuel Doe

1991 : Mali, Amadou Toumani Touré renverse Moussa Traoré

1992 : Algérie, le Haut conseil de securité renverse Chadli Bendjedid

1995 : République fédérale islamique des Comores, Ayouba Combo renverse Said Mohamed Djohar

1996 : Burundi, Pierre Buyoya renverse Sylvestre Ntibantunganya

1996 : Niger, Ibrahim Baré Maïnassara renverse Mahamane Ousmane

1997 : Zaïre/République démocratique du Congo, Laurent Désiré Kabila renverse Mobutu Sese Seko

1999 : Union des Comores, Azali Assoumani renverse Tadjidine Ben Said Massounde

1999 : Côte d’Ivoire, Robert Guéï renverse Henri Konan Bédié

1999 : Guinée-Bissau, Ansumane Mané renverse João Bernardo Vieira

1999 : Niger, Daouda Malam Wanké renverse Ibrahim Baré Maïnassara

2003 : Centrafrique, François Bozizé renverse Ange-Félix Patassé

2003 : Guinée-Bissau, Verissimo Correia Seabra renverse Kumba Yala

2005 : Togo, Faure Gnassingbé, avec l’aide des militaires, empêche le président de l’Assemblée nationale Fambaré Ouattara Natchaba d’assurer l’intérim à la tête de l’État

2005 : Mauritanie, Ely Ould Mohamed Vall renverse Maaouiya Ould Taya

2008 : Mauritanie, Mohamed Ould Abdel Aziz renverse Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi

2008 : Guinée, Moussa Dadis Camara prend le pouvoir à la mort de Lansana Conté (coup d’État de décembre 2008 en Guinée)

2009 : Madagascar, Andry Rajoelina renverse avec l’aide de militaires mutins le président démocratiquement élu Marc Ravalomanana

2010 : Niger : coup d’État au Niger en 2010

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