Anniversaire des indépendances africaines : LES INDEPENDANCES AU MIROIR DES LITTERATURES AFRICAINES

2 mar, 2010 | Par | Rubrique : Dossier

Les indépendances des pays africains il y a cinquante ans ont été un véritable tournant pour la littérature sub-saharienne francophone. «À la « Passion » de la négritude, succède le temps de la désillusion», a écrit Jacques Chevrier, l’un des principaux spécialistes des lettres africaines.

La littérature se diversifie tant sur le plan thématique que sur celui de l’esthétique et de l’écriture.

Le réalisme va céder la place à de nouvelles formes de saisissement du réel, empruntées à la littérature orale africaine, mais aussi aux romanciers magico-réalistes latino-américains qui ont révolutionné les imaginaires du monde au tournant des années 1960.

Au sortir de siècles de servitude et d’aliénation, les écrivains africains sont profondément politisés, engagés. Or cet outil de l’engagement forgé dans le haut fourneau des combats coloniaux, les auteurs apparaissant au lendemain des indépendances vont le retourner contre les nouveaux maîtres de l’Afrique, contre les maux associés au Tiers monde et qui ont pour noms: corruption, violence, népotisme, coups d’État, dictatures…

Deux romanciers incarnent ce changement d’optique: le Malien Yambo Ouologuem et l’Ivoirien Ahmadou Kourouma.

En 1968, Ouologuem publie Le Devoir de violence, roman iconoclaste qui rompt avec la représentation idéalisée et romantique de l’Afrique précoloniale mise au goût du jour par les épigones de la négritude. Ouologuem évoque les guerres fratricides, le tribalisme et les pratiques esclavagistes en vigueur dans l’antiquité africaine. Le livre est couronné par le prix Renaudot, mais malheureusement son originalité sera mise en doute par des accusations (avérées) de plagiat (détails, voir ici).

A contrario, le roman de Kourouma Les Soleils des indépendances (1968) dont la publication passe quasiment inaperçue, s’imposera progressivement comme le récit emblématique d’une époque. Passé maître dans l’art de la représentation décalée du réel, Ahmadou Kourouma demeure la grande figure de la littérature post-coloniale africaine, dont l’oeuvre préfigure les tendances maîtresses de ces années d’anomie et de désillusion.

Kourouma est fondateur car il est le premier romancier africain à s’attaquer de front au chaos postcolonial. À travers la triste destinée du personnage principal de son roman Fama, prince déchu et incapable de trouver sa place dans l’ordre nouveau, le romancier raconte comment les «Indépendances sont tombées sur l’Afrique comme une nuée de sauterelles», entraînant les pays et les peuples dans des turbulences tragiques. Kourouma innove également le langage littéraire. On a dit que Les Soleils des indépendances était un roman malinké en français. En effet, écrit dans un français africain métissé, «malinkisé», ponctué de proverbes et de dictons puisés dans la tradition orale, ce roman tente de restituer le ton et la verve de la parole africaine.

De l’indépendance linguistique

Au sortir de la colonisation, beaucoup d’écrivains africains sont confrontés au dilemme de la langue maternelle et la langue d’écriture. Faut-il continuer d’écrire en français, la langue du colonisateur ? «Sentez-vous ce désespoir à nul autre égal d’apprivoiser, avec les mots de France, ce coeur qui m’est venu du Sénégal», chantait le poète haïtien, Léon Laleau.

Ce débat devient caduque après Kourouma qui, en bousculant la prosodie du français classique, en la modulant à sa guise, a montré le chemin d’une réinvention totale de la langue. Le ton est désormais donné. Si, actuaire de formation et de métier, Kourouma lui-même a produit peu (5 romans en tout, sur presque 40 ans de carrière), il a ouvert la vanne de la créativité romanesque postcoloniale. Tout au long des années 1970 et 1980, nous assisterons à une inflation de titres, mettant en scène la lente descente aux enfers de l’Afrique des indépendances.

Aux côtés des Sembène Ousmane, des Mongo Béti, Tchicaya U Tam’Si qui ont commencé leurs carrières avant les indépendances et continué de produire en renouvelant leur inspiration, une nouvelle génération d’écrivains prend d’assaut la scène littéraire africaine et y impriment leurs marques et leurs talents.

Ils s’appellent Jean-Marie Adiaffi(Côte d’Ivoire), Alioum Fantouré (Guinée), William Sassine (Guinée), Tierno Monenémbo (Guinée), Boubacar Boris Diop (Sénégal), Ibrahima Ly (Mali), Bernard Nanga (Cameroun), Sony Labou Tansi (Congo) Emmanuel Dongala (Congo), Henri Lopes (Congo), V.Y. Mudimbe (ex-Zaïre), pour ne citer que les plus connus.

Tous ces auteurs ont en commun leur goût pour le satirique, l’ironique, la dérision qui deviennent autant d’outils pour raconter la concupicsence de la classe politique et ses acolytes. Ils s’en prennent particulièrement à la figure centrale du chef, l’affublant de noms les uns plus évocateurs que les autres («Guide providentiel», «Vénérable Maître», «Rédempteur», «Père récréateur du pays», «Messie-Koï», etc.). Ce sont des tyrans bouffons et sanguinaires qui tiennent le destin de leur pays et de leurs compatriotes en leurs mains. C’est à la fois tragique et hilarant !

L’émergence des écrivaines

Les revues culturelles et la promotion de « l’Homme noir »

La période post-indépendances sera aussi très riche pour les écrivains femmes qui font irruption sur la scène littéraire à la fin des années 1970, avec la Sénégalaise Mariama Bâ.

Pour les femmes africaines, l’indépendance n’est pas une libération, car des chaînes sociales séculaires entravent leur corps et leur imagination. Elles prennent la parole pour attirer l’attention sur leur statut de prisonnières et de victimes de la société patriarcale. Elles subissent des mutilations sexuelles qui les réduisent à l’état de «femelles productrices». On leur impose la polygamie qui est le thème central du roman pionnier de Mariama Bâ, Une si longue lettre (1979). C’est le récit de deux amies confrontées au problème de polygamie. S’y résigner ? ou partir ? Tel est le dilemme qui déchire les héroïnes de Mariama Bâ.

Dans la foulée de cette dernière, d’autres femmes écrivains se sont imposées, dont les plus connues s’appellent Aminata Sow Fall (Sénégal), Ken Bugul (Sénégal), Véronique Tadjo (Côte d’Ivoire), Werewere Liking (Cameroun) et surtout Calixthe Beyala (Cameroun). Particulièrement prolixe, Beyala est un véritable phénomène littéraire et une des rares écrivaines africaines à pouvoir vivre de sa plume. Auteur d’une quinzaine de romans et de nombreux essais, elle choque en nommant le corps, en poussant ses personnages à imaginer et à dire leurs désirs. Ses livres exploitent tous les registres de parole, le cru, l’obscène, le baroque, dessinant en creux le portrait d’une femme africaine jouissive, transgressive, libérée du poids des tabous et des chaînes.

«Écrivain, accessoirement nègre»

Les années 1990-2010 constituent un nouveau tournant pour la littérature africaine francophone. Une nouvelle génération (la quatrième génération) est arrivée sur le devant de la scène. Ses principaux porte-parole s’appellent Alain Mabanckou, Abdourahman Waberi, Jean-Luc Raharimanana, Samy Tchak, Kossi Efoui, Daniel Biyaoula, Kangni Alem, Koffi Kwahulé, Fatou Diome, Bessora… Il n’est pas très utile de signaler les origines de ces auteurs, car c’est une génération qui se veut transcontinentale. La plupart d’entre eux possèdent en effet plusieurs nationalités et partagent leurs vies entre Los Angeles, Paris, Nancy, Berlin, Cologne, Montréal, Johannesburg, Lomé, Antananarivo. Ils s’interrogent sur leur appartenance. «On se voudrait d’abord écrivain et accessoirement nègre», proclame Waberi dans un article-manifeste.

Cette revendication de l’autonomie artistique se reflète forcément dans les oeuvres littéraires où le devenir de l’Afrique n’est plus la seule thématique. Elle a cédé la place depuis belle lurette à des obsessions plus universalistes, même si celles-ci ont parfois leurs origines dans les événements survenus en Afrique. Comme le génocide rwandais dont les auteurs africains (pas seulement ceux du Rwanda) se sont saisis dans le cadre du projet Ecrire par devoir de mémoire. Comme ils l’ont fait aussi des guerres du Congo, du Libéria ou de la Sierra-Léone, en les inscrivant dans une réflexion plus vaste sur l’auto-destruction. «Peut-on encore écrire l’histoire africaine à partir du cocon de la culture de l’innocence ? À partir d’une généalogie de la victime seule ? Peut-on encore parler d’un espace «spécifiquement africain ?», s’interrogeait récemment l’écrivain camerounais Patrice Nganang (Manifeste pour une nouvelle littérature africaine).

Cette prise de conscience de la fin de l’innocence et de la nécessaire dépendance de l’imaginaire africain à l’égard des l’imaginaire du monde, est sans doute le principal enseignement de l’évolution des lettres africaines à l’ère des indépendances.

Cinquante ans de télévision en Afrique francophone

Légende : Des Maliens regardent la télévision alimentée par des panneaux solaires.

Raconter un demi-siècle d’histoire de la télévision en Afrique noire francophone équivaut à décrire une histoire politique qui se déroule comme un roman, avec son rythme propre, ses temps d’arrêt, ses accélérations, ses intrigues et ses acteurs. C’est pourquoi, si les faits importent beaucoup, ce qui l’est encore plus, c’est le contexte dans lequel se déroulent les événements.

Entre le Maghreb, où se croisent les signaux de plus de 1 500 chaînes de télévision en provenance notamment de la péninsule arabique et de l’Afrique anglophone portée aujourd’hui par la puissante industrie sud-africaine qui, très tôt, s’est inspirée du modèle libéral de la BBC, se trouve l’Afrique francophone. Cette Afrique-là qui, longtemps, a reproduit le modèle centralisateur de l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF), offre, cinquante ans après les indépendances, un tableau intéressant à décrypter. Car dans cette partie du monde qui a le français en partage, tout s’explique par les options prises dès les origines. Le schéma actuel de la télévision y est le produit de dynamiques sociales successives.

Il y eut d’abord, au lendemain des indépendances et dans un contexte de régime de parti unique, les toutes premières télévisions publiques. Il y eut ensuite, après l’instauration du multipartisme des années 90 sur fond de crise de régime, les télévisions internationales par satellite dont les plus connues sont CNN, à la fin des années 90, mais aussi la chaîne à péage Canal Plus Horizons -qui démarra en Afrique francophone par le Sénégal le 21 décembre 1991. TV5, la télévision internationale francophone, est diffusée sur le continent dès l’année1992 et rendue populaire grâce aux antennes à micro-ondes dites MMDS.

Les années 2000 voient les télévisions privées nationales et les organes de régulation se généraliser sur ce vaste ensemble géographique de près de 10 133 545 km² regroupant le Bénin, le Burkina Faso (ex-Haute Volta), le Burundi, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Niger, la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre), le Rwanda, le Sénégal, le Tchad et le Togo.

Deux dates retiennent l’attention :  le 2 octobre 1958 et le 1er juillet 1962. Entre l’indépendance de la Guinée et celle du Burundi, se joue le sort, nécessairement collectif de 17 nations qui accèdent à la souveraineté internationale. Et l’histoire du petit écran, captivante et vertigineuse à tout point de vue, est ici, plus que partout ailleurs, intimement liée à la trajectoire économique, politique et sociale de ces nations.

Cette histoire prend naissance au Congo Brazzaville. C’est le Président Fulbert Youlou, qui, le premier, dès avril 1962, introduit une demande d’assistance technique auprès de la France. Celle-ci ne disposant pas de structure principalement dédiée à la coopération télévisuelle avec les pays africains, c’est à l’Office français de Coopération Radiophonique (OCORA), à Paris, qu’il revient d’étudier la requête. En octobre 1962, à l’issue d’une séance de travail tenue au siège de l’OCORA, Robert Pontillon, son directeur général et Apollinaire Bazinga, ministre congolais de l’Information conviennent de réaliser, à l’occasion de l’anniversaire de la proclamation de l’indépendance de la République du Congo, trois journées d’émissions expérimentales à Brazzaville, les 27, 28 et 29 novembre 1962.

Dès novembre 1962, mandat est donné à 14 spécialistes de l’OCORA parmi lesquels les journalistes Guy Bernède, Jacques Conia ainsi que l’ingénieur Louis Ménard, d’installer rapidement, une station à Brazzaville. Suivront, dans la foulée, d’autres pays comme le Gabon, où la télévision est inaugurée le 9 mai 1963 en présence du président Léon Mba et du ministre français de la Coopération, Raymond Triboulet.

Fiertés nationales

La Volta Vision, en Haute Volta, actuel Burkina Faso, est inaugurée le 5 août 1963, soit 48h avant celle de la Côte d’Ivoire, ce qui eut le don d’irriter le Président Félix Houphouët Boigny. On avait déjà connu pareille susceptibilité : lorsque la télévision du Congo Brazzaville entrée en service depuis novembre 1962, est reçue à Kinshasa, cela exaspère au plus haut point le colonel Mobutu dont le pays n’a pas de télévision nationale. L’«affront» sera réparé en novembre 1966 lorsque le signal de la toute nouvelle télévision de Kinshasa, capté sur un rayon de 30km, inonde Brazzaville. Kinshasa comme dans une course effrénée pour rattraper le temps perdu, est, 50 ans après les indépendances, devenue la capitale qui compte le plus grand nombre de stations de télévision au monde.

Bien avant un autre bastion du pré-carré français, le Togo où, dès 1969, la population de Lomé reçoit la télévision ghanéenne de langue anglaise. Ce qui inquiète au plus haut point Paris, qui, pour faire accélérer l’installation de la télévision togolaise, le 31 juillet 1973 débloque une somme de près de 3,5 milliards de francs CFA !

Ceci n’est pourtant rien en comparaison des efforts consentis pour lancer la télévision au Tchad le 10 décembre 1987, grâce notamment au génie des techniciens locaux qui réussissent à surmonter, au prix de prouesses technologiques inouïes, l’incompatibilité entre le système de diffusion et les téléviseurs des particuliers qui s’étaient équipés de postes pouvant uniquement capter les programmes de la télévision du Cameroun voisin, elle-même née en décembre 1985, soit exactement un an après celle du Burundi.

Histoire de la télévision en Afrique

L’histoire de la télévision en Afrique noire francophone, c’est aussi celle de la télévision du Rwanda, née en décembre 1992, dont la construction nécessite que soit hissées à dos d’homme, aux sommets des monts Jari et Huye, quelques 400 tonnes de matériel, alors même qu’il règne, par ces altitudes de 2000 m, des écarts de température variant entre -10°C et 35°C ! La télévision, ici, à tout le moins les locaux qui l’abritent, sera l’une des premières victimes du génocide d’avril 1994. Comme cela avait été le cas de la télévision centrafricaine avec la chute de l’Empereur Bokassa 1er. Originalité : la télévision centrafricaine, née le 31 décembre 1973, est la seule à avoir bénéficié de l’apport financier d’Israël !

Rien de tel dans la Mauritanie du lieutenant-colonel Mohamed Khouna Ould Haïdallah où la lucarne magique voit le jour grâce à une aide financière massive de l’Irak de Saddam Hussein. C’était le 10 juillet 1984. Et le petit écran pu survivre, tant bien que mal, aux changements de régimes qui s’ensuivirent.

Tout le contraire de la Haute Volta, actuel Burkina Faso où le putsch du 3 janvier 1966 qui porte au pouvoir le général Sangoulé Lamizana, signe pour quatre ans l’arrêt des émissions; la junte croit devoir développer en préalable le médium radio !

Au Dahomey voisin, futur Bénin, l’ouverture de la chaîne de télévision, annoncée dès 1964, est retardée une première fois, du fait du renversement du président Emile Derlin Zinsou par les militaires le 10 décembre 1969. Puis une seconde fois, quant survint le coup d’État du commandant Mathieu Kérékou, en 1972. Le 30 décembre 1978, alors que les Béninois observent un deuil, suite à la mort du président algérien Houari Boumédienne, ils reçoivent chez eux, pour la toute première fois, des images de leur petit écran. La télévision, ici, sera, souvent tributaire de la diplomatie. Les relations (difficiles) avec Paris poussent, un moment à chercher des équipements en l’Europe de l’Est et même en Lybie !A découvrir

On retrouve les traces de la Lybie dans la Guinée de Sékou Touré alors en rupture de ban avec la France. Les 6 000 récepteurs, les 3 caméras de studio en noir et blanc, le télécinéma, le lecteur de diapositives, les 2 magnétoscopes, le laboratoire et le car de reportage qu’offre Tripoli s’avèrent décisifs pour la télévision guinéenne, née le 14 mai 1977.

Au Mali, aussi, on retrouve les traces de la coopération libyenne. Bamako, après s’être tourné vers la République fédérale d’Allemagne puis vers le Japon, finit par faire appel à la Libye. Grâce à une subvention libyenne de 2,5 milliards de francs CFA, la télévision malienne voit le jour le 22 septembre 1983, après avoir fonctionné depuis 1971, sous la forme d’une télévision scolaire.

Au Niger, la télévision scolaire, née en novembre 1964, servit, à défaut d’atteindre ses objectifs en matière d’alphabétisation, de socle à la télévision nationale qui naquît en 1978, à l’occasion de la Coupe du Monde de football en Argentine. Le Sénégal aussi, dût passer par l’étape de la télévision scolaire. Léopold Sédar Senghor voulait lancer sa télévision dès le 24 décembre 1962, peut-être même avant, mais celle-ci est momentanément retardée- vraisemblablement pour cause de la tentative présumée de coup d’État du président du Conseil, Mamadou Dia. La télévision nationale naîtra officiellement le samedi 26 août 1972, à l’occasion des Jeux Olympiques de Munich.

Les premiers pas de l’écologie politique

Pour la première fois, à Copenhague, les États africains ont fait front commun lors des négociations sur le réchauffement climatique. Déforestation, érosion côtière, pollution … le continent n’est pas épargné par les dégâts des activités humaines. Sentinelles de l’environnement, les Verts africains se sont mis timidement en marche vers les années 90. Aujourd’hui, ils peinent encore à s’imposer face aux puissants partis traditionnels.

Vingt ans après, l’écologie est enfin une réalité. Certes, il reste beaucoup à faire au niveau régional et continental mais les espoirs sont permis car aujourd’hui la relève semble assurée

Ram Ouedraogo, Rassemblement des écologistes du Burkina Faso

Surgis à la faveur du multipartisme, les partis écologistes ont fleuri dans les années 90. Toutefois, la prise de conscience de la nécessité de préserver l’environnement avait  pénétré la vie associative bien avant.

En 1972 est fondé à Dakar,  Enda Tiers-Monde. Son objectif est inscrit dans son nom : ENvironnement et Développement. L’organisation s’appuie sur des initiatives populaires et des groupes de base dans 14 pays d’Afrique mais aussi dans d’autres régions du globe.

Dès 1977, Wangari Maathai -première femme africaine à avoir reçu le prix Nobel de la paix en 2004- fonde le mouvement Ceinture verte (Greenbelt) au Kenya et fait planter plus de 10 millions d’arbres en Afrique pour lutter contre l’érosion des sols et fournir du bois à l’usage des populations locales.

Roy Sesana, en 2004 à Londres, devant une boutique de la De Beers qui exploite les diamants sur les terres ancestrales des Bushmen du Botswana.

© Survival

En Afrique australe, associations et organisations non gouvernementales  militent rapidement pour la défense de l’environnement et le droit aux terres ancestrales à l’image de Roy Sesana au Botswana. Ce bushman du groupe gana originaire de la réserve naturelle du Kalahari central co-fonde en 1992, avec John Hardbattle, une organisation afin de protéger les droits des bushmen, peuple de chasseurs-cueilleurs : First People of the Kalahari (FPK). À cette époque, le gouvernement botswanais expulse les bushmen de leurs terres pour créer des réserves destinées au tourisme et extraire le diamant contenu dans le sous-sol.

En 2005, Roy Sesana est arrêté puis relâché au bout de quelques jours. Son travail est récompensé par le Right Livelihood Award, plus connu sous le nom de “prix Nobel alternatif”, pour la détermination des bushmen à «résister à l’expulsion de leurs terres ancestrales et à maintenir leur mode de vie traditionnel». Un jugement est intervenu en 2007 en faveur des bushmen mais à la date d’aujourd’hui, la population n’a toujours pas pu revenir dans la réserve du Kalahari (plus d’infos, ici).

La mutation politique

Villes menacées par la montée des eaux

Abidjan

Alexandrie

Conakry

Cotonou

Dakar

Lagos

Luanda

Monrovia

Port-Saïd

(UN-Habitat)

Les premiers partis verts africains font de timides avancées à la fin des années 80 au Gabon, en Angola et au Zaïre. Puis, en 1991, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, à l’île Maurice, au Niger, au Mali, et au Burkina Faso. Un an plus tard, on en trouve au Sénégal, en Guinée et au Maroc.

Dans leurs rangs, on trouve des hommes politiques ayant une sensibilité écologique mais aussi des activistes qui, fatigués de l’immobilisme, se lancent dans la politique et découvrent au passage la prison comme Wangari Maathai. Si en 1997, sa candidature à la présidentielle kenyane a été retirée par son propre parti, elle n’a pas baissé les bras et a été élue au Parlement en 2002 avant d’être nommée ministre adjoint à l’environnement en 2003. Elle quittera le gouvernement deux ans plus tard en désaccord sur le texte de la nouvelle Constitution.

«On s’est rendu compte que les politiques qui dirigeaient le ministère de l’environnement n’avaient pas de prise de conscience écologique, or c’est toujours le politique qui décide», indique le Sénégalais Haidar el Ali. Après plusieurs années de lutte dans une association de protection de l’environnement, l’Océanium, il se lance en politique à cause «des nombreuses limites sur le plan associatif», explique-t-il.

Il faut attendre l’année 1994 pour qu’une quinzaine de partis politiques créent la coordination des Verts d’Afrique à Niamey, au Niger. Premier signe d’une volonté politique commune en Afrique. Un réseau d’organisations non gouvernementales est créé en même temps.

Dossier spécial 50 ans des indépendances africaines

JB Pellerin

La Coordination des Verts d’Afrique se transforme en Fédération deux ans plus tard et en 1998 le premier congrès des verts africains se réunit à Nairobi. Peu de partis politiques de pays anglophones présents mais une pléthore d’ONG. «Pour les pays qui ont reçu une culture française, les pressions s’expriment plus dans l’arène politique or les pays anglophones connaissent eux le poids des lobbys. Tous ces pays ont emprunté la marque du colonisateur», explique Constantin Fedorovsky, assistant aux relations internationales des Verts de France.

Quatre ans plus tard, en 2002, la Fédération se réunit à nouveau à Dakar mais elle connaît des conflits internes et la fédération périclite. Depuis, des tentatives ont été lancées pour réanimer la vie collective, avec notamment la création de la Fédération des partis écologistes et Verts d’Afrique de l’Ouest en 2006 (déclaration de Bamako) et bientôt son pendant Afrique centrale.

NIGERIA

En 1995, la pendaison de l’écrivain Ken Saro-Wiwa et de huit autres responsables du Mouvement pour la survie du peuple Ogoni (MOSOP) par la junte militaire nigériane ébranle l’opinion publique et attire l’attention sur les problèmes d’environnement; le MOSOP lutte contre la pollution de son territoire par les compagnies pétrolières. Ce meurtre officiel laisse des traces et contraint la société Shell à rédiger un code de conduite vis-à-vis de l’environnement. Une procédure de complicité pour violation des droits de l’homme au Nigéria est toujours en cours contre la compagnie.

En Afrique, l’écologie a aussi pris une forme d’opposition, capable de faire trembler les pouvoirs qui ont pour certains mis en place des partis verts fantoches comme en Tunisie, alors que le parti reconnu par les mouvements écologiques mondiaux ne l’est toujours pas par le régime.

Têtes de liste

Le Probo Koala de la compagnie néerlandaise Trafigura Beheer a confié plus de 500 t de déchets toxiques à une société locale qui les déverse dans une décharge publique d’Abidjan, en août 2006. Bilan : 100 000 victimes, et entre 15 et 17 morts.

Même s’ils restent marginaux, quelques grands noms reviennent lorsqu’on parle d’écologie en Afrique. Wangari Maathai au Kenya, Albert Zafy à Madagascar. Ce dernier est devenu président de la République en 1993, devenant le premier chef d’État «écologiste». Le nom de son parti, l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD) n’évoquait pas l’écologie, pourtant il était initialement un petit parti écologiste.

En 1998, au Burkina Faso, Ram Ouedraogo, candidat de l’Union des Verts pour le développement du Burkina Faso (UVDB) obtient  6,61%, le meilleur score jamais atteint par un Vert à l’élection présidentielle. Il a été par la suite nommé ministre de la Réconciliation nationale de 1999 à 2002. En 2005, il quitte l’UVDB pour fonder le Rassemblement des écologistes du Burkina Faso.

À l’île Maurice, Sylvio Michel du parti des Verts fraternels a été ministre de la Pêche, et conduit désormais le combat pour la reconnaissance du créole. Sur le continent, certains sont députés, d’autres dans les mairies…

«Les choses changent», estime Marc Ona Essangui. Ni militant politique ni membre d’un parti vert mais figure d’opposition forte au Gabon. Le récipiendaire 2009 du Goldman Prize – le Nobel vert- dirige un réseau associatif Environnement Gabon et l’ONG Brainforest. «La nouvelle génération des dirigeants africains est obligée de prendre en compte la préoccupation environnementale dans leurs programmes car ce sujet fait partie des conditionnalités auprès des bailleurs de fonds».

GREENPEACE AFRIQUE/VIDEO

GREENPEACE AFRIQUE/VIDEO

Campagne de promotion de l’organisation en Afrique.

L’Afrique verte en marche ? Avec la fonte des glaces du mont Kilimandjaro, l’assèchement du lac Tchad ou encore la baisse du niveau de l’eau du lac Victoria, les Verts d’Afrique ont du pain sur la planche. Mais ils doivent faire face à des querelles intestines dans certains pays, à un manque de moyens dans d’autres ou simplement à une diaspora qui n’alimente les partis que via à un site internet. Pour certains, il faut passer à l’action et ne pas se contenter d’une pensée écologique car désormais, les partis traditionnels proposent aussi un petit discours écologique.

«Ce sont les individualités qui font avancer la problématique», poursuit le Gabonais, Marc Ona Essengui. «Il faudrait peut-être pousser les partis écolo en Afrique à plus de pertinence dans leur approche mais je n’y crois pas beaucoup car les acteurs politiques sont plus préoccupés par les postes que par des combats nobles». Un avis qui ne décourage pas le militant sénégalais, Haidar El Ali, «c’est l’ensemble qu’il faut construire, ces choses ont besoin de temps pour s’asseoir, pour se réaliser. Mais le temps nous fait défaut. La planète n’a plus le temps, on va être rattrapé».

KWAME NKRUMAH

Extrait émission sur la décolonisation, par la TV australienne.

© ScreenWest

«Nous re-dédions maintenant notre action à la lutte pour émanciper les autres pays car l’indépendance du Ghana n’a aucun sens, tant qu’elle n’est pas liée à une libération totale du continent africain».

Kwame Nkrumah. Discours de l’indépendance du Ghana. 6 mars 1957.

«Au moment où la France nous donne le droit de nous gouverner nous-mêmes et de nous déterminer librement, je dis non au Maroc ! Mauritaniens, nous étions. Mauritaniens, nous sommes. Mauritaniens, nous resterons !»

Moktar Ould Daddah. Réponse au discours de Mohammed V. 25 février 1958.

«Nous considérons qu’il vaut mieux avoir une indépendance bien préparée, car une indépendance politique anticipée nous conduirait à la dépendance la plus atroce qui soit, la dépendance économique. Nous continuons à faire confiance à la France et comptons sur le génie français pour trouver, le moment venu, une formule comparable à celle du Commonwealth britannique. Car, nous Malgaches, nous ne voudrons jamais nous séparer de la France. De culture française nous sommes, et nous voulons rester français».

Philibert Tsiranana. Discours à l’Assemblée nationale française. 29 mai 1958

Sur le site de l’INA, « Paroles publiques » du général.

«On dit : « mais nous avons le droit à l’indépendance ». Mais certainement, oui. D’ailleurs l’indépendance quiconque la voudra, il pourra la prendre aussitôt. La métropole ne s’y opposera pas».

Général Charles de Gaulle. Discours prononcé à Brazzaville. 24 août 1958.»

«Nous ne renonçons pas et nous ne renoncerons jamais à notre droit légitime et SEKOU TOURE

Extrait émission (français/anglais) sur la décolonisation par la TV australienne.

© ScreenWest

naturel à l’indépendance. Il n’y a pas de dignité sans liberté : nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage».

Ahmed Sekou Toure. Discours à l’occasion de la visite du général de Gaulle à Conakry. 25 août 1958.

«Oui, pour l’indépendance dans l’amitié, non dans la dispute».

Léopold Sédar Senghor. 1958.

«La politique du Sénégal clairement définie, s’est fixé trois objectifs qui sont dans l’ordre où elle veut les atteindre : l’indépendance, l’unité africaiine et la confédération».

Valdiodio NDiaye. Discours au général de Gaulle, à Dakar. 26 août 1958

«Pour nous, la Métropole restera toujours la France de la révolution de 1789, la France des Droits de l’homme et du citoyen, la France de 1848, la France de la Conférence de Brazzaville, la France de la Constitution de 1946,  la France de la Constitution de 1958 dont le libéralisme, sous l’impulsion du général de Gaulle, permet aux Territoires africains toutes les perspectives d’émancipation».

Hamani Diori. Discours devant l’Assemblée nationale, consacrant la République du Niger. 18 décembre 1958.

«Camerounais, Camerounaises, le Cameroun est libre et indépendant. L’indépendance et la liberté sont des biens qui se conquièrent et se reconquièrent chaque jour».

Ahmadou Ahidjo. Discours de l’indépendance du Cameroun. 1er janvier 1960.

«Maître de son destin, maître de ton destin, cher Togo, mon cher pays, te voilà libre, enfin».

Sylvanus Olympio. Cérémonie d’indépendance du Togo. 27 avril 1960.

«La République du Congo est proclamée et notre pays est aujourd’huientre les mains de ses enfants. Ensemble, mes frères, mes soeurs, nous allons entamer un nouveau combat, un sublime combat qui conduire notre pays à la paix, la prospérité et la grandeurs. Ensemble, nous allons établir la justice sociale et assurer que chacun reçoive le juste paiement de son travail».

Patrice Lumumba. Discours de l’indépendance du Congo. 30 juin 1960.

«Peuple de mon pays laisse éclater ta joie. Quel peuple plus que toi mérite sa joie. Tu as souffert plus que tous les autres en patience longtemps. Mais ta souffrance n’a pas été vaine. Tu as lutté mais pas inutilement puisque la victoire tu la connait aujourd’hui. Le besoin de dignité que tu portais en toi, le voici enfin satisfait. Tu es libre et avec fierté tu entres dans la grande famille des nations».

Félix Houphouët-Boigny. Discours de l’indépendance. 7 août 1960.

«La République du Tchad souveraine n’oublie pas ce qu’elle doit à la France et au général de Gaulle dont le noble message vient d’être lu par André Malraux. Tchadiens, crions notre joie. Il est minuit. Je proclame solennellement que le Tchad est indépendant et souverain».

François Tombalbaye. Discours de l’indépendance du Tchad. 11 août 1960.

(Lu dans la nuit, à la lueur d’une lampe-torche, portée par André Malraux).

«Au Tanganyika, nous croyons que seul les hommes profondément mauvais ou sans foi peuvent utiliser la couleur de la peau comme critère pour accorder des droits à un être humain».

Julius Nyerere. Discours tenu au gouverneur-général britannique Richard G. Turnbull, peu avant sa prise de fonction au Conseil législatif, en août 1960.

© MAE

«C’est pour nous un jour d’allégresse. Jour qui consacrera l’union de tous les enfants de ce pays pour la paix et la fraternité. Jour qui marquera un pas en avant de l’Afrique vers un avenir meilleur».

Hubert Maga. Discours de l’indépendance du Bénin. 1er septembre 1960.

«C’est à présent que se joue l’avenir de notre pays et de notre peuple. C’est à présent que nous devons réussir ou échouer… et je dis avec force et conviction que nous réussirons, inch’Allah».

Modibo Keita. Message au peuple du Mali, à l’occasion du Nouvel an 1961.

«Tout Gabonais a deux patries : la France et le Gabon».

Léon Mba. Lors d’une visite en France. 1961

«Je me sens humble et honoré (…) d’avoir vécu jusqu’à ce jour où les Britanniques nous ont remis le pouvoir après avoir été sous leur protection pendant 68 ans. Durant cette période, nous avons eu des moments de tristesse. Cependant, il y a eu aussi des instants de joie. Néanmoins, nous remercions Dieu pour Sa grace, son amour et tous les efforts des missionnaires pour avoir développé notre nation et notre pays, l’Ouganda. Maintenant que nous sommes indépendants, je fais appel à vous pour rassembler vos forces dans ce que vous entreprendrez et ainsi de contribuer à la gloire de nos royaumes et de l’Etat ougandais. Que nos différences entre nations, religions et couleurs ne soient pas un facteur de division pour nos peuples».

Muteesa II. « King Freddie ». Discours prononcé le jour de l’indépendance de l’Ouganda. 9 octobre 1962.

Jomo Kenyatta

Vers l’indépendance…

«Beaucoup de gens pensent que nous avons atteint l’Uhuru [la liberté, en kiswahili], que le soleil de la liberté brille, que la richesse tombera comme manne du ciel. Moi, je vous dis que rien ne tombera du ciel. Nous devons travailler dur de nos mains pour sortir de la pauvreté, de l’ignorance et des maladies».

Jomo Kenyatta. Discours lors de la commémoration de l’indépendance du Kenya. 12 décembre 1964.

«Je voudrais vous rappeler ce qu’un grand Américain a dit un jour: « Unis nous restons debout, divisés, nous nous effondrons ». Cette affirmation est valable pour le Nigeria aujourd’hui comme pour n’importe quel autre pays».

Abubakar Tafawa Balewa. Discours radiophique diffusé au Nigeria.

2 commentaires
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  1. Quel destin pour un continent! Les proconsuls ont conduit l’Afrique de Charybde en Sylla. Les Etats Unis d’Afrique (Nkrumah, 1958)? A la Saint Glinglin. Africa must unite (Nkrumah 1963, lors de la création de l’OUA)? A la Saint-Glinglin. Les terres agricoles paysannes et les eaux sont vendues, alors que l’autosatisfaction alimentaire est envoyée aux calendes grecques. Des Cinquantenaires qui sacrent la déshumanisation de la Femme africaine, de l’Enfant africain, du Paysan africain et de la Paysanne africaine, de l’Ouvrier africain et de l’Ouvrière africaine, des RetraitéEs AfricainEs, de la Jeunesse africaine, bref de tout ce que l’Afrque a de meilleurs. Des Cinquantenaires qui voient les proconsuls allaient payer tribut aux anciens oppresseurs. Des Cinquantenaires au cours desquels les liberticides sont idôlatrées, l’oppresseur africain a pris la place de l’oppresseur colonial. Quel destin! Et si les Nkrumah, Lumumba, Modibo Keita, Sekou Toure, Moumié, Fanon, Samora Machel, Um Nyobe, Boganda, Cabral, Neto, Biko, Sankara pour ne citer que ces noms, n’avaient pas vécu, l’Afrique n’aurait pas sa place dans la galerie des continents, qui ont resisté, combattu et vaincu l’occupation colonial et l’asservissement.

  2. [...] Source: http://lautrefraternite.com/2010/03/02/anniversaire-des-independances-africaines-les-independances-a… [...]

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