Dossier (Suite) : CAMPAGNE DE SABOTAGE ET PREPARATION A LA LUTTE ARMEE

15 fév, 2010 | Par | Rubrique : Dossier

Le 21 mars 1960 a lieu le massacre de Sharpeville, un township de Vereeniging dans le sud du Transvaal. Lors d’une manifestation du Congrès panafricain contre l’extension aux femmes du passeport intérieur (Pass book), que les hommes noirs sont obligés de porter constamment sur eux sous peine d’être arrêté ou déporté, une soixantaine de policiers sur un effectif total de 300 hommes retranchés dans un local de la police et appuyés par des véhicules blindés, tirent sans sommations sur une foule d’environ 5 000 personnes dont seuls 300 sont encore à proximité des policiers, le reste de la foule ayant commencé à se disperser. Il y a 69 morts dont 8 femmes et 10 enfants ainsi que 180 blessés dont 31 femmes et 19 enfants. La majorité des blessures par balles sont faites dans le dos sur une foule en fuite et qui n’était pas armée. Selon les policiers, les tirs ont été dus à la panique et à l’inexpérience suite à des jets de pierres alors que la Commission de la vérité et de la réconciliation conclura selon les témoignages de manifestants que les tirs étaient délibérés. Le gouvernement déclare l’état d’urgence face aux manifestations qui s’ensuivent et interdit l’ANC et le PAC, dont les leaders sont emprisonnés ou assignés à résidence. Albert Lutuli, le président de l’ANC, obtient le prix Nobel de la paix la même année.

La stratégie non violente de l’ANC est abandonnée par Nelson Mandela qui fonde en 1961 Umkhonto we Sizwe (MK), réseau prônant l’action armée. En mai 1961, il lance avec succès une grève générale où les grévistes restent à leurs domiciles, le «stay at house», obligeant le gouvernement à faire intervenir la police et l’armée. Il écrit et signe un plan de passage graduel à la lutte armée. Il coordonne des campagnes de sabotage contre des cibles militaires et gouvernementales, préparant des plans pour une possible guérilla si les sabotages ne suffisaient pas à mettre une fin à l’apartheid. Nelson Mandela décrit le passage à la lutte armée comme un dernier recours; l’augmentation de la répression, des violences policières et de l’état le convainc que des années de lutte non-violente contre l’apartheid n’ont apporté aucun progrès.

Nelson Mandela favorise le sabotage qui «n’entraîne aucune perte en vie humaine et ménage les meilleures chances aux relations interraciales» avant de s’engager dans «la guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte». Un membre de l’ANC Wolfie Kadesh explique la campagne de sabotage à la bombe menée par Mandela: « (…) faire exploser des lieux symboliques de l’apartheid, comme des bureaux du passeport interne, court de justice pour natifs, et des choses comme ça… Des bureaux de poste et… Des bureaux du gouvernement. Mais nous devions le faire d’une telle façon que personne ne serait blessé, personne ne serait tué. ». Mandela dira de Kadesh: « Sa connaissance de la guerre et son expérience de première main du combat m’ont été extrêmement précieuse. ».

Mandela collecte aussi des fonds à l’étranger pour le MK et organise l’entraînement paramilitaire du groupe. Il suit une formation militaire dans l’Algérie nouvellement indépendante et étudie Clausewitz, Mao Zedong, Che Guevara et les spécialistes de la Seconde Guerre des Boers.

Arrestation et procès de Rivonia

Le 5 août 1962, Nelson Mandela est arrêté après 17 mois de clandestinité et est emprisonné au fort de Johannesburg. L’arrestation a été rendue possible par la Central Intelligence Agency (CIA) qui a renseigné la police sur la cachette et le déguisement de Mandela en chauffeur de voiture. Il est en effet considéré comme «terroriste» et «communiste» dans le contexte de guerre froide où l’apartheid veut se présenter comme une défense contre le communisme en Afrique Australe. Trois jours plus tard, les accusations d’organiser une grève en 1961 et quitter le pays illégalement lui sont lus. Le 25 octobre, Nelson Mandela est condamné à cinq ans de prison.

Pendant son emprisonnement, la police arrête plusieurs dirigeants de l’ANC à Rivonia, au nord de Johannesburg, où est situé le quartier général de la direction d’Umkhonto, le 11 juillet 1963. Parmi les 11 personnes arrêtées figurent Walter Sisulu et Govan Mbeki. Nelson Mandela est lui-aussi mis en cause et avec ses compagnons, est accusé non seulement de sabotage et de trahison mais aussi de comploter une invasion du pays par l’étranger, ce que Mandela dément. Le procès de Rivonia débuta le 9 octobre 1963 et s’acheva le 12 juin 1964. Dans sa déclaration pour sa défense le 20 avril 1964, devant la Cour suprême de l’Afrique du Sud à Pretoria, Nelson Mandela expose clairement le raisonnement qui l’a fait recourir à la violence comme tactique. Il révèle comment l’ANC a utilisé des méthodes pacifiques pour résister à l’apartheid pendant des années, jusqu’au massacre de Sharpeville, la déclaration d’état d’urgence et l’interdiction de l’ANC par le gouvernement, qui leur a montré que leur seul choix était de résister à travers des actes de sabotage. Faire autrement aurait été pour eux pareil à une capitulation sans condition. Nelson Mandela explique comment ils ont écrit le manifeste du Umkhonto we Sizwe avec l’intention de montrer l’échec des politiques du Parti National quand l’économie serait menacée par le manque de volonté des étrangers à risquer des investissements dans le pays. Il finit sa déclaration par ces paroles:

« Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche, et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et accomplir. Mais si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »

L’avocat afrikaner Bram Fischer fait partie de l’équipe de la défense qui représente les accusés Ils sont tous jugés coupable, à l’exception de Lionel Bernstein (acquitté), mais échappent à la peine de mort et sont condamnés à la prison à vie le 12 juin 1964. Ils sont condamnés pour implication dans des actions armées, en particulier quatre sabotages, ce que Mandela admet, et aussi pour conspiration en vue d’aider d’autres pays à envahir l’Afrique du Sud, ce que Mandela dément.

Emprisonnement

Manifestation de solidarité à Nelson Mandela en Allemagne, 1986.

Timbre soviétique (1988) à l’effigie de Nelson Mandela à l’occasion de son 70e anniversaire. Nelson Mandela est emprisonné dans l’île-prison de Robben Island, où il restera 18 de ses 27 années de prison. Alors qu’il est en prison, sa réputation grandit et il devient connu de manière internationale comme le plus important dirigeant noir d’Afrique du Sud. Sur l’île, lui et d’autres prisonniers doivent effectuer des travaux forcés dans une carrière de chaux. Les conditions de vie dans la prison sont très rudimentaires. Les prisonniers sont séparés par couleur de peau, les prisonniers noirs recevant les plus petites rations. Les prisonniers politiques dont fait partie Nelson Mandela sont séparés des criminels de droit commun et ont encore moins de privilèges. Mandela étant un prisonnier de classe D (la plus basse classe), il n’a droit qu’à un visiteur et une lettre tous les six mois. Quand il reçoit une lettre, c’est souvent après qu’elle a été retardée durant une longue période et rendue illisible par la censure de la prison.

En 1971, il quitte la carrière de chaux et est transféré au ramassage du guano, d’où il peut voir la mer. En septembre 1977, Steve Biko, fondateur du Mouvement de Conscience noire meurt torturé en prison par la police. En novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies impose un embargo sur les ventes d’armes à destination de l’Afrique du Sud. Nelson Mandela ainsi que d’autres militants sont placés en isolement carcéral, où radio et journaux sont interdits ou bien censurés. En 1979, il revoit après 15 ans sa deuxième femme, Winnie, qui subit aussi la prison ou l’assignation à résidence et le bannissement.

Pendant son emprisonnement, Mandela étudie par correspondance avec l’Université de Londres via son programme externe, et reçoit un diplôme de Bachelor of Laws. Il est même présélectionné pour le titre de Chancelier de cette université mais perd face à la princesse Anne du Royaume-Uni.

Dans ses mémoires publiées en 1981, l’agent secret Gordon Winter dévoile son implication dans un complot pour faire évader Mandela en 1969: le groupe des comploteurs avait été infiltré par Winter pour le compte du gouvernement sud-africain. Celui-ci voulait que Mandela s’échappe pour qu’il puisse ensuite être abattu pendant la poursuite. Le complot avait été déjoué par les services secrets britanniques.

En Mars 1982, Mandela est transféré, en compagnie des principaux dirigeants de l’ANC à la prison de Pollsmoor, dans la banlieue du Cap. S’il a été envisagé un moment que ce transfert avait été réalisé afin d’éloigner ces dirigeants de la nouvelle génération de noirs emprisonnés à Robben Island, surnommée l’Université Mandela, le ministre de la justice Kobie Coetsee a dit au contraire que ce transfert avait été accompli afin de pouvoir établir un contact discret entre eux et le gouvernement sud-africain.

Pendant les années 1980, le MK lance une guerilla contre le régime de l’apartheid, dans laquelle de nombreux civils sont tués. En février 1985, le président Pieter Willem Botha offre à Nelson Mandela, contre l’avis de ses ministres, la liberté conditionnelle en échange d’un renoncement à la lutte armée. Mandela rejette l’offre, disant dans un communiqué transmis par sa fille Zindzi: « Quelle liberté m’est offerte alors que l’organisation du peuple demeure interdite ? Seuls les hommes libres peuvent négocier. Un prisonnier ne peut pas faire de contrats. ». La même année, Botha annule les lois sur les laissez-passer et les mariages mixtes. Mais cela est considéré comme trop timide par Nelson Mandela qui réclame toujours avec l’ANC clandestin «un homme, une voix».

La première rencontre entre Nelson Mandela et le gouvernement a lieu en novembre 1985, quand le ministre de la Justice, Kobie Coetsee, rencontre Mandela à l’hôpital Volks au Cap, où il est opéré de la prostate. Le long des quatre années suivantes, une série de rencontres posent les bases pour de futures négociations, mais aucun progrès réel n’est réalisé. Il est en partie libéré le 7 décembre 1988 et mis en résidence surveillée.

Pendant toute la durée de l’emprisonnement de Nelson Mandela, la pression locale et internationale pour sa libération augmente sur le gouvernement sud-africain, sous le slogan « Libérez Nelson Mandela ! ». En 1985, il est le premier lauréat du prix Ludovic-Trarieux pour son engagement en faveur des droits de l’homme. Comme il est en captivité, c’est sa fille qui reçoit le prix en son nom. En juin 1988 a lieu le Concert hommage des 70 ans de Nelson Mandela à Wembley regardé par 600 millions de téléspectateurs dans 67 pays, qui expose au niveau mondial la captivité de Mandela et l’oppression de l’apartheid, et qui, selon l’ANC, force le régime sud-africain à libérer Mandela plus tôt que prévu. En 1989, tout en précisant que « la question de [sa] libération n’en est pas une », il écrit à Pieter Botha que « face au spectre d’une Afrique du Sud coupée en deux camps hostiles se massacrant mutuellement », il veut faire négocier «les deux principales organisations du pays », le gouvernement et l’ANC. Il détermine les principaux points à traiter : « premièrement, la revendication de la règle de la majorité dans un Etat unitaire, deuxièmement, les inquiétudes de l’Afrique du Sud blanche face à cette demande ». Ils ont un entretien le 5 juillet 1989 dans la résidence de Botha. Cette même année, l’Afrique du Sud arrive à un moment décisif lorsque Botha suite à une attaque cérébrale est remplacé comme président par Frederik Willem de Klerk. Le 15 octobre 1989, De Klerk libère sept dirigeants de l’ANC, dont Walter Sisulu, qui avaient chacun passés 25 ans en prison. En novembre, Nelson Mandela dit de De Klerk qu’il est «le plus sérieux et le plus honnêtes des leaders blancs » avec qui il ait pu négocier. De Klerk annonce la libération de Nelson Mandela en février 1990 au cours d’un discours prononcé au parlement.

Libération, prix Nobel et négociations constitutionnelles

Le 2 février 1990, F.W. de Klerk prononce la levée de l’interdiction de l’ANC et de plusieurs autres organisations anti-apartheid, et annonce la libération prochaine et sans condition de Nelson Mandela [70]. Nelson Mandela est libéré le 11 février 1990 et l’événement est retransmis en direct dans le monde entier.

Le jour de sa libération, Nelson Mandela fait un discours adressé à la nation depuis l’hôtel de ville du Cap. Il y déclare son engagement pour la paix et la réconciliation avec la minorité blanche du pays, mais annonce clairement que la lutte armée de l’ANC n’est pas terminée:

« Notre recours à la lutte armée en 1960 avec la formation de l’aile militaire de l’ANC était purement une action défensive contre la violence de l’apartheid. Les facteurs qui ont rendu nécessaire la lutte armée existent toujours aujourd’hui. Nous n’avons aucune option à part continuer. Nous espérons qu’un climat propice à une solution négociée existera bientôt, ce qui rendra inutile la lutte armée. »

Mandela dit aussi que son objectif principal est de donner la paix à la majorité noire et de lui donner le droit de vote aussi bien aux élections nationales que locales. Le 26 février 1990, il demande cependant à ses partisans: « Jetez dans la mer vos fusils, vos couteaux et vos machettes », afin de pacifier les relations entre l’ANC et le gouvernement mais aussi la rivalité entre l’ANC et l’Inkhata zoulou qui a fait de nombreuses victimes. Le 6 août, Mandela confirme les accords avec De Klerk, et l’ANC proclame la fin de la lutte armée. Le 30 juin 1991, le parlement vote la suppression des dernières lois piliers de l’apartheid encore en vigueur qu’étaient la loi sur la classification raciale et celle sur l’habitat séparé.

En 1991, l’ANC tient sa première conférence nationale depuis sa légalisation, et Nelson Mandela est élu président de l’organisation. Son vieil ami Oliver Tambo, qui avait dirigé l’ANC en exil pendant la captivité de Mandela, devient secrétaire national. Nelson Mandela mène le parti dans les négociations sur le démantèlement de l’apartheid en Afrique du sud entre 1990 et 1994.

Le président américain Bill Clinton et Nelson Mandela à Philadelphie, États-Unis, le 4 juillet 1993.Les négociations sont parfois tendues comme lorsqu’en 1991 Mandela qualifie De Klerk de « dirigeant d’un régime illégitime, discrédité et minoritaire ».

Au début de 1992, les élections législatives partielles de Potchefstroom, provoquées par la mort du député et ancien ministre Louis Le Grange, virent au désastre pour le parti national au bénéfice du candidat du parti conservateur, opposé à la fin de l’apartheid. Le président de Klerk, qui avait fait de cette élection un enjeu national organise alors pour le 17 mars 1992 un ultime référendum auprès des électeurs blancs par lequel il sollicite leur appui. Mandela intervient pour appuyer De Klerk et calmer les ardeurs et les impatiences des militants de l’ANC. De Klerk obtient sans ambiguïté un soutien de l’ensemble de la communauté blanche (68,7% de oui) à l’exception de celle du nord-Transvaal (région de Pietersburg). Lors de son discours de victoire devant le parlement du Cap, il déclare que les électeurs blancs ont eux-mêmes décidé de refermer définitivement le livre de l’apartheid (« Today we have closed the book on apartheid – and that chapter is finally closed »).

Les pourparlers s’arrêtent suite au massacre de Boipatong en juin 1992 où Mandela rompt les négociations accusant le gouvernement de De Klerk de complicité de ces tueries. Les négociations reprennent cependant en juin 1992 après le massacre de Bisho, quand les menaces de confrontations sanglantes rendent claires que les négociations sont la seule issue. Les avancées de Nelson Mandela et du président F.W. de Klerk sont reconnues mondialement quand ils reçoivent conjointement le Prix Nobel de la Paix en 1993.

Quand Chris Hani, un des dirigeants du MK et du Parti communiste sud-africain est assassiné le 10 avril 1993 par un extrémiste blanc, Janus Walusz, avec la complicité de Clive Derby-Lewis, député conservateur de Krugersdorp, il y a des craintes que le pays soit à nouveau plongé dans la violence. Nelson Mandela lance un appel au calme au pays, un discours considéré comme présidentiel bien qu’il n’ait pas encore été élu:

« Je m’adresse ce soir à tous les Sud-Africains, noirs et blancs, du fond de mon être. Un homme blanc, plein de préjugés et de haine, est venu dans notre pays et a accompli une action si ignoble que notre nation tout entière se situe au bord du précipice. Une femme blanche d’origine Afrikaner a risqué sa vie pour que nous puissions reconnaître et traduire en justice cet assassin. Le meurtre de sang-froid de Chris Hani a créé un choc dans tout le pays et dans le monde… Il est maintenant temps pour tous les sud-africains de s’unir contre ceux, de n’importe quel camp, qui espèrent détruire ce pour quoi Chris Hani a donné sa vie : la liberté pour chacun d’entre nous »

Bien que des émeutes aient lieu après l’assassinat, les négociateurs parviennent à un accord pour fixer les premières élections nationales non raciales du pays à la date du 27 avril 1994, à l’expiration normale du mandat présidentiel de De Klerk, soit à peine plus d’un an après le meurtre de Chris Hani.

Président d’Afrique du Sud

À la suite des premières élections générales multiraciales du 27 avril 1994, remportées largement par l’ANC (62,6% des voix), Nelson Mandela est élu Président de la république d’Afrique du Sud et prête serment aux Union Buildings de Pretoria le 10 mai 1994 devant une grande partie des responsables politique internationaux, d’Al Gore à Fidel Castro. Il préside au premier gouvernement non racial du pays, en l’occurrence un gouvernement d’unité nationale entre l’ANC, le Parti National et le parti zoulou Inkatha Freedom Party. Ses deux vice-présidents sont alors Thabo Mbeki (ANC) et Frederik de Klerk (NP). Dans son discours d’investiture, Mandela célèbre la fin de l’apartheid dont « doit naître une société dont toute l’humanité sera fière », le retour de l’Afrique du Sud dans la communauté internationale et l’amour commun du pays et l’égalité raciale qui seront le ciment de la nouvelle « nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde ». Il évoque les défis de son mandat que sont la lutte contre la pauvreté, les discriminations et « qu’il n’y a pas de voie facile vers la liberté ». La date du 27 avril devient un jour férié en Afrique du Sud, le Jour de la Liberté.

Commission de la vérité et de la réconciliation

Conformément aux négociations de la période de transition, une commission de la vérité et de la réconciliation, présidée par l’archevêque anglican et prix Nobel de la Paix Desmond Tutu, est créée pour entendre des exactions et des crimes commis sous l’apartheid par le gouvernement, les forces de sécurité mais également par les mouvements de libération comme l’ANC. La commission entend de nombreux récits sur les violences extrêmes et des injustices commises par les deux camps et offre une catharsis aux personnes et communautés blessées par les événements passés. Il s’agit de confronter le passé afin de tourner la page historique douloureuse, de permettre d’exposer la vérité et aux coupables de se confesser, une amnistie étant offerte en cas d’aveux. En l’absence de confession ou de non apparition devant la commission, des poursuites judiciaires peuvent être engagées si les autorités ont assez de preuves.

Si des policiers, soldats ou citoyens ordinaires confessent leurs crimes, peu de responsables de haut niveau comparaissent devant la commission. Si l’ancien ministre de la loi et de l’ordre Adriaan Vlok accepte de comparaitre et de se repentir, l’ancien président P.W. Botha et le vice-président Thabo Mbeki refusent. Nelson Mandela admettra plus tard que dans sa lutte contre l’apartheid, l’ANC avait aussi violé les droits de l’homme, et il critiquera ceux de son propre parti qui essayaient de supprimer des éléments des rapports de la commission allant dans ce sens. La commission « vérité et réconciliation « et la méthode Mandela de «dialogue sans exclusion» font école en Afrique.

Réconciliation nationale

Prônant la réconciliation nationale, il se rend à Orania pour rencontrer la veuve d’Hendrik Verwoerd et organise une tea party à Pretoria réunissant les épouses des anciens premiers ministres et présidents du pays avec les épouses des anciens prisonniers de Robben Island. Mandela encourage les Sud-Africains noirs à soutenir l’équipe de rugby des Springboks lors de la coupe du monde de rugby 1995 qui a lieu dans le pays. Après la victoire, Mandela présente le trophée au capitaine de l’équipe Francois Pienaar, un Afrikaner. Mandela porte le maillot avec le numéro de Pienaar, et l’événement est vu comme un grand pas dans la réconciliation entre les noirs et les blancs d’Afrique du Sud.

Internationalement, Mandela redonne une légitimité à l’Afrique du Sud qui est donnée en exemple en matière de réconciliation nationale.

Reconstruction économique

Le gouvernement d’union nationale entame, dès 1994, le programme de reconstruction et de développement (RDP) pour combattre les conséquences socio-économiques de l’apartheid, comme la pauvreté et le grand manque de services sociaux, des problèmes qui requièrent selon le gouvernement un environnement macroéconomique plus fort. L’amplitude du programme est comparée à celle du New deal mis en place par le gouvernement américain lors de la Grande Dépression et il est soutenu par tous les partis politiques.

Entre 1994 et début 2001, selon le gouvernement sud-africain, plus de 1,1 million de maisons à bas coût pouvant bénéficier de l’aide gouvernementale ont été construites, accueillant 5 millions d’Africains du Sud sur les 12,5 millions mals logés. Entre 1994 en 2000, 4,9 millions de personnes pour la plupart habitant les anciens homelands bénéficient d’un accès à l’eau potable et 1,75 million de foyers sont raccordés au réseau électrique, la proportion de foyers ruraux avec l’électricité passant de 12 à 42%. En 1999, 39 000 familles ayant bénéficié de la réforme agraire se partagent 3550 km². Selon le gouvernement, en quatre ans, 250 000 personnes ont reçu des terres [91]. D’avril 1994 à fin 1998, 500 nouvelles cliniques donnent un accès aux soins à 5 millions de personnes et un programme de vaccination contre la poliomyélite-hépatite qui débute en 1998 immunise 8 millions d’enfants en deux ans Un programme de l’emploi par les travaux public par la construction de routes, égouts ou réservoirs donne du travail à 240 000 personnes sur 5 ans. Le RDP est cependant critiqué pour la faible qualité des maisons construites dont 30% ne respectent pas les normes, un approvisionnement en eau dépendant beaucoup des rivières et des barrages et dont la gratuité pour les ruraux pauvres est coûteuse. À peine 1% des terres envisagé par la réforme agraire a été effectivement distribué et le système de santé est impuissant à combattre l’épidémie de sida qui fait baisser l’espérance de vie moyenne des Sud-africains de 64,1 à 53,2 ans de 1995 à 1998.

Politique intérieure et internationale

En 1995, la constitution transitoire, élaborée pendant les négociations pour mettre fin à l’apartheid, est remplacée par une nouvelle constitution, adoptée au parlement par la quasi unanimité des députés de l’ANC et du parti national. En juin 1996, ce dernier quitte le gouvernement peu après son adoption.

Nelson Mandela accepte d’être médiateur de plusieurs négociations de paix, notamment dans l’Afrique des grands lacs. En 1997, Mandela quitte la présidence de l’ANC, qui échoit à Thabo Mbeki. La peine de mort est abolie la même année.

Dans la première opération militaire post-apartheid, Mandela ordonne aux troupes sud-africaines d’intervenir au Lesotho en septembre 1998 pour protéger le gouvernement du premier ministre Pakalitha Mosisili.

Le président Mandela intervient également pour régler le procès des deux Libyens accusés par les États-Unis et le Royaume-Uni de l’attentat de Lockerbie qui avait fait 270 victimes en 1991[94]. Dès 1992, Mandela propose de manière informelle au président George H.W. Bush de juger les Libyens dans un pays tiers. Bush accepte la proposition, ainsi que le président français François Mitterrand et le roi Juan Carlos Ier d’Espagne En Novembre 1994, six mois après son élection, Mandela propose que l’Afrique du Sud soit le pays qui héberge le procès, mais le premier ministre britannique John Major rejette l’idée, disant que son gouvernement n’avait pas confiance en une cour de justice étrangère. Mandela renouvelle son offre trois ans plus tard à Tony Blair en 1997. La même année à la conférence des responsables des chefs de gouvernement du Commonwealth à Edinburgh, Mandela avertit qu’« aucune nation ne devrait être à la fois plaignante, procureur et juge. »

Un compromis est trouvé pour un procès aux Pays-Bas et le président Mandela commence les négociations avec le colonel Kadafi pour la remise des deux accusés Megrahi et Fhimah en avril 1999[97]. Le 31 janvier 2001, Fhimah est acquité mais Megrahi est jugé coupable et condamné à 27 ans de prison. Nelson Mandela va le visiter en juin 2002 et dénonce ses conditions d’emprisonnement en isolement total[98]. Megrahi est ensuite transféré dans une autre prison et n’est plus soumi à une incarcération en isolement[99].

Lutte contre le Sida

Nelson Mandela est critiqué pour l’absence d’efficacité de la politique de son gouvernement dans la lutte contre le SIDA par le juge Edwin Cameron. Mandela admet après son mandat qu’il peut avoir manqué à son devoir envers son pays en n’apportant pas plus d’attention à l’épidémie du SIDA. Pendant son mandat, le pourcentage de femmes enceintes séropositives triple, passant de 7.6 à 22.8% , le nombre de morts estimé par an passant la barre des 100 000 en 1999[.

Autres événements de la présidence

Après avoir été élu président, une des caractéristiques de Mandela est l'utilisation de chemises en Batik, connues sous le nom de « chemise Madiba », même lors d'événements officiels, ce qui influence la mode du pays. Il est affectueusement surnommé Madiba par les Sud-Africains, son nom du clan Xhosa. Nelson Mandela publie son autobiographie Un long chemin vers la liberté en 1995 et raconte son enfance, son engagement politique, ses longues années de prison et son accession au pouvoir.

Après la présidence

Statue de Nelson Mandela à Johannesburg. Comme il s'y était engagé lors de son élection, Nelson Mandela, qui était le plus vieux président élu à l'âge de 77 ans, n'est pas candidat à un second mandat en 1999 et quitte la vie politique, laissant la présidence de la république à Thabo Mbeki. Sa retraite n'est cependant pas inactive, il participe à de nombreuses œuvres caritatives et a toujours une forte influence nationale et internationale, prenant position sur de nombreux sujets.

Santé et retrait progressif

En juillet 2001, Nelson Mandela est soigné par radiothérapie pendant 7 semaines pour un cancer de la prostate.

À l'age de 85 ans, en juin 2004, Mandela annonce qu'il se retire de la vie publique. Sa santé décline et il veut passer plus de temps avec sa famille. Il dit qu'il ne veut pas se cacher du public, mais qu'il veut être dans la posture « de vous appeler pour demander si je suis le bienvenu, plutôt que d'être appelé pour intervenir ou participer à des événements. Ma demande est donc : ne m'appelez pas, je vous appellerai ».

À mesure que les années passent, Nelson Mandela prend de moins en moins souvent position sur les problèmes internationaux et nationaux.

Le 90ème anniversaire de Nelson Mandela, le 18 juillet 2008, est célébré dans tout le pays avec un concert hommage à Hyde Park dans le cadre de la série de concerts 46664. Dans son discours d'anniversaire, Mandela demande aux personnes riches d'aider les pauvres du monde entier.

Organisations caritatives et lutte contre le SIDA

Pour continuer de lutter pour les valeurs qui lui tiennent à cœur, il fonde un fond d'aide à l'enfance en 1994 et la Fondation Nelson-Mandela en 1999 pour favoriser l'éducation, le devoir de mémoire et l'une des priorités, la lutte contre le SIDA. La fondation est financée en partie par une série de concerts internationaux, les concerts 46664, dont le nom vient du numéro de prisonnier de Mandela.

Mandela devient le porte-parole de nombreuses organisations d'aide sociale ou de défense des droits de l'homme. Il soutient le mouvement international Make Poverty History duquel fait partie la campagne ONE. Le tournoi de golf de charité Nelson Mandela, soutenu par Gary Player, a rapporté plus de 20 million de rands pour l'aide à l'enfance depuis sa création en 2000 Mandela soutient également SOS Villages d'Enfants, la plus grande organisation mondiale dédiée à l'éducation des enfants orphelins ou abandonnés. Nelson Mandela entre en conflit ouvert avec son successeur Thabo Mbeki à propos du SIDA, lui reprochant, en 2002, de « continuer à débattre alors que des gens meurent », quand Mbeki remet en encore question le lien entre le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et le SIDA. Il participe à plusieurs conférence internationales contre le SIDA et se prononce plusieurs fois contre la maladie, notamment lors de la mort de son fils qui en a été lui-même victime le 6 janvier 2005.

Conseil des Global Elders

Le 18 Juillet 2007, Nelson Mandela, Graça Machel, et Desmond Tutu convoquent à Johannesburg une assemblée de dirigeants influents du monde entier qui veulent contribuer à l'aide de leur expérience et de leur sagesse à résoudre les problèmes les plus importants de la planète. Nelson Mandela annonce la formation de ce conseil des Global Elders (les anciens, ou sages, universels) dans un discours lors de son 89ème anniversaire.

Desmond Tutu est président du conseil et ses membres fondateurs incluent également Kofi Annan, Ela Bhatt, Gro Harlem Brundtland, Jimmy Carter, Li Zhaoxing, Mary Robinson et Muhammad Yunus[118].

Mandela explique que « ce groupe peut parler librement et avec audace, travaillant aussi bien de manière publique que de manière officieuse sur toutes sortes de mesures qui doivent être prises. Nous travaillerons ensemble pour soutenir le courage là où il y a la peur, pour encourager la négociation là où il y a le conflit, et donner l’espoir là où règne le désespoir »[119].

Politique internationale

Médiateur pour la paix au Burundi

Il devient médiateur au Burundi en février 2000, où il remplace le président tanzanien Julius Nyerere qui avait commencé les négociations en 1998 et était mort peu auparavant. Les accords de paix sont signés en août 2000. Mandela refuse ensuite d’être médiateur au Kosovo et en République démocratique du Congo mettant en avant son âge élevé face au poids de négociations extrêmement fatigantes.

Opposition à la guerre en Irak et à George W. Bush

En 2002 et 2003, il critique la politique étrangère du président américain George W. Bush dans plusieurs discours. En janvier 2003, lors d’un discours au International Women’s Forum, Mandela s’oppose fermement à l’attaque des États-Unis et de ses alliés contre l’Irak, déclenchant la guerre du même nom sans l’aval des Nations unies. Il accuse le président George W. Bush de vouloir « plonger le monde dans l’holocauste » l’accusant d’arrogance et de manque de vision et d’intelligence. Il pense que cette action va diminuer l’influence des Nations unies, soulignant que lui même aurait soutenu une action contre l’Irak si cela avait été demandé par les Nations unies, et encourage le peuple américain à manifester contre la guerre et les pays dotés d’un droit de véto au conseil de sécurité à l’utiliser. Nelson Mandela accuse Bush d’aller en Irak seulement pour le pétrole, insinue que son attitude et celle du premier ministre britannique Tony Blair de négliger les recommandations du secrétaire général Kofi Annan sont motivées par le racisme, et attaque les États-Unis sur leur passé de violations des droits de l’homme et pour les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki lors de la seconde guerre mondiale.

« S’il y a un pays dans le monde qui a commis des atrocités indescriptibles, ce sont les États-Unis d’Amérique. Ils s’en fichent. »

En novembre 2001, Nelson Mandela avait présenté ses condoléances suite aux attentats du 11 septembre et soutenu les opérations en Afghanistan. En juillet 2002, le président Bush l’avait décoré de la Médaille présidentielle de la liberté, l’appelant « l’homme d’État le plus révéré de notre temps. »[123]

Zimbabwe et Robert Mugabe

En 2000, Nelson Mandela critique Robert Mugabe, le président du Zimbabwe. Mugabe préside depuis 20 ans aux destinées de l’ancienne colonie britannique de Rhodésie du Sud. Il a été très critiqué internationalement pour sa politique répressive, son népotisme et son administration incompétente responsable de l’effondrement économique du pays.

Mandela lui reproche de s’accrocher au pouvoir après 20 ans de mandat, et de favoriser le recours à la violence contre les fermiers blancs, propriétaires de la plus grande partie des terres commerciales du pays. En 2007, Mandela essaye de persuader Mugabe de quitter le pouvoir « plus tôt que plus tard », « avec un minimum de dignité », avant d’être « poursuivi comme l’ancien dictateur Augusto Pinochet ». Il engage les Global Elders avec Kofi Annan comme médiateur mais Mugabe ne fait aucune réponse à ces approches. En juin 2008, au plus fort de la crise des élections présidentielles zimbabwéennes, Nelson Mandela condamne « le tragique manque de leadership » au Zimbabwe.

Commercialisation de son image et litige juridique

Nelson Mandela est aussi l’objet d’une commercialisation de son image qui va depuis la vente de tee-shirts à son effigie, 500 livres publiés à son sujet, mais aussi d’objets liés à ses fondations contre la pauvreté et le SIDA, que certains Sud-Africains considèrent comme un excès de consumérisme ou une iconisation à la Che Guevara. Mandela a demandé que son visage soit enlevé de tous les produits mis en vente par sa fondation.

En mai 2005, Nelson Mandela demande à Ismail Ayob, son avoué et ami depuis 30 ans, d’arrêter de vendre des lithographies réalisées et signées Mandela et de comptabiliser le produit des ventes. Le conflit mène à des poursuites judiciaires de la part de Mandela . Ayob clame son innocence mais le conflit refait la une en 2007 quand Ayob promet en justice de rembourser 700000 rands au fonds d’investissement de Mandela, qu’il avait transférés sans autorisation à un fonds pour les enfants et petits enfants de Mandela, et lui fait des excuses publiques.

Autres événements

Dans une lettre à Edward Zwick, le réalisateur du film Blood Diamond, Nelson Mandela exprime sa crainte que le public fasse l’amalgame entre les diamants de conflits dénoncés par le film, exploités en temps de guerre et au détriment des populations, et les diamants légalement extraits des mines d’Afrique du Sud, et que cela pénalise les exploitations minières du pays. Le magazine américain The New Republic pense au contraire que cette lettre favorise les producteurs de diamants de conflits, et que la démarche de Mandela est motivée par l’intérêt national et son amitié avec l’ancien directeur de De Beers.

Jusqu’au 1er juillet 2008, Nelson Mandela ainsi que plusieurs autres responsables politique de l’ANC ne pouvaient entrer aux États-Unis sans visas spéciaux, car l’ANC faisait partie de la liste des organisations considérées terroriste par le gouvernement américain. Cette situation remontait aux décennies de violence qu’a connues le pays lors de la lutte de cette organisation alors considéré communiste contre le régime de l’Apartheid dans le contexte de la guerre froide, même si le pays avait de bonne relation avec l’ANC, parti au pouvoir en Afrique du Sud et Nelson Mandela, lauréat du prix Nobel de la paix depuis 15 ans.

La pensée de Nelson Mandela : Inspirations: de la résistance non-violente à la lutte armée

Mandela qui a adhéré dès sa première année d’université à la doctrine de non-violence de Gandhi, continue à lui rendre hommage des années plus tard en se rendant en 1990 à New Delhi, puis en janvier 2007 pour le centième anniversaire de l’introduction de la satyagraha en Afrique du Sud.

Nelson Mandela dans un essai sur Gandhi explique l’influence de la pensée Gandhienne et son influence sur sa politique en Afrique du sud :

« Il cherche un ordre économique, une alternative au capitalisme et au communisme, et trouve cela dans la sarvodaya basé sur la non-violence (ahimsa). Il rejette la survie du plus apte de Darwin, le laissez-faire d’Adam Smith et la thèse de Karl Marx sur l’antagonisme naturel entre le capital et le travail, et se concentre sur l’interdépendance entre les deux. Il croit en la capacité humaine de changer et utilise la satyagraha contre l’opresseur, non pour le détruire, mais pour le transformer, afin qu’il cesse son oppression et rejoigne l’opprimé dans la recherche de la vérité. Nous en Afrique du Sud avons établi notre nouvelle démocratie de manière relativement pacifique sur la base de ces pensées, que nous ayons été influencés ou non directement par Gandhi. »

Pour l’écrivain sud-africain André Brink, qui a rencontré plusieurs fois Mandela, la non-violence de celui-ci est plus un principe qu’une idéologie. Mandela affirme dans son autobiographie que la non violence est une stratégie, une décision pragmatique après la revue des différentes options.

L’absence de résultats de la lutte non violente et le massacre de Sharpeville font passer Mandela à la lutte armée, après qu’il eut essayé de suivre la stratégie Gandhienne aussi longtemps qu’il le pouvait. Il exécute d’abord une campagne de sabotage, puis si celle-ci ne suffisait pas, il planifie une guerilla comme dernier recours. Le succès de la révolution cubaine et les ouvrages de Che Guevara qu’il a lu l’inspirent, et il admire le personnage. En 1991 lors d’une visite à la Havane, Mandela dit que « Les exploits de Che Guevara dans notre continent étaient d’une telle ampleur qu’aucune prison ou censure ne pouvait nous les cacher. La vie du Che est une inspiration pour tous les êtres humains qui aiment la liberté. Nous honorerons toujours sa mémoire. » .

Le pouvoir du dialogue et de la réconciliation

Cependant, alors que la violence entre le régime de l’apartheid et l’ANC fait de nombreuses victimes, Nelson Mandela en prison arrive à une autre conclusion que l’extension de la lutte armée pour faire sortir le pays de l’ornière, et c’est le dialogue et la négociation : «Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé »

Pour lui la liberté nouvelle ne doit pas se faire au dépend de l’ancien oppresseur, autrement cette liberté ne servirait à rien :

«Je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu’un d’autre de sa liberté. L’opprimé et l’oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité ».

« La vérité, c’est que nous ne sommes pas encore libres ; nous avons seulement atteint la liberté d’être libres, le droit de ne pas être opprimés (…). Car être libres, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres ».

C’est cette garantie donnée aux blancs qu’ils ne deviendront pas à leur tour opprimés une fois que la majorité noire aura pris le pouvoir qui permet aux négociations d’aboutir.

Le dialogue n’implique pas seulement de négocier avec son ennemi, mais aussi de ne pas couper le contact avec d’anciens amis souvent condamné par la communauté internationale. En 1998, Nelson Mandela rappelle au président Bill Clinton qu’à l’époque où les Etats-Unis soutenaient l’apartheid, d’autres pays aidaient la lutte contre la ségrégation raciale. Mandela lui explique que «L’un des premiers chefs d’Etat que j’ai invité dans ce pays a été Fidel Castro… et j’ai aussi invité le frère Mouammar Kadhafi. Je fais cela à cause de notre autorité morale, qui nous dit que nous ne devons pas abandonner ceux qui nous ont aidé aux moments les plus sombres de notre histoire».

Ubuntu, « nous sommes les autres »

Nelson Mandela explique la notion d’Ubuntu (vidéo en anglais).Nelson Mandela adhère à l’éthique et philosophie humaniste africaine d’Ubuntu, avec laquelle il a été élevé. Ce mot des langues bantoues non traduisibles directement, exprime la conscience du rapport entre l’individu et la communauté, et est souvent résumé par Mandela avec le proverbe zoulou « qu’un individu est un individu à cause des autres individus » ou comme défini par Desmond Tutu, « mon humanité est inextricablement liée à ce qu’est la votre ». Ubuntu a marqué la constitution de 1993 et la loi fondamentale de 1995 sur la promotion de l’unité nationale et de la réconciliation. Mandela explique lui même cet idéal dans une vidéo pour le système d’exploitation libre du même nom:

Respect. Serviabilité. Partage. Communauté. Générosité. Confiance. Désintéressement. C’est tout cela l’esprit d’Ubuntu. Ubuntu ne signifie pas que les gens ne doivent pas s’occuper d’eux-mêmes. La question est donc, est ce que tu vas faire cela de façon à développer la communauté autour de toi, et permettre de l’améliorer ? Ce sont les choses importantes dans la vie. Et si on peut faire cela, tu as fait quelque chose de très important qui sera apprécié. »

Ubuntu est considéré par Nelson Mandela comme la philosophie d’aider les autres mais aussi de voir le meilleur en eux, principe qu’il appliquera tout au long de sa vie: « les gens sont des êtres humains, produits par la société dans laquelle ils vivent. Vous encouragez les gens en voyant ce qui est bon en eux ».

C’est également pour lui une notion historique, l’invasion des colons blancs qui dépossède le peuple Xhosa de ses terres et de sa société démocratique coïncidant avec la perte de l’Ubuntu ancestral.

Hommages

Outre le prix Nobel de la Paix qui lui a été décerné conjointement avec Frederik Willem de Klerk en 1993, Nelson Mandela a reçu plus de 250 prix et récompenses nationales et internationales sur plus de 40 ans.

En 1980, il reçoit le prix Nehru pour la Paix et neuf ans plus tard le premier à recevoir le Prix Kadhafi des droits de l’Homme. En 1990 il est le deuxième étranger à recevoir le Bhârat Ratna, la plus haute distinction indienne. C’est pour la fin du régime de l’apartheid qu’il reçoit avec le président Frederik de Klerk le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la Recherche de la Paix en 1991. En 1992 il refuse le prix Atatürk de la paix décerné par la Turquie à cause des violations des droits de l’homme qui ont été commises à cette époque, puis accepte finalement le prix en 1999. En 1996 il est distingué au Portugal du grand collier de l’Ordre de l’Infant Dom Henrique. En 2001 il est la première personne vivante à être fait citoyen honoraire du Canada. En 2002, il reçoit la Médaille présidentielle de la liberté de George W. Bush et est fait la même année membre de l’Ordre du Mérite par la reine Elizabeth II d’Angleterre.

Le 10 novembre 2009, l’assemblée générale des Nations Unies déclare le 18 juillet « journée internationale Nelson Mandela ».

Partisans et influence

En Afrique du Sud, Nelson Mandela bénéficie d’une popularité immense, depuis le président Thabo Mbeki jusqu’au grand public: en septembre 2004, il est plébiscité en tant que première personnalité sud-africaine. Il est une «icône mondiale de la réconciliation» et un « colosse moral », selon Desmond Tutu, prix Nobel de la paix lui aussi. L’écrivaine Nadine Gordimer le compare à Gandhi « les deux plus indiscutables magnifiques personnage du dernier millénaire… uniques dans leur incroyable combat moral et humaniste » Le magazine Newsweek pour illustrer son importance pour les sud-africains, écrit qu’ « Il est le libérateur national, le sauveur, leur Washington et Lincoln en un seul homme ». Nelson Mandela est affectueusement appelé par les sud-africains « Madiba », son nom de clan.

Dans la communauté internationale, Nelson Mandela est présenté comme une « Incarnation de la non-violence à l’échelon planétaire », « un des anciens hommes d’État les plus respecté au monde », et est « considéré comme le père de l’Afrique du Sud moderne » . A l’occasion de ses 91 ans, le président américain Barack Obama déclare de Mandela que « sa vie nous enseigne que l’impossible peut se réaliser »[157] et le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon qu’il est « un citoyen du monde exemplaire » et « l’incarnation vivante des plus hautes valeurs des Nations Unies. Son engagement envers une Afrique du Sud démocratique, multiraciale; sa poursuite tenace de la justice; sa volonté de se réconcilier avec ceux qui l’ont le plus persécuté – ce sont certaines des caractéristiques d’un homme remarquable »[158].

Premier mariage

Mandela se marie, en 1944, avec Evelyn Ntoko Mase, qui est originaire de la même région que lui, mais qu’il rencontre à Johannesburg. Le couple divorce en 1957 après 13 ans de mariage à cause des nombreuses absences de Mandela, sa dévotion à la cause révolutionnaire et le fait qu’elle est une témoin de Jéhovah, une religion qui prône la neutralité politique[. Le couple a deux fils, Madiba Thembekile (Thembi) (1946-1969) et Makgatho (1950-2005), et deux filles, toutes les deux nommées Makaziwe (Maki, nées 1947 et 1953). Leur première fille meurt à l'age de 9 mois, et ils baptisent leur deuxième fille du même nom en son honneur. Thembi est tué dans un accident de voiture en 1969 à l'age de 25 ans et Mandela alors prisonnier n'est pas autorisé à assister aux funérailles. Evelyn Mase décède en 2004 et Makgatho meurt du SIDA en 2005.

Deuxième mariage

Winnie Madikizela-Mandela est aussi originaire du Transkei et ils se rencontrent aussi à Johannesburg, où elle est le premier travailleur social noir. Il l'épouse en 1958. Ils ont deux filles, Zenani (Zeni), née le 4 février 1958, et Zindziswa (Zindzi) Mandela-Hlongwane, née en 1960[165]. Zindzi a seulement 18 mois quand son père est emprisonné à Robben island. Plus tard, Winnie est très affectée par la discorde familiale qui reflète les conflits politiques du pays ; alors que Mandela est emprisonné, son père devient le ministre de l’Agriculture du Transkei[165]. Le mariage se termine par une séparation en avril 1992 et un divorce en mars 1996, à cause de divergences politiques liées à la radicalisation de Winnie.

Bien que sa fille Zindzi ait des souvenirs de son père, les autorités sud-africaines ne lui autorisent aucune visite de l’âge de 4 à 16 ans. ZindziMandela-Hlongwane devient célèbre mondialement quand à l’âge de 14 ans elle lit les discours de Nelson Mandela refusant sa liberté conditionnelle en 1985.

Troisième mariage

Mandela se remarie le jour de ses 80 ans en 1998 avec Graça Machel, née Simbine, veuve de Samora Machel, ancien président du Mozambique et allié de l’ANC qui a été tué dans un accident aérien 12 ans auparavant Le mariage suit des mois de négociations internationales pour établir le montant du prix exceptionnel qui doit être remis au clan de Machel. Les négociations sont conduites par le souverain traditionnel de Mandela, le roi Buyelekhaya Zwelibanzi Dalindyebo

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