A la découverte du héros de la résistance africaine : NELSON MANDELA

12 fév, 2010 | Par | Rubrique : Dossier

nelson mandélaRolihlahla Mandela est né le 18 juillet 1918 dans le village de Mvezo, au bord de la rivière Mbashe au Transkei dans la province du Cap-Oriental de l’Afrique du Sud. Le prénom de Mandela, Rolihlahla signifie « enlever une branche d’un arbre » ou plus familièrement « fauteur de trouble »

Il est le fils d’une famille royale Thembu de l’ethnie Xhosa, qui règne sur ce territoire. D’après le généticien Luigi Cavalli-Sforza, il est pour moitié Hottentot, c’est-à-dire un bochiman, une population le plus souvent méprisée par les Xhosas qui font partie des Bantous. Son arrière grand-père paternel est Inkosi Enkhulu, ou roi du peuple Thembu. Un des fils du roi, qui s’appelait Mandela, est le grand-père du futur Nelson et l’origine de son nom de famille. Cependant les descendants de cette branche de la famille n’étaient pas éligibles à la succession du trône Thembu.

Le père de Mandela, Gadla Henry Mphakanyiswa, est chef du village de Mvezo. Cependant il s’aliène les autorités coloniales qui le déchoient de sa fonction et exilent sa famille dans le village de Qunu. Malgré cela, Mphakanyiswa reste un membre du conseil privé du roi, et a un rôle capital dans l’ascension du nouveau régent Jongintaba Dalindyebo au trône Thembu. Dalindyebo se souviendra de son aide en adoptant Mandela de manière informelle à la mort de son père. Le père de Mandela a quatre femmes qui lui donneront 13 enfants. Mandela est né de sa troisième femme (troisième d’après un système de classement royal complexe), Nosekeni Fanny du clan Mpemvu Xhosa, sur les terres duquel Mandela passera la plus grande partie de son enfance.

Rolihlahla Mandela devient le premier membre de sa famille à aller à l’école, où son institutrice Miss Mdingane lui donne le nom anglais de Nelson, pratique courante à cette époque.

Son père décède d’une tuberculose alors qu’il n’a que neuf ans et le régent, Jongintaba, devient son tuteur. Il va alors à l’école d’une mission méthodiste située à côté du palais du régent. Suivant la coutume Thembu, il est initié à l’âge de seize ans et va au Clarkebury Boarding Institute. Nelson Mandela passe son Junior Certificate en deux ans au lieu des trois ans habituels. Désigné pour hériter de la fonction de conseiller de son père, Mandela va en 1937 à l’école méthodiste d’Healdtown à Fort Beaufort où étudie la plupart de la famille royale Thembu. A 19 ans il pratique la boxe et la course à pied dans cette école.

Les méthodes non-violentes de Gandhi avaient inspiré Nelson Mandela

Diplômé, il rejoint l’université de Fort Hare pour entamer des études en droit. Il y rencontre Oliver Tambo qui devient son ami et collègue. Il y découvre le nationalisme africain, n’est pas convaincu par le marxisme diffusé par le Parti communiste sud-africain et adhère à la doctrine de non-violence prônée par Gandhi. Gandhi, qui avait commencé sa résistance non-violente alors qu’il était en Afrique du Sud, influence non seulement les méthodes de Nelson Mandela mais aussi celle de plusieurs générations d’activistes anti-apartheid qui y voient une méthode pour lutter contre l’oppression et le colonialisme. À la fin de sa première année, en tant que membre du conseil représentatif des étudiants, il est impliqué dans le boycott du règlement universitaire qui veut transformer le conseil en simple chambre d’enregistrement. Il est alors renvoyé de l’université.

Peu après avoir quitté Fort Hare, Jongintaba annonce à Mandela et Justice, son fils et héritier au trône, qu’il a organisé un mariage arrangé pour chacun d’eux. Les deux jeunes hommes, mécontents de cet arrangement, choisissent de s’enfuir à Johannesburg A son arrivée, Nelson Mandela trouve un emploi de garde dans une mine. Cependant, l’employeur annule vite le contrat quand il s’aperçoit que Mandela est le fils adoptif en fuite du régent. Nelson Mandela travaille ensuite comme employé dans un cabinet d’avocat grâce à ses relations avec son ami et mentor Walter Sisulu. Tout en travaillant, Nelson Mandela termine sa licence à l’Université d’Afrique du Sud par correspondance, et après commence des études de droit à l’Université du Witwatersrand où il rencontre de nombreux futurs activistes anti-apartheid.

Activité politique contre l’apartheid : Résistance non violente

C’est en 1944 que Nelson Mandela rejoint le Congrès national africain (ANC) et fonde la Ligue de jeunesse de l’ANC avec Walter Sisulu et Oliver Tambo qui incite aux actions de masse afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale qui s’uniformise sur l’ensemble des 4 provinces depuis la fondation en 1910 de l’Union Sud-Africaine. Depuis 1913, le Native Land Act (« loi sur la propriété foncière indigène ») interdit aux Africains d’être propriétaires de terres en dehors des « réserves » indigènes existantes, 7 % de la superficie totale de l’Union sud-africaine sont alors attribuées aux Noirs. Cette loi provoque l’expropriation de nombreux paysans indépendants noirs et la constitution d’un prolétariat agricole. En 1923, la loi sur les régions urbaines indigènes (natives urban areas act) introduit la ségrégation résidentielle en offrant la latitude aux municipalités de pouvoir créer des quartiers réservés aux noirs et de limiter leur urbanisation. En 1936, la loi sur la représentation des indigènes (Représentation of Natives Act) supprime les Noirs des listes électorales communes de la province du Cap pour les réinscrire sur des listes séparées afin d’élire trois députés blancs représentant leurs intérêts au parlement et institue des conseils de représentations indigènes (Native Representative Councils), purement consultatifs et composés de noirs élus, d’autres nommés, et de fonctionnaires. Parallèlement, la loi sur le fonds d’investissement foncier et la terre indigènes, agrandit la superficie des réserves indigènes existantes à 13 % de la surface du pays, ôtant dans le même temps aux résidents noirs du Cap le droit d’acheter de la terre en dehors des réserves. Enfin, en 1942, suite entre autres à plusieurs discours anti-guerre prononcés notamment par Yusuf Dadoo, un influent dirigeant du congrès indien du Transvaal, et par prévention des troubles, les grèves des travailleurs noirs sont déclarées illégales au titre de l’effort de guerre. Mandela se marie en 1944 avec Evelyn Ntoko Mase. Le couple aura 4 enfants.

Aux élections générales de 1948, la victoire du Parti national, un parti alors exclusivement Afrikaner, entraîne la mise en place d’une nouvelle politique de ségrégation sous le nom d’apartheid, où le rattachement territorial puis la nationalité et le statut social dépendent du statut racial de l’individu, défavorisant largement la population noire et interdisant les mariages mixtes, entre autres. De son côté, la ligue de jeunesse de l’ANC se montre déterminée. En interne, elle parvient à faire écarter le président du parti, Alfred Xuma, jugé trop modéré, pour imposer James Moroka et préparer une grande campagne de défiance.

En 1951, Olivier Tambo et Nelson Mandela sont les deux premiers avocats noirs de Johannesburg. En 1952, Nelson Mandela est élu président de l’ANC du Transvaal et vice président national. Il mène avec l’ANC la « defiance campaign » qui prône la désobéissance civile contre les lois considérées injustes, qui culmine avec une manifestation le 6 avril 1952, date du 300e anniversaire de la fondation du Cap par le néerlandais Jan van Riebeeck et de la première installation de blancs en Afrique du Sud. Sur les 10 000 manifestants, 8 500 sont arrêtés, y compris Nelson Mandela. La «défiance campaign», continue en octobre avec des manifestations contre les lois de ségrégation et contre le port obligatoire de laissez-passer pour les noirs. Le gouvernement Malan modifie alors la loi sur la sécurité publique (public safety act de 1953) autorisant le pouvoir à suspendre les libertés individuelles, à proclamer l’état d’urgence et à gouverner par décrets. Mandela est condamné à neuf mois de prison avec sursis, se voit interdit toute réunion et est placé en résidence surveillée chez lui à Johannesburg. il en profite pour organiser l’ANC en cellules clandestines. Cette campagne de résistance passive, qui a pris fin en avril 1953, permet à l’ANC de gagner en crédibilité, passant de 7000 à 100 000 adhérents. Son option non raciale lui permet de s’ouvrir aux indiens et aux communistes blancs mais les métis restent plus circonspects. Quand James Moroka tente de plaider la conciliation avec le gouvernement, il est renversé par la ligue des jeunes du parti qui impose alors Albert Luthuli à la tête de l’ANC. En 1955 a lieu le congrès du peuple qui adopte la charte de la liberté qui donne les bases fondamentales du mouvement anti-apartheid. Pendant cette période, Nelson Mandela et son ami Oliver Tambo, dirigent le cabinet d’avocat Mandela & Tambo qui fournit un conseil juridique gratuit ou à bas-coût pour les nombreux noirs qui ne peuvent payer les frais d’avocats.

Nelson Mandela assouplit son fort anticommunisme chrétien pour demander l’union entre les nationalistes noirs et les blancs du parti communiste sud-africain dans le combat contre l’apartheid. Le Supression communist act du gouvernement qui considère comme communiste quiconque «cherche à provoquer un changement politique, industriel, économique ou social par des moyens illégaux», alors qu’il n’existe aucune possibilité, hors le système judiciaire, pour les Noirs de lutter contre l’apartheid, contraint tous les courants allant du nationalisme au révolutionnaire à s’unir. Au niveau législatif, seuls le Parti Uni représentant l’opposition blanche et les métis, et le parti libéral de Margareth Ballinger essayent de lutter contre l’apartheid. Alors qu’ils sont engagés dans une résistance pacifique, Nelson Mandela et 156 autres personnes sont arrêtés le 5 décembre 1956 et accusés de trahison. Un procès marathon qui dure de 1957 à 1961 s’ensuit, où tous les défendant, bien défendus notamment par des fonds internationaux, exploitent habilement toutes les imprécisions de la législation et sont finalement progressivement relâchés puis finalement acquittés par la justice sud-africaine.

En 1957, Nelson Mandela divorce et épouse, en 1958, Winnie Madikizela-Mandela.

De 1952 à 1959, une nouvelle sorte d’activistes noirs connus sous le nom d’Africanistes troublent les activités de l’ANC dans les townships, demandant une action plus drastique contre la politique du gouvernement. La direction de l’ANC, qui comprend Albert Luthuli, Oliver Tambo et Walter Sisulu, pense que non seulement les africanistes veulent aller trop vite, mais aussi qu’ils remettent en question leur autorité. L’ANC renforce donc sa position en faisant des alliances avec des petits partis politiques blancs, indiens et colorés dans une tentative d’apparaître plus rassembleur que les africanistes. En 1959, l’ANC perd son plus grand son soutien militant quand la plupart des africanistes, qui ont l’aide financière du Ghana et politique des Basothos, font sécession pour former le Congrès panafricain (PAC) sous la direction de Robert Sobukwe.

Campagne de sabotage et préparation à la lutte armée

Le 21 mars 1960 a lieu le massacre de Sharpeville, un township de Vereeniging dans le sud du Transvaal. Lors d’une manifestation du Congrès panafricain contre l’extension aux femmes du passeport intérieur (Pass book), que les hommes noirs sont obligés de porter constamment sur eux sous peine d’être arrêté ou déporté, une soixantaine de policiers sur un effectif total de 300 hommes retranchés dans un local de la police et appuyés par des véhicules blindés, tirent sans sommations sur une foule d’environ 5 000 personnes dont seuls 300 sont encore à proximité des policiers, le reste de la foule ayant commencé à se disperser. Il y a 69 morts dont 8 femmes et 10 enfants ainsi que 180 blessés dont 31 femmes et 19 enfants. La majorité des blessures par balles sont faites dans le dos sur une foule en fuite et qui n’était pas armée. Selon les policiers, les tirs ont été dus à la panique et à l’inexpérience suite à des jets de pierres alors que la Commission de la vérité et de la réconciliation conclura selon les témoignages de manifestants que les tirs étaient délibérés. Le gouvernement déclare l’état d’urgence face aux manifestations qui s’ensuivent et interdit l’ANC et le PAC, dont les leaders sont emprisonnés ou assignés à résidence. Albert Lutuli, le président de l’ANC, obtient le prix Nobel de la paix la même année.

La stratégie non violente de l’ANC est abandonnée par Nelson Mandela qui fonde en 1961 Umkhonto we Sizwe (MK), réseau prônant l’action armée. En mai 1961, il lance avec succès une grève générale où les grévistes restent à leurs domiciles, le «stay at house», obligeant le gouvernement à faire intervenir la police et l’armée. Il écrit et signe un plan de passage graduel à la lutte armée. Il coordonne des campagnes de sabotage contre des cibles militaires et gouvernementales, préparant des plans pour une possible guérilla si les sabotages ne suffisaient pas à mettre une fin à l’apartheid. Nelson Mandela décrit le passage à la lutte armée comme un dernier recours; l’augmentation de la répression, des violences policières et de l’état le convainc que des années de lutte non-violente contre l’apartheid n’ont apporté aucun progrès.

Nelson Mandela favorise le sabotage qui «n’entraîne aucune perte en vie humaine et ménage les meilleures chances aux relations interraciales» avant de s’engager dans «la guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte». Un membre de l’ANC Wolfie Kadesh explique la campagne de sabotage à la bombe menée par Mandela: « (…) faire exploser des lieux symboliques de l’apartheid, comme des bureaux du passeport interne, court de justice pour natifs, et des choses comme ça… Des bureaux de poste et… Des bureaux du gouvernement. Mais nous devions le faire d’une telle façon que personne ne serait blessé, personne ne serait tué. ». Mandela dira de Kadesh: « Sa connaissance de la guerre et son expérience de première main du combat m’ont été extrêmement précieuse. ».

Mandela collecte aussi des fonds à l’étranger pour le MK et organise l’entraînement paramilitaire du groupe. Il suit une formation militaire dans l’Algérie nouvellement indépendante et étudie Clausewitz, Mao Zedong, Che Guevara et les spécialistes de la Seconde Guerre des Boers.

Arrestation et procès de Rivonia

Le 5 août 1962, Nelson Mandela est arrêté après 17 mois de clandestinité et est emprisonné au fort de Johannesburg. L’arrestation a été rendue possible par la Central Intelligence Agency (CIA) qui a renseigné la police sur la cachette et le déguisement de Mandela en chauffeur de voiture. Il est en effet considéré comme «terroriste» et «communiste» dans le contexte de guerre froide où l’apartheid veut se présenter comme une défense contre le communisme en Afrique Australe. Trois jours plus tard, les accusations d’organiser une grève en 1961 et quitter le pays illégalement lui sont lus. Le 25 octobre, Nelson Mandela est condamné à cinq ans de prison.

Pendant son emprisonnement, la police arrête plusieurs dirigeants de l’ANC à Rivonia, au nord de Johannesburg, où est situé le quartier général de la direction d’Umkhonto, le 11 juillet 1963. Parmi les 11 personnes arrêtées figurent Walter Sisulu et Govan Mbeki. Nelson Mandela est lui-aussi mis en cause et avec ses compagnons, est accusé non seulement de sabotage et de trahison mais aussi de comploter une invasion du pays par l’étranger, ce que Mandela dément. Le procès de Rivonia débuta le 9 octobre 1963 et s’acheva le 12 juin 1964. Dans sa déclaration pour sa défense le 20 avril 1964, devant la Cour suprême de l’Afrique du Sud à Pretoria, Nelson Mandela expose clairement le raisonnement qui l’a fait recourir à la violence comme tactique. Il révèle comment l’ANC a utilisé des méthodes pacifiques pour résister à l’apartheid pendant des années, jusqu’au massacre de Sharpeville, la déclaration d’état d’urgence et l’interdiction de l’ANC par le gouvernement, qui leur a montré que leur seul choix était de résister à travers des actes de sabotage. Faire autrement aurait été pour eux pareil à une capitulation sans condition. Nelson Mandela explique comment ils ont écrit le manifeste du Umkhonto we Sizwe avec l’intention de montrer l’échec des politiques du Parti National quand l’économie serait menacée par le manque de volonté des étrangers à risquer des investissements dans le pays. Il finit sa déclaration par ces paroles:

« Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche, et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et accomplir. Mais si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »

L’avocat afrikaner Bram Fischer fait partie de l’équipe de la défense qui représente les accusés Ils sont tous jugés coupable, à l’exception de Lionel Bernstein (acquitté), mais échappent à la peine de mort et sont condamnés à la prison à vie le 12 juin 1964. Ils sont condamnés pour implication dans des actions armées, en particulier quatre sabotages, ce que Mandela admet, et aussi pour conspiration en vue d’aider d’autres pays à envahir l’Afrique du Sud, ce que Mandela dément.

Emprisonnement

Manifestation de solidarité à Nelson Mandela en Allemagne, 1986.

Timbre soviétique (1988) à l’effigie de Nelson Mandela à l’occasion de son 70e anniversaire. Nelson Mandela est emprisonné dans l’île-prison de Robben Island, où il restera 18 de ses 27 années de prison. Alors qu’il est en prison, sa réputation grandit et il devient connu de manière internationale comme le plus important dirigeant noir d’Afrique du Sud. Sur l’île, lui et d’autres prisonniers doivent effectuer des travaux forcés dans une carrière de chaux. Les conditions de vie dans la prison sont très rudimentaires. Les prisonniers sont séparés par couleur de peau, les prisonniers noirs recevant les plus petites rations. Les prisonniers politiques dont fait partie Nelson Mandela sont séparés des criminels de droit commun et ont encore moins de privilèges. Mandela étant un prisonnier de classe D (la plus basse classe), il n’a droit qu’à un visiteur et une lettre tous les six mois. Quand il reçoit une lettre, c’est souvent après qu’elle a été retardée durant une longue période et rendue illisible par la censure de la prison.

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