EDITORIAL

4 jan, 2010 | Par | Rubrique : ma corbeille

Ce numéro de votre quotidien que vous tenez actuellement entre les mains est le tout premier de l’an 2010. Et comme l’exige la tradition, je me conforme à la coutume pour vous souhaiter mes vœux les meilleurs pour cette année nouvelle qui s’ouvre devant chacun de nous, avec ses assurances et ses incertitudes. Je souhaite vivement que tout ce qui nous avait privé de vivre mieux soit définitivement du domaine du souvenir et que nous progressions. Mais comment réaliser de pareils vœux sans nous projeter dans cet avenir si proche et qui foisonnera dans tous les domaines ? C’est pour cela que je voudrais partager avec vous, chers fidèles lecteurs de ‘’L’Autre Fraternité’’, quelques unes des mes réflexions pour les événements à venir.

Tout d’abord, l’année 2010 promettait déjà d’être palpitante pour notre pays. A la veille de ce nouvel an, le Bénin venait d’enregistrer un événement pas inédit mais dont l’avènement préfigure, pour beaucoup, des choses qui vont jalonner 2010 pour aboutir fiévreusement sur 2011 : année de beaucoup d’incertitudes. L’événement enregistré est le rejet par l’opposition avec une poignée de député fcbe de la loi de finances gestion 2010 et ce malgré les « efforts » fournis par le chef de l’Etat Boni YAYI à l’endroit de ses députés. Efforts de dernière minute (disent certains) afin de calmer leur ardeur à la vengeance car le climat entre ces derniers et le chef de l’Etat était plus que morose. Toutefois, ceci n’est vraiment pas une surprise pour qui connaît la plupart de ces députés dont certains se révèlent être des analphabètes intégrales. Mais comment collaborer avec une telle classe politique lorsque l’on a, soi-même, des difficultés à se conformer aux principes de base qu’on s’est librement fixé ? Là se situe la problématique. Boni YAYI, à son élection, avait dès le premier jour enfilé le costume de l’ouvrier bâtisseur et celui du vrai artisan d’un profond changement. Mais un changement sans restriction. A ce niveau, je voudrais faire observer en quelques points les causes tangibles du mal dont souffre notre président. Puisque l’intéressé lors de son discours sur l’état de la nation n’avait pu dire un mot sur ce qui ne va pas dans le pays, je me permets de me substituer à lui pour m’acquitter de cet exercice un peu délicat et prétentieux.

1 – La Charte du Gouvernement : Première grande innovation dans notre pays depuis très longtemps, la publication de cette charte a tôt fait de convaincre sur les intentions cachées de son inventeur. Certes, il ne s’agissait que de mots agencés mais de mots qui avaient leur sens et qui visiblement étaient déjà assez pour prédire de la fin de ce quinquennat. Une très bonne fin. Malheureusement, cette charte s’est bien révélée, moins de deux années après sa mise en application, comme un vulgaire culte de personnalité. Pourquoi ? La première victime de cette charte fut Colette HOUETO dont le séjour au gouvernement n’a duré que ce que durent les roses. La cause était qu’elle avait failli à cette charte. Quoi faisant ? Elle n’aurait pas sanctionné un membre de son cabinet qui aurait tenu des propos « inacceptables » à l’endroit du premier magistrat du pays. Soit ! Les autres départs vont être (sans l’ordre chronologique) DOSSOU KPEDETI, DOSSOUHOUI, ALLIA, DEMOLE MOKO, HOUNGBO. Le problème est que les Béninois qui ont plébiscité Boni YAYI à 75% lors du second tour des présidentielles de 2006 se demandent si cette même charte est toujours d’application et si oui est-elle applicable à KOGUI N’DOURO, FAGNON, MAMATA, BONI Mathieu, TOLEBA, SOGLO Galiou, ZINZINDOHOUE Armand, James SAGBO et autres MEMOUNA voire Soulé Mana LAWANI ?

2 – La Composition des Cabinets Ministériels : à ce sujet je nous renvoie aux propos tenus pendant son séjour puis après son départ du gouvernement du professeur Roger GBEGNONVI. Sur le plateau de télévision d’une chaîne privée (Golfe TV), cet homme au caractère bien trempé avait laissé entendre que le chef de l’Etat veille personnellement au grain pour ce qui concerne la composition des différents cabinets de ses ministres. Il paraît que Emile Derlin ZINSOU en faisait autant. Mais alors pourquoi aujourd’hui, pour ce qui concerne Boni YAYI, le choix de certains Directeurs de cabinets se fait en violation des textes qui doivent régir cette fonction ? C’est encore Jean – Baptiste ELIAS qui s’est fait le plaisir de le rappeler au chef de l’Etat lors de la célébration de la journée de lutte contre la … corruption !!! Inquiétant.

3 – YAYI n’écouterait pas les conseils : de l’avis de plusieurs personnes qui fréquentent le chef de l’Etat, il ressort que Boni YAYI ne veut écouter personne ni exploiter les sages conseils que ces privilégiés lui prodiguent. Récemment, à l’issue de sa tournée dans le département du Couffo, Boni YAYI réunit ses militants afin d’échanger avec ces derniers. A cette occasion plusieurs sujets furent abordés, comme en famille. A la fin de ce conclave, un ministre actuellement au gouvernement confia à un des participants à cette réunion que : »vous avez bien parlé mais le président oubliera tout dès que vous vous êtes séparés … » ; il s’agit là de la vision que beaucoup de personnalités ont de notre président et cela lui crée des inimitiés inutiles. D’ailleurs, depuis la formation des coordinations départementales des fcbe, plusieurs responsables de ces coordinations n’hésitent pas à affirmer que leur président ne les a jamais réunis pour débattre de la politique qui doit les guider. Ces derniers accusent YAYI de faire la part belle aux ouvriers de la dernière heure. Pour justifier cette assertion, l’exemple des transfuges du PSD est souvent pointé du doigt pour dire que cette collaboration avec le président YAYI lui sera préjudiciable. Parmi ces transfuges, rares sont ceux qui ont effectivement démissionné officiellement de leur formation politique de départ car pour la plupart ils doivent tout à Bruno AMOUSSOU. D’où leur incapacité à le défier ouvertement dans son fief.

4 – L’insécurité banalisée : en prenant le 18 novembre 2009 un décret nommant deux généraux pour le compte de la police nationale, les Béninois ont été surpris par cette incohérence qui veut que Boni YAYI ne nomme des généraux que lorsque leurs corps de métier enregistre des revers. D’abord ce fut l’armée qui fut gratifiée de quelques généraux pendant que des bandits firent des coups de feu derrière son propre lieu de travail puis après à quelques pas de son domicile. Aujourd’hui, alors que les malfrats frappent où ils veulent et quand ils veulent, notre président se donne le plaisir de nous offrir les tout premiers généraux de la police nationale. Les Béninois sont déçus et se fâchent. Boni YAYI serait-il pris en otage par une caste d’illuminés qui lui font croire qu’il est encore adulé comme en 2006 ? Les généraux fabriqués par YAYI sont décriés à la fois par leurs collègues comme par leurs concitoyens pour n’avoir rien prouvé pour mériter un tel honneur. Mais ce sont les mêmes qui contrôlent les voies d’accès au chef de l’Etat ; le résultat est que Boni YAYI semble être coupé de son peuple. Certes, le grade de général est purement politique. Toutefois, il va falloir revoir le mode de promotion sous le changement.

5 – Les Recrutements à la fonction publique : Ici Boni YAYI fut perçu comme le Messie. A moins de deux années de la fin de son premier quinquennat, il est facile d’avouer que ces recrutements répondent davantage à des critères beaucoup plus subjectifs qu’objectifs. Le tout dernier concours de recrutement à la douane en est la plus flagrante illustration. Pour 160 préposés seulement que cette administration veut recruter, personne ne sait quand les résultats seront proclamés or ce concours aura bientôt un an d’âge. La cause de ce retard serait que la présidence de la république voudrait avoir au mois 80 de ces nouveaux engagés à la douane. C’est l’occasion pour Boni YAYI, au seuil de ce nouvel an, de démontrer son innocence en ordonnant que ces résultats soient proclamés sans délai afin de mettre un terme à la torture psychologique à laquelle sont soumis et postulants et parents. Quant à la fonction publique, il faut également qu’il y ait moins de frustrations car certaines promotions se feraient depuis l’avènement du changement grâce à l’appartenance soit à certaine région ou à certaine religion. A contrario, les mises au « garage » se font ressentir ailleurs créant ainsi une situation de rancœur à peine contenue.

6 – La Politisation à outrance de l’administration publique : Autre reproche fait au changement, cette propension à ne promouvoir que les hommes et les femmes qui s’illustrent plus par leur qualité politique que leur compétence technique et professionnelle. Le cas le plus palpable est celui de l’actuelle directrice d’un hôtel. Une inspection du ministère du tourisme avait confirmé que cette femme avait commis des actes délictueux à l’occasion de l’exercice des ses fonctions dans un autre hôtel. L’intéressée n’a pas nié les faits sur le plateau de Golfe TV. Elle avait essayé d’apporter des justifications accompagnées de chaudes larmes. Mais alors, pourquoi nécessairement la maintenir à la tête des hôtels appartenant au public ? Plusieurs sources affirment que les cadres originaires de Porto Novo sont pestiférés. Ceci serait l’une des causes de la non constitution du cabinet d’un super ministre. De même l’administration douanière est aujourd’hui aux mains d’agents qui tiennent leur existence du palais défiant en permanence leur supérieurs hiérarchiques à qui ils profèrent par moment des menaces de mutation. Des témoignages sont légions en la matière. Des directeurs de cabinet manquent ouvertement à leur ministre pendant que des agents sont mutés à moins de 15 mois de leur retraite, pour avoir avoué leur opposition à la mouvance présidentielle. Mais qu’en est-il des autres fonctionnaires qui affichent leur appartenance à cette même mouvance ? Le cas des douaniers KPOVIESSI et GNIMAGNON méritent réflexions.

7 – Le Cas Armand ZINZINDOHOUE : Enfin je voudrais partager un dernier point, sans être exhaustif, en attirant l’attention du Dr Boni YAYI sur les incohérences qui jalonnent le quotidien de notre actuel ministre chargé de la sécurité publique et des cultes. Voici un homme, ingénieur dans son domaine, mais qui affiche tous les jours un comportement qui contrarie ses compatriotes. Pendant que le débat sur la LEPI fait rage et que les élections présidentielle et législative de 2011 approchent à grands pas, mais avec incertitudes, celui dont les services seront nécessairement sollicités affiche obstinément un faible pour « l’idolâtrie » au chef de l’Etat. Ceci a des revers graves car aucun adversaire de Boni YAYI ne voudra que ce pasteur soit à ce poste lors de ces futures échéances majeures. Or, il a certainement des qualités qui serviront le président de la république. Voilà à quoi sert le manque de retenu lorsqu’on est agi au lieu d’agir.

Voilà quelques une de mes réflexions, je répète qu’elles ne sont pas exhaustives, que voudrais partager avec, vous chers lecteurs et abonnés, afin que chacun trouve ce qui aurait équilibré le tout dernier discours sur l’état de la nation délivré par Boni YAYI devant la représentation nationale. A tous et à toutes, je formule trois vœux à savoir : la crainte de Dieu, l’amour de notre patrie et enfin l’amour de nous-mêmes. Seuls remèdes, à mon avis, pour éviter des crises de nerfs inutiles face à une année dont les mois seront parfois longs et à des moments trop courts. C’est selon nos souhaits.

Guy QUENUM

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