Gabon / Economie : OMAR BONGO LAISSE UN PAYS AUX PIEDS D’ARGILE

10 juin, 2009 | Par | Rubrique : Actualité nationale, Economie

Le Gabon a bâti sa fortune sur le pétrole. Bien avant l’indépendance, dès les années 30, les découvertes sont prometteuses. Mais le boom pétrolier sur lequel le pays s’est reposé aura lieu entre les années 1970 et 1990, vingt belles années avec un pétrole et des pétrodollars qui coulaient à flot. Or, et ce n’est pas là le moindre des paradoxes, ce petit pays de moins d’un million d’habitants a eu toutes les peines du monde à se développer.

Plateforme pétrolière d’Elf au large de la côte gabonaise, près de Port Gentil
C’est ce que certains économistes ont appelé la « malédiction du pétrole » ou le « syndrome hollandais ». Parce que le Gabon a produit et continue de produire du pétrole sans pour autant avoir construit les routes et les infrastructures nécessaires à son développement économique. Un Etat qui s’appuie sur l’or noir et n’estime pas utile de diversifier son économie ou encore de créer un fond pour les générations futures comme il en existe en Norvège par exemple.
Une histoire indissociable du groupe français Elf intimement imbriqué dans la politique de la France en Afrique. Dans les années fastes, le Gabon a produit jusqu’à 370 000 barils par jour. Aujourd’hui, la manne pétrolière est en déclin, avec entre 200 000 et 250 000 barils par jour, essentiellement exploités par le groupe français Total.
De fait, selon le classement du PNUD, le Programme des Nations unies pour le développement, le pays a dégringolé de la 91e place à la 123e de cet indice de développement humain qui mesure le niveau d’éducation, de santé, de développement et de bien-être de la population.
Le Gabon, une histoire de matières premières
Le Gabon s’est construit sur les matières premières. Le pétrole, avant tout, mais aussi les minerais comme le manganèse, exploité par le français Eramet, ou le bois précieux. Excepté les matières premières, très peu de diversification. Dans son dernier rapport sur le Gabon d’avril dernier, le Fonds monétaire international (FMI) soulignait l’urgence à diversifier une économie qui ne peut continuellement s’appuyer sur le pétrole, les mines et le bois, qui dépendent entièrement des marchés extérieurs. Aujourd’hui, le Gabon a compris qu’il fallait penser l’après-pétrole mais il a dû mal à traduire cela dans les faits, avec une pêche artisanale qui vivote et des jeunes des quartiers de Libreville ou de Port Gentil qui ont du mal à trouver leur place dans une économie dominée par les matières premières.
La présence de plus en plus forte de la Chine
Même si le pays tente de diversifier ses partenaires économiques, la France reste le premier partenaire du Gabon. Mais le pays a suivi le mouvement que l’on observe partout sur le continent avec la présence de plus en plus forte de la Chine qui sécurise, un peu partout, ses approvisionnements en matières premières. Résultat : au Gabon, la Chine a décroché l’exploitation de l’immense gisement de fer de Bélinga, dont les réserves sont estimées à 1 milliard de tonnes. Mais la crise économique mondiale pourrait retarder le projet. Au départ, la première tonne de fer devait sortir du Gabon en 2011. Mais pour cela, il faut que les Chinois construisent le barrage hydro-électrique pour la mine, les 600 kilomètres de voie de chemin de fer entre Bélinga et la côte et un port en eau profonde pour accueillir les bateaux. Pour 3 milliards de dollars remboursables sur les cargaisons de fer.
Autant dire que les Gabonais vont avoir du mal à ressentir les effets économiques de l’exploitation de ce minerai. Et là encore, le FMI qui s’inquiète du réendettement d’un pays comme le Gabon auprès des Chinois va suivre de près l’élaboration du projet.

Chef d’Etat et franc-maçon
Omar Bongo ne s’en est jamais caché, il était franc-maçon et très actif dans son développement au Gabon et en Afrique. Plusieurs autres chefs d’Etat africains ont d’ailleurs suivi le même chemin.
Omar Bongo Ondimba est reçu, le 30 novembre 2006 à l’Eysée, par Jacques Chirac.
C’était fin 2003 à Cannes. Sur la Croisette, l’attraction du jour, ce n’était pas des célébrités du cinéma, mais une nuée d’hommes se congratulant d’étrange façon. Tous étaient venus fêter le 90e anniversaire de la Grande loge nationale française, l’une des trois grandes familles de la franc-maçonnerie dans l’Hexagone.
Dans le hall du luxueux hôtel choisi pour les festivités, un écran géant diffusait en boucle les images des deux invités vedettes : les présidents congolais Sassou Nguesso et gabonais Omar Bongo. Vêtu de sa célèbre petite cape noire, ce dernier était d’autant plus à l’aise, que, contrairement à d’autres dirigeants africains, il n’avait jamais caché son appartenance à cette société secrète.
Selon des sources maçonniques, le défunt président gabonais a été initié dans les années soixante au Grand Orient de France, l’une des plus anciennes familles de la franc-maçonnerie.
Il a ensuite contribué à son développement dans son pays. En 1975, il créé, comme on dit dans le jargon, son obédience nationale, le Grand rite équatorial, regroupant des membres de la Grande loge de France et du Grand Orient de France. Puis il rejoint la Grande loge Nationale de France, famille plus traditionnaliste et réputéE proche de la droite française. Il en créera une sorte de « filiale » nationale, la Grande loge du Gabon, dont il était le Grand Maître.
Du coup, Omar Bongo était un peu le protecteur de tous les maçons gabonais, nombreux, car, vu le tropisme du chef de l’Etat, beaucoup de ministres, hauts fonctionnaires et intellectuels gabonais ont rejoint les loges. Sans compter que plusieurs chefs d’Etat africains ont suivi sa trace, dont le Congolais Sassou Nguesso, le Tchadien Idriss Deby ou encore le Centrafricain Bozizé.
Evidemment, pour ceux qui voient dans la franc-maçonnerie un réseau occulte, tout cela renforçait l’image affairiste de Omar Bongo. Mais pour ses inconditionnels, c’était un signe de l’humanisme du président gabonais.

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